‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 54 sur 155 · PlK'jion, p. 114. — 2. Ibid · texte numérisé non relu

PlK'jion, p. 114. — 2. Ibid

à les rapporter, c'est qu'il n*a rien de mieux à nous apprendre : « Tu regardes apparemment, fait-il dire à Socrate, tous les récits que je viens de faire comme des contes de vieilles femmes et n'en fais nul cas; et nous aussi nous n'en tiendrions aucun compte si, après bien des recherches, nous pouvions trouver quelque chose de meilleur et de plus vrai *. »

Ces fables di lièrent quelquefois entre elles, et Platon en les reproduisant ne s'est pas donné la peine de les mettre d'accord. Il est pourtant un détail qu'on retrouve à peu près chez toutes et qu'il a grand soin de rapporter. Elles racontent qu'après la mort les âmes sont amenées devant des juges et traitées selon leurs mérites; dès lors les enfers deviennent un lieu de punition pour les méchants et de récompense pour les bons. C'était une façon plus morale de comprendre l'autre vie; elle convenait à l'idée que ces sociétés éclairées se faisaient de* la justice divine ; elle plaisait beaucoup aux politiques, qui la regardaient comme un moyen efficace de contenir la foule - : aussi fut-elle acceptée avec faveur par tout le monde, et même introduite dans les vieilles légendes populaires, qui primitivement ne la connaissaient pas. La première conséquence qu'elle eut en se répandant fut d'augmenter encore la terreur que causait cette autre existence. L'obscurité qui l'entourait, les fables qu'on racontait sur elle, la rendaient déjà redoutable ; elle le devint davantage quand on y ajouta l'appareil de ce dernier jugement et les supplices qui en étaient la suite. Les arts s'exerçaient à en présenter d'horribles tableaux. La peinture aimait à reproduire les tourments qu'enduraient les morts dans le Tartare^ On avait introduit des revenants sur le théâtre

1. Gorgias, p. 527. — 2. Polybe, vi, Sa —3. Plaute, Gapt., \, A i : V'uli egn rr>v.itn «rr/i" j^^rfn f>v,œ Ache-"^\ll fièrent eruc'a~ menia.

qui décrivaient en termes effrayants les lieux qu'ils venaient de quitter. « Me voici, leur faisait-on dire ; j'arrive à grand'peine de l'Achéron par un chemin sombre et pénible. J'ai traversé des cavernes formées d'énormes roches pointues qui pendent sur la tête, au milieu de l'épaisse et lourde obscurité des enfers, j) Et Cicéron nous raconte que ces vers pompeux faisaient frissonner tout ce public de théâtre, dans lequel se trouvaient des femmes et des enfants *. Ce n'étaient pas seulement les enfants et les femmes, le peuple et les ignorants qui étaient émus de ces peintures ; les gens instruits et distingués n'échappaient pas entièrement à l'effroi qu'elles causaient. Platon, qui écrivait pour eux, a présenté de cette autre vie des tableaux qui n'étaient pas faits pour les rassurer. Il décrit, lui aussi, avec une grande vigueur les supplices réservés à ceux qui sont condamnés par les juges : (( Des êtres à l'aspect hideux, au corps de flamme, leur lient les pieds, les mains, la tête ; les jettent à terre, les écorchent à coups de fouet, les traînent sur des épines, en disant aux ombres qui passent la raison pour laquelle ils les traitent de la sorte et qu'ils vont les précipiter dans le Tartare*. » De telles menaces, exprimées avec cette énergie, devaient faire réfléchir les esprits timorés, et bien peu sans doute se trouvaient l'âme assez pure pour aborder sans quelque émotion ces terribles juges des enfers.

Ces frayeurs devinrent à la fin si intolérables, qu'une école philosophique, celle d'Épicure, se donna la tâche d'en délivrer l'humanité. « 11 faut chasser avant tout la crainte des enfers, dit Lucrèce; elle empoisonne la vie jusqu'au fond du vase où nous la buvons, elle répand sur tout les ombres de la mort, elle ne nous laisse goûter

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