‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 2 sur 155 · PRÉFACE. TU · texte numérisé non relu

PRÉFACE. TU

confidere dis debemusK » Tout ce que nous savons de la société de ce temps confirme Topinion que nous en donne cette correspondance. La religion s'y mêle à tout, même à ce qui lui avait été d'abord le plus contraire. A l'époque de Cicéron, la philosophie était en général incrédule, et Ton regardait comme une vérité démontrée « que ceux qui s'en occupent ne croient pas à l'existence des dieux* ». Au ii* siècle, les philosophes sont presque tous croyants et même superstitieux. Marc-Aurèle, dans ses Pensées, remercie les dieux avec effusion de lui avoir communiqué en songe des remèdes efficaces pour ses maladies ^ Ainsi, de Cicéron à Marc-Aurèle, une sorte de révolution s'est opérée dans la société romaine , et elle a suivi sous l'empire une route tout à fait différente de celle qu'elle semblait prendre à la fin de la république. Que s'est-il donc passé, durant cet intervalle, qui puisse expliquer ce changement? Quels événements et quelle influence ont poussé Rome dans une voie dont elle semblait d'abord si éloignée? Gomment et par quels progrès, d'incrédule est-elle ainsi devenue croyante? C'est la question à laquelle je vais essayer de répondre dans cet ouvrage.

i. Epiit. adM.C(JU.,^,À5.— 2. Cic, Deinvevt., i, 29. —3. Pen- 9ie$, I, 17.

TIII PRÉFACE.

Mais avant d'entreprendre cette étude, j'ai besoin d'indiquer en quelques mots de quelle façon je la comprends et quelle étendue je crois devoir lui donner. Si je m'enfermais étroitement dans l'histoire de la religion romaine proprement dite, comme le titre de ce livre pourrait le faire croire, je devrais me contenter de signaler les changements que le temps apporta dans les pratiques du culte depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui de Morc-Aurèle. Ainsi conçu, le sujet serait de peu d'importance ; mais je compte embrasser pendant ces deux siècles le mouvement religieux tout entier. Je l'étudierai partout où il se manifeste, dans les écoles de philosophie aussi bien que dans les temples. Je ne négligerai d'exposer ni les systèmes imaginés alors par les philosophes pour résoudre les questions religieuses, ni les efforts tentés par les moralistes pour corriger leur temps. En réalité, ils rentrent dans le sujet que je traite, et j'espère montrer que la religion romaine, quoiqu'elle se tienne en dehors de cette activité philosophique, en a ressenti les atteintes.

Quant aux limites dans lesquelles j'ai circonscrit mon travail, je crois qu'elles n'ont rien d'arbitraire. L'histoire du paganisme romain, depuis Auguste jusqu'à ses derniers moments, me paraît se diviser en deux périodes distinctes, celle où il se développe

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lui-même, d'après son principe et sa nature, et celle où il essaye de se reformer sur le modèle de la religion qui le menace et qu'il combat. De ces deux périodes, je n'étudie ici que la première. Je m'arrête à Marc-Aurèle , c'est-à-dire au moment où les apologistes font connaître le Christianisme au monde*. Je ne voudrais pourtant pas affirmer qu'avant c^tte époque des communications n'aient pas eu lieu d'une religion à l'autre par des voies secrètes et détournées, ni que les doctrines chrétiennes n'aient exercé déjà une certaine influence sur le paganisme; mais s'il est permis de le soupçonner, je ne crois pas qu'il soit possible de l'établir. Les Pères de l'Église euxmêmes ne se prononcent pas sur cette question d'une façon précise ; ce ne fut, dans tous les cas, qu'une influence indirecte et indistincte, qui ne pouvait guère modifier la direction que le paganisme suivait de lui-même et dans laquelle il s'était engagé depuis Auguste, c'est-à-dire avant la naissance du Christ. Au contraire, à partir du règne de Commode, et surtout de celui de Seplime-Sévère, les rapports entre les deux cultes sont évidents; ils rayonnent, pour ainsi

1. 11 est question d'apologies présentées déjà à l'empereur Hadrien par Quadratus et Aristide, mais elles sont perdues. L'apologie de S. Justin, la plus ancienne de celles que nous avons conservées, est «dressée à Antonin et à Mayc-Aurèl<i

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