‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 51 sur 155 · LE SIXIÈME LIVRE DE L'ÉNÉIDB · texte numérisé non relu

LE SIXIÈME LIVRE DE L'ÉNÉIDB

"Virgile a consacré tout un livre de V Enéide^ le sixième, à raconter la descente d'Énée aux enfers. Ce livre n'est pas tout à fait nécessaire au développement de l'action, quoiqu'il y soit habilement rattaché ; le poëme pouvait à la rigueur s'en passer, le poëte a tenu à l'écrire. Il voulait nous faire savoir l'idée qu'il se faisait de l'état des âmes après la mort. Ce sujet préoccupait sa pensée et agitait son imagination. Il l'avait abordé sans y être contraint, il mit tous ses soins à le bien traiter. C'est une des parties de son ouvrage dont il devaitètre le plus satisfait, puisqu'il en donna lecture à l'empereur et à sa famille ; ce fut peut-être celle qui frappa le plus les Romains. Servius trouve que nulle part Virgile n'a montré plus de science, et il nous apprend que les érudits avaient composé sur ce livre un certain nombre de traités spéciaux où ils essayaient d'en expliquer les difficultés *. Ces traités, si nous les avions conservés, ne nous auraient pas probablement appris grandchose : ils n'ont pas empêché Servius de s'égarer souvent dans ses explications. Mais nous avons, pour saisir la pensée du poëte, un moyen plus sur que de consulter ses commentateurs. Comme il a dû suivre ici sa méthode ordinaire, qui consiste à ne rien

1. Totus quidem Virgilius scientia plenus est, in qua hic liber pos^ fidet principatum... adeo ut plertque de his singulis hujus libri m<«gras scripserint pragmatias. (Servius, ^n., vi, proœm.)

inventer de lui-même et à s'appuyer tonjours sur les opinions de ses contemporains on les traditions du passé, il convient de chercher d'abord quelles vicissitudes avait traversées, chez les Ptomains, la croyance à la vie future et ce qu'on en pensait vers les dernières années de la république. Nous replacerons ainsi l'œuvre de Virgile à son temps, et nous serons plus sûrs de la comprendre.

Croyances des anciens Romains à la persistance de la vie.— Comment ils se représentaient d'abord la vie future. — Introrlnction à Kome des croyances étrangères. — Opinions des Étrusques. — Légendes grecques. — Systèmes des philosophes. — L'épicurisme. — Raisons de son succès. — Pourquoi il est en décadence au commencement de l'empire.

La croyance que la vie persiste après la mort n*est pas une de celles qui naissent tard chez un peuple et qui sont le fruit de l'étude et de la réflexion. Les anciens avaient remarqué qu'au contraire elle semblait plus profondément enracinée chez certaines nations barbares : les Gaulois, par exemple, n'hésitaient pas à prêter de l'argent, à la seule condition qu'on le leur rendrait dans l'autre vie, tant ils étaient sûrs de s'y retrouver * ! Les Romains non plus n'avaient pas attendu de connaître Pythagoreet Platon pour être assurés que l'homme ne meurt pas tout entier. Gicéron nous dit qu'aussi haut qu'on remonte dans l'histoire de Rome, on trouve des traces de cette croyance, qu'elle existait déjà à l'époque où Ton s'avisa de faire les plus anciens règlements civils et religieux, et qu'on ne

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