‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 143 sur 417 · Voir I, p · texte numérisé non relu

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4. Nous verrons que dans dans d*autres paaaages ce sont les prières.

5. Et au vers I, 47, 8, oii les dieux qa*ils doivent amener sont les Açvjns.

sans doute encore des chevaux liturgiques. Ce caractère ne saurait en tout cas être refusé aux deux chevaux que le prêtre qui les attelle nomme saparyù « pieux », et dont Indra, à ce qu'il ajoute, a de tout temps récompensé la piété, III, 50, 2. Les chevaux liturgiques, quand ils ne sont pas autrement désignés, peuvent être d'ailleurs les prières aussi bien que les Somas. Mais quand ils reçoivent le nom de hari, ce nom, bien qu'il soit aussi appliqué aux prières, II, 18, 7, éveille plutôt, à défaut d'indication contraire, l'idée du Soma auquel il est si souvent donné. Il se rencontre dans une formule deux fois répétée, dont on n'a encore donné, ce me semble, aucune explication satisfaisantes S et qui paraît signifier qu'Indra « goûte » les deux Haris que lui offre le prêtre. Au vers II de l'hymne I, 63, elle est combinée avec une formule déjà citée et très significative : « Lorsque tu as goûtéles deux Haris, le chantre a mis la foudre dans tes mains. » Les Haris seront encore des chevaux liturgiques au vers IX et dernier du même hymne, si on le traduit ainsi : « L'œuvre a été accomplie pour toi, ô Indra, par les Gotamas; les prières ont été dites, accompagnées de l'hommage et des deux Harig.yi Si nous passons à l'hymne X, 105, nous y trouvons notre formule suivie de détails encore plus curieux. Dans le vers même où elle figure (2), les deux Haris du sacrificateur*, les deux chevaux qu'il veut faire « goûter» à Indra, semblent être, avec cette incohérence d'images qui se rencontre si souvent dans les hymnes, et avec une crudité d'expression qui y est plus rare, comparés tour à tour aux parties génitales du mâle'

1. M. GrassmanD et M. Ludwig ne cherchent pas même à mettre leur traduction du vers X, 105, 2 d'accord avec celle du vers I, 63, 9.

2. Le génitif ^o^^a ne parait pas pouvoir s'appliquer à- Indra auquel doit se rapporter le nominatif patir dan. Son antécédent sous-entendu est sans doute gouverné par le mot stotram du vers précédent. Les deux vers ensemble composent une de ces itivitations pressantes qu'on rencontre souvent dans les hymnes. Le poète, comme celui qui souhaite qu'Indra conquière la « liqueur avec la liqueur », X, 120, 3, parait demander, en retour de son sacrifice, l'épanchement du Soma céleste et de la pluie à laquelle il est mêlé, et cette pluie doit, en tombant, humecter la barbe (fwiofd, defwof (?),cf çmaçru) d'Indra, cf. X, 23, 4, comme le Soma qu'il boit, II, 11, 17. La traduction littérale serait : «Quand la liqueur descendra- t-elle par la barbe, pour <ot accep* tant l'hymne (d'un sacrificateur) dont tu goûteras les deux Haris, etc. >• Cette liqueur, quoique désignée par le mot vdr «eau d, paraît être assimilée par l'épithëte suta au Soma céleste. Quant à l'épithète dirgha^ c qui dure >, probablement (cqui coule longtemps », elle se trouve dans une formule analogue, I, 37, 11. Sur vdtâpya, voir I, p. 171, note 1.

3. Çepa, au duel, parce que le mot hari est lui-même au duel. La particule anu doit sans doute être ajoutée au verbe ves.

et à celles de la femelle ^ Ces traits bizarres rappellent, le second la comparaison de la prière^, et même du Soma^, à une épouse parée pour Indra, IX, 46, 2; le premier, la comparaison déjà signalée d'Indra lui-même à une épouse qu'appellent les désirs du sacrificateur, IV, 20, 5. Mais ce qui est tout à fait caractéristique, c'est Tidée, exprimée au vers suivant (3), qu'Indra s'éloigne effrayé des deux Haris, « comme un mortel fatigué ». Il n'était guère possible d'exprimer d'une façon à la fois plus hardie et plus claire l'idée que le prêtre fait d'Indra son serviteur et lui impose une tâche que le dieu trouve quelquefois trop lourde. Les Haris qu'il fuit sont bien décidément les Somas ou les prières, plus probablement les Semas. Peut-être même faut-il entendre la dernière partie du vers V en ce sens qu'Indra goûte « avec ses joues (ou ses mâchoires? çipra] », en un mot qu'il avale les deux Haris qui sont censés le porter*. Citons encore le vers X, 23, 2 : a Les deux Haris sont les richesses qu'il trouve dans la cuve. » Ces richesses ne sont autres que le Soma lui-même. Enfin les deux chevaux sur lesquels il monte^ quand il s'enivre chez Uçanâ Kâvya, I, 51, IL cet ancien sacrificateur qui lui a forgé une foudre «enivrante», I, 121, 12, rappellent ceux qu*il a c< goûtés » chez le chantre qui met aussi dans ses mains la foudre, I, 63, 2 ''.

Mais, dira-t-on, pourquoi deux chevaux pour représenter un élément unique du culte ? L'idée pourrait venir de chercher dans les deux Haris liturgiques la représentation d'un couple formé de la prière unie au Soma, et il n'est pas impossible que cette interprétation ait quelquefois été celle des Aishis eux-mêmes. Mais la conception des Haris terrestres présuppose celle des Haris célestes. Car, je prie le lecteur de ne pas s'y tromper, je n'ai pas entendu, dans les remarques qui précèdent, expliquer l'origine du mythe des deux

i. J'adopte pour ra/l Ar^pind l'interpréta tion de M. Grassmann. Cl. IX, 112, 4.

S. Cette comparaison est extrêmement fréquente. Voir plus bas, p. 1268.

I. On sait que les Somas, quoique màles^ sont aussi quelquelois, ea tant qft^offrandes, comparés à des vaches qui nourriraient Indra comme un veau. Voir ci-dessus, p. 230.

4. L*hymne entier est composé de spéculations sur les éléments du culte. Cf. eneore auvers X le nom de Prioni (la vache céleste) donné à là cuillère du sacrifice.

5. Au vers X, 27, 3, les deux « taureaux » que les sacrificateurs « annoncent à Indra » pourraient bien ne pas difierer non plus des deu^ taureaux du vert Xi 105, 4, évidemment identiques aux deux Haris liturgiques célébrés dans ie même hymne.

Bbroaioni, La Religion védique, II. 17

cheyaux bais dlndra. L'attention que je donne dans tout ee livre à une mythologie qui me paraît avoir été trop négligée jusqu'ici, et qu'on pourrait appeler la mythologie liturgique, ne me fait pas méconnaître l'autre. Rien n'était plus naturel que de donner à une divinité guerrière un attelage de deux ou de plusieurs chevaux, et d'attribuer k ces chevaux la couleur brillante des phénomènes auxquels elle préside. Au vers II, 11, 6, les deux Haris dlndra sont deux rayons du soleil, cf. I, 16, 1. Ailleurs ils sont appelés les Haris, les chevaux a du vent », IV, 16, II ; X, 22, 4 et 5, cf. I, 121, 12 ; VHI, 1, 11*. Ce n'est qu'après coup, et par une application particulière de la conception générale du sacrifice et de son action sur Indra, que l'attelage de ce dieu est devenu un attelage liturgique. Le pluriel, dans les formules où nous rencontrons cette conception nouvelle, s'expliquerait aisément par l'emploi fréquent du même nombre pour la prière et pour le Soma. Mais, en réalité, il n'a pas besoin d'une explication particulière, non plus que le nombre deux dont il est quelquefois rapproché dans une même formule, III, 50, 2. Le nombre deux, comme le pluriel, était donné par les formules qui s'appliquent aux Haris célestes, et on a pu dire du Soma seul, comme de la prière seule, II, 18,7, qu'il était « les Haris » ou « les deux Haris » d'Indra.

Je crois pourtant que le couple des Haris a quelquefois pris, dans l'ordre d'idées qui nous occupe, une signification propre. Mais j'insisterai moins sur la distinction possible de deux éléments différents du sacrifice terrestre, comme le Soma et la prière, que sur celle de deux éléments appartenant, l'un au sacrifice terrestre, l'autre au sacrifice céleste. C'est ainsi du moins que j'expliquerai l'origine de l'épithète vivrata a suivant des lois différentes », donnée aux deux Haris. Elle est appliquée aux deux Haris liturgiques dans les passages déjà cités, I, 63, 2 ; X, 105, 2 et 4, où il semble n'être question à la vérité que du sacrifice terrestre; mais c'est peut-être parce qu'elle est désormais consacrée comme le nombre deux lui-même. Au vers X, 49,2, en revanche, la mention des deux Haris vivrald est précédée de celle des races de la terre et du ciel (et des eaux) qui honorent Indra. Les Haris vivralâs (au pluriel], X, 23, 1, peuvent être 1«8 SomaSp cf. 2> des sacrifices accomplis dans les différentes

1. Le vers X, lli, 9 parait leur attribuer ane nature plus mystériêUM : « Qui conoait les deux Haris d'Indra ? »

parties de TuniTers. 0*est ainsi que Soma, considéré comme un être unique, a trente- quatre ^ formes semblables quoique a soumises à des lois différentes » , X, 55 , 3. Les lois « différentes » que suivent le Hari du ciel et celui de la terre ne sont d'ailleurs qu'une même loi^ et, en réalité, comme le dit Tautear des vers VIII, 12, 15, les deux Haris ne sont pas vivratà.

Demandons-nous maintenant quel peut être le sens précis des formules qui donnent les Semas pour chevaux à Indra, et plus généralement de toutes celles qui attribuent à ce dieu un attelage ou un véhicule liturgique. Ce sens peut être double. Ainsi c'est le sacriâce qui, par une de ces combinaisons de figures différentes auxquelles se complaisent les Aishis, est représenté au vers I de l'hymne II, 18 à Indra» comme un « char» ^ nouveau, attelé dès le matin, et condnit par « dix rames » qui ne sont autres que les dix doigts da sacrificateur. Les quatre jougs de ce char (que ses rames assimilent à un navire, cf, X, 44, 6), ses trois « fouets » et ses sept rênes sont autant d'allusions au sacrifice mythique accompli dans les diverses parties de l'univers ; et, en effet, le vers suivant rappelle les trois formes du sacrificateur par excellence, Âgni, engendré par différentes mères et par différents prêtres, et qui n'est que sous sa troisième forme le sacrificateur de Manus (ou de l'homme). Or nous verrons ^ dans la suite du même hymne le suppliant multiplier les prières comme autant de couples de Haris pour lutter contre la concurrence que peuvent lui faire d'autres sacrificateurs, et les empêcher d'arrêter Indra chez eux. C'est là une première destination des attelages et des véhicules liturgiques^ : ils amènent Indra sur le lieu du sacrifice. Ainsi, au lieu de représenter Indra lui-même comme une roue qu'ils font rou-

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