I PRÉFACE
dire, l'un sur l'autre. Une période nouvelle commence alors pour la religion romaine pendant laquelle, volontairement ou non, elle subit l'action du Christianisme.
La première de ces deux époques, celle qui a précédé cette influence directe et puissante dont je viens de parler, forme un ensemble complet et peut être étudiée isolément. Je n'ai pas besoin de montrer qu'il est très-important de la connaître : il s'agit de savoir en présence de quelles croyances le Christianisme naissant s'est rencontré, qu'était véritablement ce culte qu'il avait à vaincre, et quelles facilités ou quelles résistances il a trouvées dans l'état religieux et moral du monde romain au ir siècle. Malheureusement, ce qui fait l'intérêt de ce sujet en fait aussi le danger. Ces questions qui touchent de près ou de loin à l'histoire religieuse sont toujours délicates à traiter, et il est rare qu'on les aborde avec une entière liberté d'esprit. Dans celle qui va nous occuper, les préjugés ont été si forts, qu'on a vu des historiens, suivant Topinion à laquelle ils appartenaient, tirer avec la meilleure foi du monde des mêmes documents des conclusions tout à fait contraires. Les uns énumèrent avec complaisance tous les crimes dont les écrivains de l'antiquité nous ont conservé le récit et en viennent à nier entièrement
PRÉFACÉ. Il
les vertus de la société païenne, ouWiant que les Pères de l'Église on ont plus d'une fois rendu témoignage ^ Les autres, ^'obstinant à ne voir que les grands principes proclamés par les philosophes, sans chercher s'ils ont été appliqués, font de ce siècle des tableaux si séduisants et mettent la sagesse ancienne si haut, que la révolution chrétienne devient inutile, ou plutôt qu'il n'y a plus de révolution chrétienne, et que la religion nouvelle se trouve être une sorte de continuation naturelle des religions et des philosophies antiques. Ce sont là dci exagérations auxquelles le bon sens résiste et que l'histoire dément; je puis promettre qu'on ne les retrouvera pas dans cet ouvrage. Je n'y cherche que la vérité. Ma seule préoccupation est de réunir le plus de faits possible, de les transcrire sans les altérer, de leur conserver leur caractère et leur couleur véritables, afin que chacun, en me lisant, jiuisse se former à lui-même sa conviction.
On ne peut pas dire d'une manière absolue que le sujet de ce travail soit nouveau. S'il a rarement été traité à part et avec les développements que je lui donne, on l'a plus d'une fois abordé à propos d'autres études. En France, des écrivains de talent