‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 24 sur 155 · Bouché-Leclercq, les Pontifes, livre iv · texte numérisé non relu

Bouché-Leclercq, les Pontifes, livre iv

RÉFORMES D'AUGUSTE. #f

provinces. Les agents du prince, qui sont d'ordinaire plus impérieux que lui et plus jaloux de son autorité, auraient eu peine à souffrir qu'on lui refusât quelque part les droits qu'il possédait à Rome. Pline trouvait tout naturel, quand il gouvernait la Bithynie, que, pour déplacer un tombeau à Nicomédie, on fût obligé de demander l'autorisation de l'empereur. « Comme je savais, lui écrit-il, qu'à Rome pour un motif semblable on s'adresse au collège des pontifes, j'ai pensé qu'en cette occasion je devais vous consulter, vous qui êtes le grand pontife, et vous demander votre sentiment ^ » Trajan répondit que ce serait un grand dérangement pour les Bithyniens d'attendre une réponse de lui toutes les fois qu'une nécessité pressante les forcerait à toucher à quelque sépulture, et il leur permit de s'en passer ; mais la lettre de Pline n'en prouve pas moins cette tendance qu'avaient alors les agents du pouvoir à imposer au monde entier l'autorité religieuse du grand pontife.

Cette autorité, tant que dura la république, ne paraît pas avoir beaucoup pesé sur les consciences. Comme la

1. Pline, Epist., x, 68 (édit. Keil). — Dans une autre lettre il s'adresse encore à la science religieuse de Trajan et l'interroge au sujet d'un temple de la Mère des dieux, que les habitants de Nicomédie voulaient démolir ou déplacer pour agrandir leur forum. Il lui fait remarquer que ce temple a été dédié sans qu'on eut fait un de ces règlements que les Romains appelaient lex dedicationis ou /«x templi, et qui fixaient d'avance toutes les conditions de son existence, c Décider, lui dit-il, si dans ces circonstances on peut sans crime 1« transporter ailleurs. Ce serait une mesure fort utile si la religion na s'y oppose pas. » Trajan répondit qu'on pouvait le faire sans scrupule, « parce que sur le sol d'une ville étrangère on ne peut pas dédier un temple d'après le rit romain » {Epist., x, 49 et 50). Ici encore c'est l'agent du prince qui le pousse à trancher une question qui touche à une religion étrangère, et qui veut en faire comme le chef religieux du monde

BoissiER. — Religion romain©. j, __ g

religion officielle ne se composait guère que de pratiques, celui qui en était le chef n'avait pas de dogmes à imposer ; il ne surveillait que le culte et laissait libres les opinions. En général l'empire imita cette réserve. Cependant il est difficile qu'un pouvoir qui se sent plus fort n'éprouvfi pas quelque désir de devenir plus exigeant. Dans le célèbre discours que Dion prête à Mécène et qui contient toute la politique de l'empire, il lui fait dire à Auguste : « Honorez les dieux selon les usages nationaux, et forcez les autres à les honorer comme vous »; et un peu plus loin : « Ne permettez à personne d'être athée )) , c'est-à-dire de ne pas croire aux dieux que l'État reconnaît*. Ces prescriptions sont formelles et rigoureuses. On sent à la façon dont elles sont exprimées que l'homme auquel on s'adresse est armé tout ensemble de la force matérielle et du pouvoir religieux. Quand deux puissances si différentes sont placées dans la même main, elles s'altèrent l'une l'autre par leur union. Celle qui est avant tout la force prend un caractère mystique qui ne lui convient guère, et celle qui ne devrait être que la persuasion ne parle plus que d'un ton impérieux et menaçant. Le prince qui est à la fois le chef religieux et civil d'une nation est toujours tenté d'imposer ses règlements de police comme des dogmes, et de forcer d'obéir aux dogmes comme aux règlements de police. Ce double caractère se retrouve dans les lois impériales, et il y devient plus frappant à mesure que l'empire se fait plus vieux. A la fin le prince parle lui-même à tout propos de sa divinité, et tandis qu'il livre aux bêtes ceux qui ne partagent pas ses croyances, il appelle ses ordonnances fiscales « des oracles célestes ». Déjà sous Auguste on a remarqué les mesures sévères qui furent prises contre les recueils de fausse»

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