‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 9 sur 155 · Corp. inscript, lat., i, n · texte numérisé non relu

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parmi ceux qui ont ainsi prôné la religion romaine, des esprits fermes et sensés, des observateurs exacts, comme Po!ybe, qui auraient su résister à des engouements irréfléchis, et il faut chercher ailleurs des raisons plus sérieuses à leur admiration.

Ces raisons ne sont pas très-difficiles à découvrir. Les Grecs intelligents, qui venaient d'assister à la ruine de leur patrie, n'ignoraient pas les causes qui l'avaient perdue. Les qualités qu'ils remarquaient le plus chez les autres devaient être naturellement celles qui leur avaient surtout manqué et dont leurs malheurs récents leur avaient appris l'importarice. C'est ainsi qu'à Rome ils étaient principalement frappés de voir tant d'ordre et de dignité dans la vie privée, tant de discipline et de patriotisme dans la vie publique ; or ces vertus que la Grèce ne connaissait plus et dont l'absence lui avait été si fdtalc, les Humains déclaraient hautement qu'ils les devaient en partie à leur religion. Polybe accepte tout à fait cette opinion; il était, comme la plupart des Grecs de son temps, peu croyant pour son compte, très-disposé à se méfier de la dévotion ou à en sourire. Elle lui semblait ridicule dans ces pauvres gens « qui s'arrêtent court dès qu'ils voient passer une belette et vont consulter le devin quand un rat leur a rongé un sac de farine* r^; i! la trouvait dangereuse lorsqu'elle agite tout un peuple , qu'elle lui donne en spectacle les excitations sensuelles du culte d'Adonis et les expiations sanglantes du culte de Cybèle, ou qu'elle le précipite dans les folies des bacchanales. Plus il était tenté de la redouter, plus il devait lui paraître merveilleux qu'on eût fait servir une puissance aussi désordonnée à maintenir la paix publique. 11 est sur que la religion comme l'entendaient les Romains, pre-

i Théophraste, le Superstitieux.

nant l'homme de tous les côtés et enlaçant la vie entière dans un réseau de pratiques rigoureuses, y mettait plus d'ordre et de sérieux, qu'elle enseignait la régularité, qu'elle habituait à l'obéissance. En présence de l'indiiïérence railleuse ou raisonneuse de leurs compatriotes, des élans déréglés de leurs voisins d'Asie, les sages et les savants de la Grèce étaient charmés autant que surpris de cette piété calme et grave qui sait se maintenir dans les limites fixées et fuit avec le môme soin les négligences et les exagérations. Ce qui leur plaisait surtout dans cette religion est peut-être ce qui risque le plus de nous déplaire aujourd'hui. Nous regrettons beaucoup qu'on l'ait privée de sa liberté pour la jeter sous le joug d'un formalisme minutieux; eux, au contraire, qui savaient a quels excès elle s'emporte quand elle est livrée à elle-même, approuvaient beaucoup l'autorité politique de ne pas la laisser tout à fait libre et de la diriger à sa façon. Ces gens, qui n'avaient jamais su se gouverner et pour qui la religion n'était trop souvent qu'une occasion de plus de désordre, ne pouvaient se lasser d'admirer qu'on en eût fait un moyen de gouvernement. Celle des Romains leur semblait donc la création la plus originale d'un peuple pratique et sensé, qui avait réussi à discipliner toutes les forces de l'homme, même les plus déréglées et les plus rebelles, et à les tourner vers un but unique, la grandeur de l'État.

Ils lui trouvaient d'autres avantages qui n'étaient pas moins précieux quand ils l'observaient de plus près : elle leur semblait plus morale que celle des Grecs. Un hasard heureux nous a conservé le plus vieux calendrier de Rome * ; il ne contient presque que des fêtes champêtres. Ce culte avait donc à l'origine un caractère tout à fait

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