‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 37 sur 155 · Carm., m, 6, 45. — i. Sat. u, 7 23. — 3. Sat. u T · texte numérisé non relu

Carm., m, 6, 45. — i. Sat. u, 7 23. — 3. Sat. u T

202 LE SIÈCLE D'AUGtJSTE.

vertus ancionnes, et de pratiquer l'antique religion, quand ils menaçaient les débauchés et les impies du sort de Titye et de Pirithoiis, ils ne voulaient sans doute s'adresser qu'à ceux qui n'avaient pas le moyen d'étudier la philosophie et à qui la religion tient lieu de sagesse. Ils pensaient, avec Tite-Live, que « pour retenir la multitude illettrée, il n'y a rien de plus efficace que la crainte des dieux* »; quant aux gens éclairés, on pouvait à la rigueur leur permettre de se passer de croyances précises, et il y avait pour eux des privilèges d'incrédulité. Ce raisonnement commode, qui était celui de toute la haute société de Rome, pouvait bien rassurer la conscience de ces moralistes faciles quand ils ne prenaient pas pour eux les conseils qu'ils adressaient aux autres; mais il ne pouvait pas donner à leurs paroles ces accents qui partent du cœur, qui viennent de la conviction personnelle et qui la communiquent. Leurs exhortations sans sincérité laissaient les âmes indifférentes. C'est ce qui devait rendre, .à ce qu'il semble, ces réformes stériles : nées d'une nécessité politique, décrétées par ordonnance, soutenues par des gens qui n'avaient pas d'autorité pour le faire, il leur était difficile de pénétrer profondément dans cette société qu'elles prétendaient renouveler.

Cependant les contemporains parurent croire un moment qu'elles réussiraient. On a vu que le chant séculaire d'Horace est moins une prière qu'un hymne de triomphe. Vers 740, le même poète écrivait : « L'adultère ne souille plus nos familles, les mœurs et les lois ont triomphé du vice impur. On félicite les mères d'avoir des fils qui ressemblent à leurs époux. Le châtiment ne manque pas d'atteindre la faute». Et il ajoutait : « Qui pourrait s'effrayer du Parthe, craindre le Scythe glacé ou les sau-

t. Tite-LiTe, 1, 19.

vages enfants de la Germanie, tant que César nous reste * ? » Horace se trompait ; ni le vice ni les barbares n'étaient vaincus : quelques années plus tard, les sauvages enfants de la Germanie faisaient perdre à Varus ses légions, et l'adultère qu'Horace croyait banni de Rome souillait le palais impérial. Des accidents cruels prouvaient à Auguste que ses lois n'avaient pas changé les mœurs publiques , comme on le lui disait et comme il était porté à le croire; il ne parvenait pas même à les faire respecter dans sa famille : sa fille et sa petite-fille donnaient l'exemple de tous les désordres. Il les frappa toutes les deux avec une rage impitoyable; il les tint tant quil vécut dans un exil rigoureux; il punit du bannissement ou de la mort leurs complaisants et leurs complices. Ce qui explique cette dureté, c'est que le réformateur se vengeait en même temps que le père; il punissait les coupables moins peut-être de leurs crimes que de lui avoir ôté l'illusion de croire au succès de son œuvre : si, sous ses yeux et dans sa maison, on tenait si peu de compte de ses lois, pouvait-il espérer qu'ailleurs elles seraient respectées ?

Il est certain que, si l'on juge cette dernière partie du règne d'Auguste par le poëte Ovide qui semble si bien la représenter, on est tenté de croire que tous les projets de l'empereur ont misérablement échoué. Le monde que nous décrivent les Amours et l'Art d'aimer paraît bien plus futile et bien plus dépravé que celui dont Horace nous a laissé le tableau. Les mœurs y sont plus légères, le luxe y est devenu plus extravagant encore; on est plus él;)igné que jamais de ces temps de Fabricius et de Cincinnatus qu'on prétendait faire renaître. Quant à la religion, qu'on espérait aussi restaurer, il suffit de lire le*

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