Suét., Aug., 94.-2. Becker, Rom. Alterth., i, p
BoissiEU. — Religion romr.'ne. I. '
Sî RÉFORMES D'AUGUSTE.
en 726, avec des (êtes dont le souvenir se retrouve dans les poètes de ce temps *.
C'est ainsi qu'en renouvelant des cultes anciens et en créant dés cultes nouveaux, Auguste essayait de faire circuler la vie dans cette religion épuisée; il la servait encore d'une façon indirecte quand il travaillait à rendre meilleures les mœurs publiques. Depuis le christianisme, la morale et la religion sont devenues inséparables; nous aurons l'occasion de faire souvent remarquer qu'il n'en était pas tout à fait de même dans l'antiquité. A Rome, régler les mœurs était une fonction politique attribuée à uti magistrat spécial. Ce n'est pas en qualité de pontife, c'est comme censeur, ou revêtu d'un pouvoir qui répondait à la censure, qu'Auguste fit ses lois sur la pudeur ou sur le luxe. Cependant ses réformes morales et religieuses avaient un point commun : les unes et les autres prétendaient ramener les Romains aux usages et aux croyances d'autrefois. Comme elles proposaient les mêmes époques et les mêmes personnes à l'admiration des citoyens, on peut dire qu'elles se soutenaient entre elles ; celui qui se décidait à prendre pour modèles les Romains des guerres puniques retrouvait parmi les vertus du passé le respect dés dieux aussi bien que l'observation rigoureuse des devoirs humains, et il ne pouvait pas devenir plus honnête sans être en même temps plus religieux. C'est pour ce motif qu'il ne faut pas séparer les réformes morales d'Auguste de sa tentative de rénovation religieuse.
Dans les deux cas, du reste, il procéda de la même façon. Il savait, selon le mot d'un de ses poètes, que les lois ont peu d'effet quand les mœurs ne sont pas bonnes^, et il n'ignorait pas qu'on ne change pas les mœurs d'un peuple
1. Prop., u, 31. Hor., Cann., i, 31- — 2. BoT.,Carm., m, 24, 35 f Quid leges sine moribus », etc.
par ofdontiatice. Il prit pour y réussir des moyens détournés; il voulut agir sur l'opinion publique et s'adressa, pour la convaincre, à ceux qu'il savait écoutés d'elle. On vit alors les poètes, les historiens, les orateurs, qui jouissaient de tant de crédit dans cette société lettrée^ comme s'ils obéissaient à un mot d'ordre, se transformer tous en prédicateurs de morale. Au milieu de tous les excès d'une civilisation raffinée, à laquelle ils se gardaient bien de renoncer, ils se plaisaient à faire des tableaux éloquents de l'antique pauvreté romaine « mère de toutes les vertus » ; étendus sur des lits d'ivoire, dans des palais de marbre, ils rappelaient à leurs compagnons de plaisir que leurs aïeux n'avaient que des toits de chaume, « qu'ils ne rougissaient pas de dormir sur des couches de paille et de placer sous leur tète une botte de foin * » ; mais on s'aperçut vite que les exhortations des poètes ne suffisaient pas pour rendre à ces efféminés le goût de coucher sur la dure ou de conduire la charrue. Il fallut employer des moyens plus efficaces, et l'on essaya de contraindre ceux qu'on n'avait pas pu persuader. Il semble pourtant qu'Auguste répugnait à s'occuper trop directement de réformer la moralité publique; il ne le fit que peu à peu et sur l'invitation réitérée des bons citoyens. En 732, il refusa la censure perpétuelle qu'on lui olfrait, mais il consentit à publier une loi somptuaire qui frappait le luxe exagéré de la table et mettait des limites aux dépenses excessives qu'on faisait pour les jeux publics'^. Trois ans plus tard, à la suite de désordres graves, le sénat lui confia la direction des lois et des mœurs {morum et legum regimen'^). C'était une magistrature extraordinaire qui donnait à celui qui en était revêtu plus de puissance que la censure, car le censeur n'avait le droit que de blâmer, le directeur des
1. Ovid., Fast., I, 205. — t. Dion, Liv, 2. — 3. Dion, Liv, 10.
lois et des mœurs avait celui de punir et de faire des règlements nouveaux ^ En lui conférant cette haute dignité, le sénat pressait Auguste de s'en servir; il lui demandait de réprimer le mal par des lois sévères, et comme les lois de ce genre avaient été jusque-là trop souvent inutiles, on lui promettait do s'engager d'avance par serment à respecter les siennes. En dehors du sénat, les mêmes rigueurs étaient réclamées avec autant d'impatience, a Celui qui veut, disait Horace, qu'on écrive au-dessous de ses statues qu'il a été le père de l'État doit oser mettre un frein à la licence des mœurs : c'est ainsi qu'il sera illustre dans l'avenir-^. » Sollicité de tant de côtés, Auguste se décida enfin à promulguer les célèbres lois Juliennes sur le maiiage. C'était la tradition de l'ancienne Rome de pousser et au besoin de contraindre les citoyens à se marier; Cicéron en faisait un devoir aux magistrats dans son traité des Z^ln." «Que les censeurs, disait-il, ne souffrent pas qu'il y ait des célibataires^. » Auguste semblait autorisé à se montrer sur ce point plus rigoureux encore qu'on ne létait sous la République : comme il avait rendu le mariage plus facile en autorisant tous les citoyens, à l'exception des sénateurs et de leurs fils, à épouser des affranchies, il se crut le droit de ne permettre à personne de s'y soustraire. « En même temps qu'il récompensait les gens mariés d'après le nombre de leurs enfants, il punissait des peines les plus dures les célibataires des deux sexes. » Ce n'était pourtant pas encore assez au gré de l'opinion ; elle exigeait davantage et pressa plus d'une fois Auguste d'intervenir plus directement dans la vie privée. « On se plaignait un jour dans le sénat des excès de tout genre des femmes et des jeunes gens, qui étaient cause
1. Mominsen, Res gestœdivi Aug.^ p. 15. — 2. Carm.^ m, 24, i'i — 3. ni, 3 : • Cemores cœlibes esse prohibento. »
qu'on avait moins de penchant à se marier, et Ton demandait à l'empereur d'y apporter quelque remède. Il répondit d'abord qu'il avait fait le plus nécessaire et que le reste ne pouvait pas être réglé de la même façon ; mais les sénateurs insistant toujours, il leur dit que c'était l'affaire de chacun d'eux de diriger sa femme à son gré et de lui donner les conseils qui lui conviendraient, comme il le faisait lui-même. Ces paroles ne firent qu'augmenter l'impatience générale, et tout le monde voulut savoir quels étaient ces conseils qu'il donnait à Livie. C'est ainsi qu'Auguste fut amené, malgré lui, à dire son opinion sur le vêtement et la parure des femmes, sur la manière dont elles doivent paraître en public, sur les vertus qui leur conviennent *. » Il est probable que cette communication fut accueillie par de grands applaudissements, et que le sénat détermina l'empereur, par ses instances, à transformer ces conseils intimes en lois de l'État : telle fut sans doute l'origine de celles qu'il promulgua contre l'adultère et sur la pudeur {leges Juliœ de adulleriis et de pudicitia).
Ces lois furent d'abord bien reçues. Le public les avait longtemps réclamées ; il espérait qu'elles seraient eflicaces, et comptait sur elles pour achever d'assurer le salut de l'État. Sa confiance était naturelle : on jugeait de l'avenir par le passé, et jusque-là tout avait réussi à l'empereur. Ce règne était alors à son apogée. En 737, l'année qui suivit celle où furent promulguées les lois sur le mariage, expirait cette période de dix ans pour laquelle Auguste avait consenti à se charger du pouvoir, quand on le lui oiTrait pour toute sa vie. Pendant ces dix années, de grandes choses s'étaient accomplies, et qui semblaient encore plus grandes quand ou S6 souienait