‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 14 sur 155 · De nat. deor., m, 4. —t. m, t · texte numérisé non relu

De nat. deor., m, 4. —t. m, t

à sa nature comme à ses opinions ordinaires. Il s'en est plus tard défendu ; il affirme qu' « il n'a pas voulu nier l'existence des dieux, mais seulement réfuter les preuves qu'en donnaient les philosophes*»; et, quand on le connaît, ce dessein n'est pas invraisemblable. Il faisait profession d'être de la secte académique, c'est-à-dire qu'étant irrésolu par tempérament, il essaya de se prouver qu'il devait l'être par principe. L'étude de ces systèmes grecs qui se brisaient les uns contre les autres l'avait rendu fort indécis. Moins les opinions de tous les philosophes lui paraissaient sûres, plus il était choqué de leur dogmatisme pédant. Il ne pouvait supporter, ni ces épicuriens « qui ne veulent douter de rien et parlent des choses divines avec tant d'assurance, qu'ils semblent toujours revenir tout fraichement de l'assemblée des dieux*»; ni ces stoïciens qui abondent si volontiers dans leur propre sens et débitent de telles exagérations sur la Providence, u qu'on dirait vraiment, à les entendre, que les dieux eux-mêmes ont été fabriqués pour l'usage des hommes3 » . Non-seulement il trouve leurs raisons peu solides, mais il s'irrite de les voir si confiants et si décidés. Il éprouve, en les entendant parler avec cette arrogance, l'impression que ressentent les esprits incertains en présence d'affirmations trop tranchantes : elles les impatientent et leur donnent la tentation de sortir de leur réserve pour affirmer des opinions contraires. C'est ce qui sans doute entraîne Gicéron dans cet ouvrage un peu au delà de sa pensée véritable et le fait paraître plus sceptique qu'il ne l'était réellement. Il ne l'est plus dans ses autres traités philosophiques. Partout il affirme l'existence de Dieu, qui lui paraît suffisamment démontrée par le con-

1. De divin., l, 2. — 2 De nal deor., i, 8. — 3. De nat. devr,^ 1,8.

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sentement de tous les peuples ; il aime à développer les belles doctrines de Platon sur rimmortolité de l'âme, et son ton, quand il en parle, est pénétrant et convaincu. Il les avait exposées à la fin de sa République^ il y revient dans ses Tusculanes. A mesure que le temps s'assombrit et que l'avenir paraît plus menaçant, il s'attache avec plus de force à cette dernière espérance. Il nous semble qu'il devait y songer souvent aux heures de tristesse et de péril, et nous sommes tenté de croire que si sa mort avait été moins brusque, il aurait voulu, comme Gaton d'Utique, ne prendre congé de la vie qu'après avoir relu le Phédon.

Mais ici nous nous trompons encore, sa correspondance nous le prouve; elle ne confirme pas l'opinion que ses discours ou ses ouvrages philosophiques nous donnaient de lui, et nous le montre sous un troisième aspect, difl'érent des deux autres. Nous avons déjà dit que la religion n'y tient aucune place, pas plus celle des philosophes que celle du peuple. Dans ce milHer de lettres, écrites à des personnages si divers et pour des occasions si variées, il ne lui arrive jamais d'aborder, même en passant, les questions qu'il avait proclamées les plus importantes de toutes et qui devaient être, selon lui, la principale occupation d'un esprit sensé *. Il a vu périr sa fille qu'il adorait, il a presque assisté à la ruine de son pays; jamais en ces tristes moments une idée religieuse n'a traversé son esprit, jamais il n'a cherché à oublier les amertumes de la vie présente par les perspectives de ia vie future. Quand la fin approche, il n'a pas d'autres consolations à offrir à lui ou aux autres que celles des épicuriens qu'il a si vivement combattus. « Heureux, dit-il, nous devons mépriser la mort ; malheureux, il

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