‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 17 sur 155 · Ovid.^ Fast., i, CCD. — 2. iv, 12. al finem. — 3 ii, S · texte numérisé non relu

Ovid.^ Fast., i, CCD. — 2. iv, 12. al finem. — 3 ii, S

Ce qu'Auguste fît pour la religion romaine. — Respect qu'il témoigne

pour elle. — Il rebâtit les temples. — Il remet en honneur les anciens usages. — Cultes nouveaux qu'il établit. — Vénus Mère. — Mars Vengeur. — Apollon Palatin. — Ses réformes morales. — Lois Juliennes. — Succès qu'obtinrent d'abord ses institutions morales et religieuses. — Jeux séculaires.

Auguste travailla pendant tout son règne à restaurer la religion romaine et à lui rendre l'autorité qu'elle avait perdue. Il savait bien que ce n'était pas une entreprise facile, et que des changements de ce genre ne s'imposent pas par décret ; aussi essaya-t-il d'agir sur ceux qui l'approchaient par ses exhortations et par son exemple. Quand il fut grand pontife, il voulut montrer qu'il prenait ses fonctions au sérieux. Il se soumettait avec affectation à toutes les exigences du rituel, même à celles qui semblaient convenir le moins à sa haute fortune, et nous savons par Suétone qu'il ne portait jamais de vêtements que ceux qui avaient été tissés par sa femme ou par sa fille K Lorsqu'il eut le malheur de perdre l'un des siens, sa sœur qu'il aimait tendrement, son gendre Agrippa, son beau-fils Drusus, il voulut, selon l'usage, prononcer leur oraison funèbre, mais pendant qu'il parlait, un voile le séparait du cadavre, parce qu'il n'était pas permis à un pontife de voir un mort 2. Quoiqu'il eût beaucoup à faire, il ne négligeait pas d'assister aux réunions des collèges sacerdotaux dont il faisait partie, et nous le voyons, quelques mois avant sa mort, prendre

i. Suét., Aug., 73. — 2. Dion, uv, 28, 35.

part aux cérémonies des frères Arvales *. II souhaitait que l'exemple qu'il donnait d'obéir scrupuleusement à la loi religieuse fût suivi par les personnages importants de l'empire. Pour que le sénat apportât dans l'accomplissement de ses fonctions un esprit plus grave et plus pieux, il ordonna que chaque sénateur, en se rendant à sa place, s'approchât de l'autel du dieu dans le temple duquel on était réuni, et lui offrît du vin et de l'encens*. En même temps il essayait d'entraîner l'opinion publique par le moyen de ces grands poètes qui l'entouraient et qui se montrèrent si empressés à servir ses desseins. Les Horace, les Virgile, les Properce, les Ovide, tous ceux que Rome écoutait le plus volontiers l'entretenaient sans cesse de ses anciennes légendes ; ils lui rappelaient qu'elle devait ses succès à sa piété, et « que c'était en se soumettant aux dieux qu'elle avait soumis le monde ». La poésie prétait du charme à cette vieille mythologie, et ce monde léger était surpris d'entendre parler sans sourire de Janus et de ses surnoms ou des fêtes naïves des Lupercales et des Palilies. C'était assurément un progrès; mais qu'il en restait à faire, pour rendre à cette religion en déclin le prestige dont elle avait autrefois joui !

Ce qui était pkis facile que de ranimer des croyances éteintes, c'était de rendre son éclat au culte, d'augmenter les privilèges du sacerdoce, de rétablir d'anciennes cérémonies, de relever les temples. Ces réformes matérielles et extérieures sont vraiment les seules qui soient de la compétence de l'autorité civile ; Auguste le comprit bien. Quand son règne commença, les temples de Rome étaient presque tous en ruine ; les plus anciens, les plus célèbres avaient été dévastés par des incendies ou péris-

i Marini, Arvali, tab. 1. — 2. Suét., Aug., 35.

76 BËFOKMES D'AUGUSTE.

Bîient de vieillesse : celui de Jupiter Férétrien, fondé par Romulus, avait perdu sa toiture et ses murailles ne tenaient plus * ; celui de Juno Sospita était désert et souillé d'ordures ^. « L*araignée, disait Properce, tisse sa toile et les mauvaises herbes croissent dans la de meure solitaire des dieux ^. » Auguste fit honte de ce délabrement des temples aux descendants de ceux qui les avaient construits ; il demanda aux héritiers de? grandes familles, quand il en restait, de réparer les monuments qui portaient le nom de leurs ancêtres * ; lui-même en fit reconstruire un grand nombre, qu'il énnmère avec complaisance dans l'inscription d'Ancyre. Après les avoir bâtis, il dépensa des sommes considérables pour les orner; il évalue à 100 millions de sesterces (20 millions de francs) les dons qu'il consacra dans ces divers édifices s. Il plaça dans la chapelle de Jupiter, au Capitole, pour plusieurs millions de perles et de pierres précieuses *. Non content de ces travaux de détail qui rendaient au culte des dieux sa splendeur et embellissaient Rome, il prit en 726 une mesure générale. « Pendant mon sixième consulat, nous dit-il dans l'inscription d'Ancyre, j'ai refait à Rome, par l'ordre du sénat, quatre-vingt-deux temples, n'en négligeant aucun de ceux qui avaient alors besoin d'être réparés '. » Cette munificence , qui s'étendait à tous les monuments religieux, frappa beaucoup l'opinion publique; elle fut chantée par les poètes, qui ne manquaient aucune occasion de célébrer les actes de l'empereur. « Sous lui, disait Ovide, les édifices sacrés ne connaissent plus la

1. Corn. Nép., Vita Atticiy 20. — 2. Jul. Obseq., 55. — 3. Prop., 11, 6, 35. — 4. Suét., Avg., 29. — 5. Mommscn, Res gestœ divi Atig., p. 60. — 6. Suét., Aug., 30. M. Mommsen pense que les chiffres donnés par Suétone ne sont pas exacts et que le texte e«t corrompu. — 7. Mommsen, Res gestœ, etc., p. 58.

vieillesse. Ce n'est pas assez d'être utile aux hommes, il oblige même les dieux. 0 saint fondateur ae temples ! 0 toi qui répares les monuments ruinés, puissent les dieux te rendre tout ce que tu fai? .jour eux * ! »

Le plus grand théologien de l'époque de César, Varron, attribuait la décadence de la religion romaine à l'ignorance et à l'abandon des anciens rites, et il consacra son livre des Antiquités divines a les faire connaître. Auguste pensait sans doute comme lui, et il ne négligea rien pour rétablir ces pratiques dont Varron regrettait la perte. Les vieilles cérémonies de VAugurium saiuiis, dans lesquelles les augures priaient les dieux pour la prospérité de l'État, étaient négligées depuis la guerre de Mithridate ; il les fit célébrer de nouveau -. Il rendit tout leur éclat aux fêtes de Luperques, interrompues pendant la guerre civile, et qui après lui devaient encore durer quatre siècles^; il renouvela les jeux séculaires et ceux des carrefours; il ajouta plusieurs jours aux Saturnales^. Il augmenta le nombre des prêtres, il accrut leurs privilèges, surtout ceux des Vestales, pour lesquelles il professait un respect particulier, u Comme à la mort de l'une d'elles qu'il s'agissait de remplacer, il voyait beaucoup de personnes faire toute sorte de brigues pour obtenir que leur fille ne fût pas choisie, il déclara avec serment que si quelqu'une de ses petites-filles avait l'âge requis il l'offrirait très- volontiers *. » On n'avait plus nommé de fiamine de Jupiter depuis Sylla : il en fit créer une; il ne soullrit pas qu'il y eut aucune négligence dans la nomination du roi des sacrifices, comme cela était arrivé trop

1. Fast., 2,61. Un des vers de ce morceau : « Templontm positor, templorum sancU repostor ! » rappelle ce mot de Tite-Live (iv, 20) : « AuijusIhs Casar t^tnplorum omnium coniVtor aul restitutor. • — 2. Dion, Li, 20. — 3. Suét., Aug., 31.- 4. Macrobe, Sai., i, 10, 23. — 5. Suét., Aug., 31.-6, Dion, uv, 86.

souvent dans les dernières années ^ Les actes les plus anciens des frères Arvales que nous ayons conservés datent de la fin de son règne ; on en a conclu qu'il avait réorganisé aussi cette célèbre corporation. Tous ces collèges sacerdotaux, dont l'existence semble si obscure à la fin de la république, reprirent leur importance avec lui, et c'est sans doute pour lui plaire que les grands personnages recommencèrent à briguer l'honneur d'en faire partie. Ce fut donc une restauration générale de l'ancien culte, et comme il consistait en pratiques plus qu'en dogmes et en croyances, en renouvelant tous ces rites oubliés, Auguste pouvait croire qu'il lui avait vraiment rendu la vie.

Ce n'était pourtant pas assez, pour le dessein qu'il se proposait, de rebâtir des temples et de restaurer de vieilles coutumes. L'esprit religieux a besoin d'autres stimulants pour se ranimer. Il a tout à la fois le goût de l'ancien et du nouveau ; il aime sans doute à revenir au passé; mais pour qu'il reprenne son élan et son ardeur, quand il les a perdus, il est bon que le passé soit rajeuni par quelques innovations. Aussi voyons-nous les réformateurs religieux, en même temps qu'ils rétablissent les anciennes pratiques dans leur pureté, ne pas manquer d'instituer des dévotions nouvelles; c'est ce que fit aussi Auguste. Cette partie de sa tâche lui était assez facile : il n'y avait rien de plus aisé que d'augmenter autant qu'on le voulait le nombre déjà si grand des dieux dans les religions antiques. Une qualification nouvelle donnée à une ancienne divinité suffisait pour en faire un dieu nouveau. C'est par ce moyen qu'Auguste créa ou renouvela trois cultes importants, qui se rattachaient tous à sa dynastie, celui

i. Marquardt, Romische Alterth., iv, p. 268.

de Vénus Mère (Venus Genetrix), celui de Mars Vengeur {Mars Ultor), et celui d*Apollon Palatin {Apollo Palatinus).

Vénus était regardée comme la mère des Romains, et c'est à ce titre que Lucrèce l'invoque au commencement de son poëme ; mais elle était surtout la mère de la famille des Jules, qui se prétendaient issus d'Énée. César, tout incrédule et tout démocrate qu'il était, se vantait beaucoup de cette origine, et quoique cette prétention fît sourire les gens éclairés, qui l'appelaient quelquefois par raillerie le beau fils de Vénus*, il n'est pas sûr qu'elle n'ait pas servi sa politique : la démocratie romaine aimait assez à prendre ses chefs dans les plus anciennes familles, et elle était fière d'eux quand ils portaient un grand nom. A la bataille de Pharsale, César promit d'élever un temple â sa divine aïeule, s'il était victorieux. Il le fit construire dans le forum somptueux qu'il bâtissait en ce moment et dont l'emplacement seul lui avait coûté 100 millions de sesterces (20 millions de francs). 11 l'avait dédié en toute hâte deux ans avant sa mort ; cependant l'œuvre n'était pas encore entièrement terminée aux ides de Mars, et ce fut Octave qui l'acheva. Octave aussi était très-fier de celte illustre naissance et pendant les premiers temps de son pouvoir, l'image de Venus Genetrix parait souvent sur ses monnaies.

Le culte de Mars Vengeur doit son origine à la mort de César. Pendant la campagne entreprise contre Brutus et Cassius, Octave fit vœu d'élever un temple à Mars, s'il parvenait à punir les meurtriers de son père. Il fit plus tard de ce temple le centre du forum qu'à l'exemple de César il se proposait de o;)nstruire. L'ouvrage marcha

1 Cic, Adfam., vm, 15, t.

très-lentement*; il n'était pas encore achevé quand le» Parthes, effrayés des préparatifs qu'Auguste faisait contre eux, se décidèrent à rendre les étendards de Crassus. Cet événement glorieux donnait à Rome les satisfactions de la victoire sans les embarras de la guerre. Il remplit les Romains de fierté, et Auguste voulut construire un monument qui en conservât le souvenir. C'était une vengeance aussi que Rome tirait, après un demi-siècle de honteuse patience, du désastre le plus humiliant qu'elle eut subi depuis les guerres puniques. Auguste la célébra en faisant bâtir un petit temple à Mars Vengeur dans le Capitole, en face de celui de Jupiter Férétrien qu'il avait réparé, et l'on y plaça les étendards reconquis. Quant au grand temple du forum, il ne fut achevé qu'en 757 ; mais aussi c'était un ouvrage admirable : les portiques qui l'entouraient contenaient les statues de tous les grands hommes d'autrefois, en habits de triomphateurs, avec des inscriptions qui rappelaient leurs victoires. Auguste, en les mettant à cette place et en les traitant avec tant d'égards, semblait vouloir prouver que l'empire ne se séparait pas des traditions de la république et qu'il avait la prétention de les continuer.

Le culte d'Apollon Palatin était plus personnel à l'empereur que les deux autres. Auguste paraît avoir eu de tout temps pour Apollon une dévotion particuUère : déjà dans ce repas des douze dieux, que les malins lui reprochaient, on remarque qu'il avait pris le rôle d'Apollon pour lui. Il aimait à se faire représenter avec les attributs

i. Cette lenteur fut l'occasion d'un jeu de mots d'Auguste rapporté par Macrobe {Sat.^ n, 4, \0). L'orateur Cassius Severus avait peu de succès dans ses accusations, ceux qu'il déférait aux tribunaux étaient toujours absous. Auguste, jouant sur le double sens du mot absolutus, qui signifie a^jsous et achevé, disait:» Vellem Casiitu et meum jùiurti ticcuiet.»

RÉFORMES D'AUGUSTE. 8t

et SOUS les traits de son dieu favori. Les flatteurs disaient qu'il en était le fils, et un savant Égyptien lui attribua très- sérieusement cette origine dans un ouvrage de théologie ^ A la bataille d'Actium, il se trouva par hasard qn\m temple d'Apollon s'élevait sur le rivage, près de l'endroit où l'on avait combattu : il n'en fallut pas davantage pour qu'on lui accordât une part dans le succès de la journée : le dieu, selon Virgile, avait tendu son arc et lancé ses traits inévitables contre les ennemis de son protégé. Il en futbien payé par la reconnaissance du vainqueur,

qui institua en son honneur des fêtes somptueuses. Auguste tint surtout à loger son protecteur auprès de lui et à l'avoir dans sa demeure. La maison modeste qu'il habitait sur le Palatin s'augmentait avec ses victoires. Après la défaite de Sextus Pompée, il avait envoyé l'ordre à ses intendants d'acheter les habitations voisines pour agrandir la sienne; mais comme il redoutait les commentaires des mécontents, il voulut dans cette augmentation faire une large part pour le public et pour les dieux. La foudre venait justement de tomber sur sa maison ; les haruspices consultés déclarèrent que les dieux réclamaient la partie qu'ils avaient frappée, et Auguste s'empressa de la leur abandonner. C'est sur ce terrain que fut construit le temple célèbre d'Apollon Palatin : c'était un édifice magnifique, de marbre de Carare, rempli des chefs-d'œuvre de l'art grec et surmonté d'une statue du Soleil sur un quadrige d'or. Les portiques dont il était entouré abritaient les deux bibliothèques grecque et latine dont il est tant question dans les auteurs anciens et qui contenaient les ouvrages et les statues des grands écrivains des deux pays*. La dédicace du temple et des portiques eut lieu

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