‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 50 sur 155 · Virgilius juvenali in habitu, bene omatua · texte numérisé non relu

Virgilius juvenali in habitu, bene omatua

A. Ecce polo deniissa solo nova progenics Mt

Comparez Bticol., iv, 7.

260 YIRGILE.

serait inexcusable chez un prophète. Heyne fait remarquer aussi qu'à l'exception de quelques passages, les origines et l'inspiration de l'égiogue de Virgile sont tout à fait païennes. Ce qu'il chante n*est après tout que le vieil âge d'or des légendes, les fleurs et les fruits qui naissent sans culture, les chênes qui distillent le miel, le raisin qui pend aux buissons, les troupeaux qui rapportent d'eux-mêmes au berger leurs mamelles pleines, etc. Ces images sont bien connues; elles viennent des poètes grecs et non des livres saints. Il y a pourtant un côté par lequel la quatrième églogue peut être rattachée à l'histoire du Christianisme : elle nous révèle un certain état des âmes qui n'a pas été inutile à ses rapides progrès. C'était une opinion accréditée alors que le monde épuisé touchait à une grande crise, et qu'une révolution se préparait qui lui rendrait la jeunesse. On ne sait où cette idée avait pris naissance, mais elle s'était bientôt répandue partout. Les sages de l'antiquité avaient coutume de partager la \ie de l'univers en un certain nombre d'époques, et pensaient qu'après ces époques écoulées le cycle entier recommençait; or, à ce moment, les prêtres, les devins, les philosophes, séparés sur les autres questions, s'accordaient à croire qu'on était arrivé au terme d'une de ces longues périodes, et que le renouvellement était proche. Pendant que les disciples de Pythagore et de Platon établissaient que, la grande année étant finie, les astres allaient tous se retrouver dans la position qu'ils occupaient à l'origine des choses *, les haruspices étrusques lisaient dans le ciel que le dixième et dernier siècle venait de commencer*, et les orphiques prédisaient Tavénement prochain du règne de Saturne, c'est-à-dire le retour de l'âge d'or ^. Les oracles sibyllins s'étaient imprégnés de

1. Serv., Bucol, iv, 4. — î. Cens<.riiuis, De die nat., 17 — 3,Serv., Buco^ . iv, iO.

VIRGILE. ^bl

ces opinions et les avaient répandues dans le penple. Is jouissaient alors d'une grande vogue. Ceux que Tarquin avait achetés de la sibylle de Cumes et que Rome consulta si pieusement pendant tant de siècles, n'existaient plus : ils avaient péri sous Sylla, dans l'incendie du Gapitole. On en avait fait chercher d'autres dans les villes de l'Italie méridionale, de la Grèce et de l'Asie pour les placer dans le Capitolenouveau^ Cette recherche contribua sans doute à les mettre en crédit; il en arriva de tout l'Orient, où ils étaient fort nombreux, et jusqu'au moment où Auguste les fit poursuivre et jeter au feu, Rome en fut inondée. Ainsi, de quelque côté qu'on prêtât l'oreille, on n'entendait alors que la voix des devins ou des sages qui annonçait l'approche des temps nouveaux. Ces prédictions s'adressaient à des malheureux qui venaient de traverser les guerres civiles, qui avaient assisté aux proscriptions et qui éprouvaient le besoin de se consoler des misères de la vie réelle par ces tableaux chimériques des prospérités de l'avenir; elles ne pouvaient manquer d'être avidement accueillies. Il régnait alors partout une sorte de fermentation, d'attente inquiète et d'espérance sans limite. « Toutes les créatures soupirent, disait saint Paul, et sont comme dans le travail de l'enfantement '. » Le principal intérêt des vers de Virgile est de nous garder quelque souvenir de cette disposition des âmes. Il est d'autant plus important de la connaître que le Christianisme en a profité : les philosophes, le^ haruspices, les Chaldéens, travaillaient pour lui à leur insu; toutes ces prophéties qui enflammaient les imaginations malades lui préparaient des disciples. Grâce à elles, on le souhaitait sans le connaître, et c'est ainsi que, dès qu'il parut, les pauvres, les méprisés, les malheureux, tous

f. Alexandre, Orac. SibylL, ii, p. 180. — 2. Ad Rom., vui, 21

ceux qui ne vivaient que de ces espérances confuses et qui attendaient avec anxiété la réalisation de leurs rêves devinrent pour lui une si facile conquête.

C'est seulement dans ce sens qu'on a raison de faire de Virgile une sorte de précurseur du Christianisme. Il était de ceux qui lui frayèrent le chemin et l'aidèrent, sans le savoir, à s'emparer du monde. Dante a exprimé cette pensée par une image saisissante, quand il le compare « à l'homme qui s'en va dans la nuit, portant derrière lui un flambeau dont il ne profite pas, mais qui éclaire ceux qui le suivent i. S'il n'était pas chrétien lui-même, ses écrits disposaient à l'être; aussi le Christianisme ne l'a-t-il jamais traité tout à fait en étranger. Une légende qui fut répandue au moyen âge racontait que saint Paul, en passant à Naples, s'était fait conduire au tombeau de Virgile. € L'apôtre, ajoutait-on, s'arrêta devant le mausolée et versa sur la pierre une rosée de larmes pieuses. — Quel homme j'aurais fait de toi, dit-il, si je t'avais trouvé vivant, ô le plus grand des poètes * ! » Virgile fut en effet une des âmes les plus chrétiennes du paganisme. Quoique attaché de tout son cœur à l'ancienne religion, il a semblé quelquefois pressentir la nouvelle, et un Chrétien pieux pouvait croire qu'il ne lui manqua, pour l'embrasser, que de la coni»aître.

1, Ad Maroiiis mausolcurn

Ductus, fudit super eum Piae rorem lacrimae.

■ Quem te, iiiquit, reddidissem.

Si te vivuin invenissem, Poetarum maxime ' »

Yoyei Comparetti, Vlrgilio nel medio evo, l, p. 128 ef sq.

cîîapitrl: cînquîèm

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