‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 112 sur 417 · Voir, plus bas, chapitre II · texte numérisé non relu

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2. Ou d'Indra el Agni, VI, 60, 1; d*Agni seul, VI, 13, 3; d'Indra et Vâju, VII, 9Î, 4; d'Indra et Varuna, IV, 41, 2; des Maruts, VII, 58, 4; de Manyu, î, 83, 7.

3. Des formules analogues sont adressées à Indra et Agni^ VI, 60, 6 ; à Agni seul, X, 69, 6; à Indra et Varuna, V*, 83, 1.

4. Quoique, à la rigueur, ce nom pût aussi s'appliquer aux dieux opposés aux démons (Indra le reçoit au vers V, 34, 6, où il est opposé au Dâsa), et que le mal vienne quelquefois de certains dieux, aussi bien que des démons (voir la quatrième partie) .

corps à corps (liiléralementj le pugilat), l'usage des chevaux, etc., 1, 8, 2, cf. VI, 26, 2 ; 46, 1.

Beaucoup plus souvent, les détails qui peuvent servir à dé* terminer Tapplication du nom de vritra suggèrent, au contraire, l'idée d'un ennemi mythique, d'un démon.

Tout d'abord, le mot tnrtïra figure dans des énumérations comprenant différents noms de démons que nous retrouverons plus loin, I, 103, 8; H, 11, 18; IH, 30,8; Vni, 32, 26; X, 48, 8.

C'est certainement le démon, et non un ennemi terrestre, qui a fait fuir les dieux quand ils ont abandonné Indra, VIII, 85, 7. Plus généralement, il faut appliquer aux combats d'Indra contre le démon les formules où lès dieux, et particulièrement les Maruts, interviennent, soit pour l'exciter^ m, 32, 4, pour loi donner, comme ailleurs les sacrificateurs terrestres, la force d'accomplir ses exploits, III, 47, 3 ; X, 55, 7, soit simplement pour le mettre en avant, VIII, 12, 22, pour le choisir comme unique combattant, IV, 19, 1, ou pour se joindre à loi comme alliés, X, 113, 2. Si les hommes, en effet, peuvent jouer dans les combats célestes un rôle qui les assimile aux dieux, les dieux ne jouent pas inversement, dans les combats terrestres, un rôle qui les assimilerait aux hommes.

L'ennemi vaincu par des sacrificateurs humains, au vers 1, 36, 8, cf. 7, est aussi le démon, puisque le résultat de cette victoire est la conquête des deux mondes et des eaux. Les eaux coulent également à la suite du combat heureux livré par Indra à Vritra dans l'intérêt, soit de Purukutsa, I, 174, 2, soit de Manus, I, 52, 8; cf. I, 165, 8; II, 20, 7. En même temps, le soleil apparaît dans le ciel, I, 51, 4; 52, 8, ainsi que Taurore, I, 32, 4. Il est dit d'Indra, frappant Vritra pour Manu on pour l'homme, que c'est lui qu'il faut invoquer dans le combat pour la conquête du soleil, II, 19, 4.

Les eaux et la lumière sont le prix ordinaire des victoires mythiques et, particulièrement, décolles qu'Indra remporte sur le démon Vritra. L'épanchement des eaux surtout est un détail qu'on retrouve fréquemment dans les formules où elles «ont célébrées, 1,52, 2; 56, 5 = 85, 9; 56, 6; 61, 12; 165, 8; m, 32, 6; IV, 18, 7; VIII, 6, 13 ; 65, 3; X, 104; 9; 147, 1, et, conune nous l'avons annoncé plus haut, cet exploit d'Indra se renouvelle sans cesse. D'après le vers IV, 19, 8, bien des aurores et bien des automnes, c'est-à-dire bien des années, ont?aIndrafrapper Vritra et délivrer ainsi les rivières que le

démon retenait prisonnières, pour les faire couler sur la terre. Au vers Vni, 78, 4, il est invité, par l'intermédiaire des dieux Maruts, à reproduire le même exploit dans l'avenir, c'est-àdire toujours à frapper Vritra, à faire couler les eaux, et, en même temps, à conquérir la lumière ^

Si le butin de ces combats consiste souvent en vaches, c'est que la vache est, comme on sait, dans la mythologie védique, la représentation consacrée des aurores et des eaux. Les (c vaches des nuits », qu'Indra fait apparaître quand il a vaincu Vritra, III, 34, 3, sont sans doute les aurores sortant des ténèbres. Au vers X, 89, 7, les vaches dont il s'empare en brisant la montagne ne diffèrent probablement pas des rivières auxquelles il ouvre un lit en brisant les forteresses de Vritra, c'est-à-dire des eaux célestes. Car, si les rivières terrestres passent pour avoir été elles-mêmes délivrées par Indra, dans sa lutte contre Vritra, ni, 33, 6, c'est qu'on se les représente comme descendues du ciel, ainsi que les eaux qu'elles roulent. Dans l'hymne 1, 32, où la victoire d'Indra sur Vritra ^ est longuement célébrée, les eaux qu'il fait couler en fendant le sein des montagnes, c'est-à-dire des nuages (vers If sont comparées à des vaches (vers II et XI, cf. XII). Il en est de même, au vers I, 61 , 10, des rivières délivrées par Indra du démon Vritra qui les « enveloppait ».

Nous devons nous arrêter à cette dernière expression et en rapprocher les expressions analogues. On lit souvent, dans les formules relatives au combat d'Indra contre Vritra, que ce dernier avait enveloppé, vTilvi, I, 52, 6, vovrivàmsam^ H, 14, 2; III, 32, 6; IV, 16, 7; VI. 20, 2; IX, 61, 22, les eaux, et il y reçoit aussi l'épithète nadi-vril « qui enveloppe les rivières », I, 52, 2 ; VIH, 12, 26. Toutes ces expressions sont autant d'allusions au nom de vritra^ formé de la racine vri et signifiant proprement 1' « enveloppeur ». C'est par un jeu étymologique du même genre qu'on dit d'Indra, vainqueur de Vritra, qu'il a « enveloppé l'enveloppeur », m, 34, 3, qu'il lui a « apporté » un lien ^, II, 30, 2, et qu'il a ouvert,

i. Au vers VIII, 15, 6, les eaux qu'Iadira est prié de conquérir « de jour en jour » pour les chantres qui le louent « maintenant » comme autrefois, sont sans doute aussi celles qu'il conquiert sur le démon Vritra, e leur époux I ; c'est, du moins, ce qu'on peut induire l'épithète vrishapatnihy rapprociiée de AatovrwAnih, IV, 17, 3.

S. Appelé aussi Ahi; voir plus bas, p. 204.

3. Cf. l'emploi de la racine 6An avec l'accusatif du nom de l'arme, I, St, 9; II, 30, 3. Le sens que je donne au mot sina, en le rattachant & la racine si

ddëyeloppë, apa vtx », la cachette des eaux, I, 32, 11 ; 51, 4, rétable, VUI, 55, 3; X, 28, 7, les portes, III, 31. 21, qui retenaient les Taches prisonnières.

a L'enveloppeur » des eaux, cf. I, 32, 8; IV, 19, 5 et 8, on, comme on appelle encore Yritra, X^paridhi, « Tenceinte » des riYÎères, III, 33, 6, représente-t-il le nuage ? Il ne faut pasoablier que, en général, les nuées sont confondues avec les eaux elles-mêmes, ou en sont distinguées tout au plus comme les vaches du lait qu'elles donnent. Le démon, il est vrai, pourrait être le nuage qui ne donne pas ses eaux, et il est probable que, en effet, le nuage est entré pour quelque chose dans la conception mythique de Yritra. Mais le nuage luimême est le plus souvent caché pendant la sécheresse, et si « l'enveloppeur » des eaux représente le séjour où elles sont retenues, il doit être identifié plutôt avec ce réceptacle invisible, avec ce monde mystérieux qui retient, avec les eaux elles-mêmes', le nuage qui les renferme. En fait, un passage, 1, 54, 10, où Indra est représenté délivrant les eaux contenues dans une enveloppe (vavrt), qui n'est autre sans doute que Vritra, place dans le ventre du démon non plus les eaux seulement, mais la a montagne», c'est-à-dire le nuage.

Distingué, en tant qu'être animé, du lieu invisible qu'il paraît personnifier, Vritra a une retraite mystérieuse, ntnya, d'où s'échappent les eaux, quand elles ont été délivrées par Indra, 1, 32, 10 ; il est couché au fond, c'est-à-dire dans la partie la plus reculée de l'espace, rajaso budhnam âçayat^ I, 52, 6, sur un plateau élevé, I, 80, 5, d'où Indra le fait tomber, VIII, 3, 19, en même temps qu'il fait couler les eaux, I, 80, 5, ou, dans le langage mythique, qu'il chasse les vaches de la montagne, VIII, 3, 19. Bref, la conception de Vritra rappelle celle de la mère, ou mieux, puisqu'il s'agit d'un être mâle, celle du père caché*. On verra, dans la quatrième partie*, qu'il

I lier >, lui convient également dans ses deux autres emplois, au vers III, 62, 1, adressé à Indra accompagné de Yanina (le dieu qui enveloppe comme le démoQ Vritra, voir quatrième partie), a Vous enlevez le lien à vos amis, (takhibhyàh à Tablatif,) vous les délivrez », et au vers I, 61, 4, où le compote tatiina signifie que Thymne est un lien qui retient Indra. MM. R. et Or. ne peuvent, au vers II, 30, 2, maintenir le sens donné à notre mot par Is Nimkta qu*en traduisant un datif comme un ablatif.

1. Et la lumière. 11 n'est pas inutile de remarquer, à propos du nom de Vfitia, que Tépithète « enveloppante » est donnée aussi à T « obscurité » 1, 173, 5.

S. Voir plus haut, p. 102.

3. Vol. III, p. 58 et suiv.y 142 et suiv. Aux arguments qui y seront donnés

s*est produit quelquefois une confusion véritable de notre démon avec des dieux dont le caractère participe plus ou moina de celui du père caché, et particulièrement avec Tvashtri et même avec Varuna, dont le nom parait avoir eu, du moins aux yeux des /{ishis védiques, le même sens étymologique que celui de Vritra. Une idée de malveillance s'attache aisément à la notion d'une puissance mystérieuse s'exerçant dans le monde invisible et fermé, dont les iRishis font tour à tour la demeure de ces dieux et celle du démon.

Il y a cependant aussi des textes qui attribuent au démon plusieurs séjours. Les forteresses que nous avons déjà rencontrées au vers X, 89, 7 sont, d'après le vers VII, 19, 5, au nombre de quatre-vingt-dix-neuf, cf. VIII, 82, 2, auxquelles s'en ajoute encore une centième, et, indépendamment des raisons qu'on peut avoir de considérer, en général, les nombres mythiques comme correspondant à l'ensemble des parties de l'univers*, il faut tenir compte, pour apprécier celui-ci, des vers I, 80, 2 et 4, d'après lesquels Indra, pour répandre les eaux, a dû chasser Vritra, non seulement des eaux ellesmém^s, c'e;st-à-dire de l'atmosphère, mais encore des deux autres inondes, de la terre et du ciel. La multiplicité des séjours n'a d'ailleurs rien qui contredise le rapprochement du personnage du démon et du père caché. Nous avons constaté, en effet, que celui-ci a des formes multiples, et nous avons signalé, dans ce fait, une sorte de confusion du père avec l'élément du feu, ordinairement considéré comme son fils. Une confusion du même genre, entre l'élément du feu et le démon, était au moins possible. Le feu, comme on l'a vu, passe quelquefois pour s'être dérobé volontairement à l'attente des hommes, et prend ainsi un caractère malveillant, n est même comparé alors à un voleur qui se cache avec le bétail qu'il a volé, I, 65, 1, ce qui permet de croire qu'on le considère comme retenant prisonnières les vaches célestes, c'està-dire les aurores ou les eaux. On dit aussi du feu caché qu'il est sans pieds, sans tête, et qu'il cache ses extrémités, IV, 1, 11, ce qui le rend assez semblable au démon Vritra, sans pieds et sans mains, I, 32, 7; III, 30, 8. D'autre part, bien

à Tappui d^une confusion des personnages de Vritra et de T?ashtri, on peut ajouter les vers X, 50, S, et III, 36, 8, d*où il résulte qnlndra boit le Soma chez Vritra, au milieu des eaux, comme ches Trashtri, qu'il le k>oit après avoir frappé Vritra, sur lequel il Ta sans doute conquis, comme il le conquiert sur Tvashtri.

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