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CHAPITRE PREMIKR

Complexilé du sujet. — Les souroeg. — Divisions.

•Une peut être ici question même d'esquisser une histoire de la religion romaine. 11 y faudrait pour le moins un gros volume. A peine pourra-t-on prétendre à en indiquer sommairement les maîtresses ;lignes, à en dégager l'esprit dans ses phases successives. Nulle histoire ne présente moins d'unité. Il n'y a pas, en effet^-d'évolutioa de la religion romaine, mais une série de juxtapositions constituées fpar les éléments les plus divers et parfois les plus contradictoires. Quel rapport entre l'étroite religion d'une petite peuplade italique, agricole et guerrière, et le vaste syncrétisme de la puissance mondiale qui ;des bords du Tibre rayonne jusqu'aux extrémités du monde comiu des anciens? L'histoire de la religion romaine offre le spectacle d'un flux qui, venant battre les murailles de la Ville-Reirie, lui apporte les croyances et les pratiques des centres religieux les plus lointains, et d'un reflux qui remporte ces mêmes croyances pour tn opérer la diffusion ^ et en même temps, à partir de l'Empire, dépose partout le culte qui deviendra comme le ciment de l'unité politique et morale, à savoir celui des empereurs et de la déesse Rome. Mais ce n'est pas tout. La religion, considérée de tout temps à Rome comme fonction politique, apparaît à des hommes d' Etat clairvoyants

comme fonction sociale et à ce titre se mêle étroitement à l'histoire intérieure de Rome à certaines époques.

En ce qui concerne l'individu, la conscience, comme elle n'est nullement dogmatique, elle change totalement d'aspect suivant les besoins religieux qui naissent spontanément dans la société humaine, suivant le degré de civilisation et d'affinement où elle est parvenue, suivant l'état économique, moral, intellectuel des populations.

Enfin la philosophie s'ingère de bonne heure dans les questions religieuses. Les divers systèmes se retrouvent en lutte sur ce terrain particulier, les uns pour battre en brèche les croyances, les autres poixr les justifier au nom de l'utilité pratique, d'autres encore pour les maintenir en essayant d'en fournir des explications rationnelles. Mais en s' élargissant de plus en plus, de telles explications, comme l'a bien senti saint Augustin, qui paraissent d'abord fortifier le paganisme en l'étayant de raison, le minent sourdement, et insensiblement le conduisent à sa ruine en le livrant au christianisme tout prêt à en recueillr l'héritage, ^

On voit quelle est la complexité de cette étude^ à combien de questions elle touche, que de problèmes elle soulève, que de vues générales, que de détails elle comporte. A dire le vrai, c'est une mer immense dont la surface seule est assez bien connue, mais dont les profondeurs n'ont été explorées qu'en quelques points.

Que d'obscurités, en effet, les sources qui aliment l'histoire de la religion romaine ne laissentelles pas subsister 1 Nombreux, il est vrai, sont les documenta, mais combien disséminés et fragmentaires, combien superficiels souvent, entachés d'inintelligence ou de partis pris politiques ou philosô-

phiques qui dénaturent, le sens des faits ! Puis,, ce qui est plus grave encore, volontairement, l'antiquité, avec un peu moins de jalousie peut-être dans sa dernière période, a soigneusement gardé le secret du ; sens ésotérique de la plupart de ses croyances et de ses cérémonies. Nous voyons le décor du drame, les paroles le plus souvent nous échappent.

Les sources de l'histoire de la religion romaine sont littéraires, épigraphiques, archéologiques. ,

Sources littéraires. 11 n'est presque aucun écrivain latin qui ne fournisse quelque contribution à l'histoire de la religion . Malheureusement, la littérature romaine ' ne commence qu'aune date où Rome a déjà perdu une partie de son génie propre. Parmi les poètes, Virgile avec son savant com mentateur Ser vins, Qvide dans les Métamorphoses ei sunontlQS Fastes, sorte de calendrier religieux qui s'ai rête malheureusement l avec le sixième mois de l'année, sont particulièrement riches en informations. Tous les historiens, Tite-Live f en première ligne, sont à consulter. Puis viennent les [ érudits:Varron,le plus savant de tous, dont Macrobe et saint Augustin nous ont transmis de nombreux ; extraits, tirés surtout des Antiquités divines et humaines ; Paul, l'abréviateur carolingien de Festus . qui lui-même avait résumé \di Signification des mots de Verrius Flaccus, contemporain d'Auguste ; Pline ; l'ancien, dans son immense compilation ; A ulu-Gelle, \ Macrobe, avec sesjSrt/?/?72rt!/^5. Les écrits deGicéron^ en particulier le De divinatione, fournissent de nombreux renseignements ; Lucien, Apulée, l'empereur Julien, sont très instructifs, chacun pour leur temps. Enfin les Pères de l'Eglise et divers auteurs chrétiens, tels que Tertullien, Arnobe, Lactance et d'autres, en réfutant la religion ancienne nous. la font connaître mieux que la plupart des auteurs païens. Il faudrait ajouter un certain uombre d'auteurs secondaires, jusques et y compris l'époque byzantine, dont les écrits méritent plus ou moins de confiance.

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Sources épigrapliiques.Wies comprennent d'abord la multitude des dédicaces et documents divers se rapportant à des temples, à des autels, à des statues,des inscriptions funéraires. Puis viennent quelques textes plus étendus (1), actes ou fastes de collèges sacerdotaux, dont les plus iujportants sont les Tables Engubines^ trouvées à Gubbio {fguvium), en Ombrie, qui contiennent le rituel d'une corporation reW^iense, Gi les Actes des frères Arvales qui rappellent année par année, de 41 à 238 dte nôtre ère, tous les faits qui intéressent le collège et contiennent le célèbre chmt qui a donné lieu à tant de savantes . discussions (2). On peut citer encore les Actes des jeux séculaires {d). E^nVin ddWQva Fasles ou calendriers nous renseignent sur la date des fêtes, le lieu de leur célébration, leur nature, leur origine, etc. (4).

Sources archéologiques . Ce sont les monuments tels que temples, statues, bas reliefs,, peintures, qui nous renseignent sur la diffusion des divers cultes, les attributs des divinités, l'idée morale qu'on attachait à leur personnalité et aux cérémonies de leur culte, et qui souvent ajoutent le plus lumineux; commentaire à des textes demeurés vagues ou obscurs.

De tout ce qui précède, il résulte que nulle part plus que dans l'histoire de la religion romaine, il importe de distinguer les époques. Il faut aussi ne pas confondre les croyances et le culte, celui-ci, partie intégrante de l'organisation de l'Etat, demeurait beaucoup plus immuable que celles-là.

' (1) Br:éa.l. — TaMes Ettg^Mèmes, 1875.

(2) Hbnzen. — Acta fratrum Arualium quse supersunt, 1874, QX C.Z.L., Vr, 2023-2119. — EDON. — iVoMi'e//6 élude sur le chant lémurai, 1884 (résume la question et propose une solution personnelle à l'auteur)^

(3) Ephemeris epigr., VIII, p. 225 et suiv.

(4) La plupart au tome pi- du 6'. J. L.,2^ éd., p. 203 et s,

L'époque primitive s'étend de la période obscure des origines à celle des Tàrquins. Avec ces rois s'introduit riofluence étrusque, et par les Etrusques d'une part, par les relations avec la Grande Grèce d'un autre, l'influence grecque et l'anthropômorphisme. C'est alors et dans les années qui suivent que se constitue le culte officiel.

Après les guerres puniques, et encore sous l'influence grecque, la philosophie pénètre à Rome et avec elle le scepticisme religieux. Le culte subsiste, immuable, mais la foi périclite au point de disparaître presque.

Arrive V Empire. Le rétablissement de l'pcienne religion fait partie du plan politique d'Auguste. D'ailleurs l'anarchie qui a précédé l'avènement du premier empereur a jeté dans les âmes un trouble profond, favorable au réveiL du sentiment religieux. On assiste alors à une véritable renaissance du paganisme. Le culte Impérial devient une sorte dé rebgion d'Etat qui embrasse tout l'Empire.

Puis les cultes Orientaux envahissent tout, et avec eux la superstition, la magie, l'occultisme sous toutes ses formes, mêlés de sensualisme et de cruauté.

Cependant l'humanité a soif de mysticisme, de sainteté. Les Cultes d'ïsis, de Mithra, avec leur théologie savante, leur tendance monothéiste, donnent aux meilleurs de leurs adeptes de hautes satisfactions. -

Parallèlement, et par suite tant des exigences de la raison que de l'unification de l'Empire, le syncrétisme, surtout au iiL^ siècle après Jésus-Christ, assimile, réduit les uns aux autres des dieux d'origines diverses. C'est ainsi que par une singulière destinée, le paganisme en s' élevant se détruit luimême et prépare l'adhésion du monde au christianisme. Le paganisme de Julien est incomparablement plus pur et plus profond qu'aucun de ceux qui l'ont précédé, pourtant c'est avec lui que périt l'ancienne religion.

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