Plus haut, p. 5 et
Nous avons donné d'avance le mot de l'énigme. Le paradoxe résulte de la combinaison de deux figures distinctes, la prièreépouse et la prière-char ou attelage dlndra. Cette combinaison estfayoriséeparunjeudemots sur vahati^ dont le sens propre estwAt/, et sur la * signification étymologique de vahaluh. Cette interprétation qui me parait avoir pour elle, non pas des vraisemblances plus ou moins grandes, mais l'évidence mémeS pourra servir de confirmation aux interprétations analogues qui ont été proposées pour Indrânî et pour Mudgalânî.
Quand les prières attellent les chevaux d'Indra, ou quand elles jouent elles-mêmes le rôle de chars ou d'attelages, ce n'est pas seulement pour amener le dieu au sacrifice ^, 1,82, 6; 177, 2; II, 18 (en entier); III, 35, 2; IV, 31, 4; VIII, 2, 27 ; 17, 2, et passim, c'est aussi pour le conduire au combat, pour lui faire conquérir des richesses, I, 130, 6, pour le rendre triomphant, lui et son protégé. C'est ce que nous avons vu dans le mythe de Mudgalânî, à la fois cocher, cavale et arme d'Indra. Au vers VI, 20, 9, les chevaux d'Indra « attelés par la parole » le conduisent, armé de la foudre, contre ses ennemis. Citons encore le vers VII, 27, 1, dans lequel on demande à Indra de prendre pour attelages les prières «qui sauvent », VII, 27, 1. Les hommes eux-mêmes comptent sur leurs prières comme sur des cavales avec lesquelles ils pourront, en compagnie d'Indra, conquérir tous les biens, VI, 45, 12 ^. » Au vers VIII, 3, 15, les chants adressés à ludra sont comparés à des chars toujours victorieux.
1. Ajoutons encore que le vers i dont M. Grassmann méconnaît la liaison avec le vers 3 (en rejetant ce vers 3 comme interpolé] renferme une figure appartenant au même ordre d'idées : les chevaux d^Indra viennent avec des paranymphes, varaih (oxyton), trouver d^autres paranymphes, rordn^ que le participe abhi prasidatah désigne comme des prêtres occupés au sacrifice, cf. IV, 1, 1 3. C'est qu'il y a un double mariage, celui du dieu avec la prière, et celui des hommes avec les faveurs du dieu (voir plus li&ut, p. 231, note 2). On prie en même temps Indra de goûler deux choses, dont une seule est nommée : le breuvage sacré. L'autre est évidemment la prière à laquelle il va s'unir. C'est encore ce dernier mariage qu' c ensei- ^eot > les vaches, c'est-à-dire toujours les prières (vers 4).
2. Au vers X, iih, 6, le sacrifice lui-même est le char qu'on fait rouler au moyen de la Tic et du sâman, c'est-à-dire de la prière récitée et de la prière chantée, considérées sans doute comme deux chevaux (ou comme deux roues ?)
2. L*auceur du vers VIII, 19, 33 se vante, en honorant Agni, « d'atteler les richesses des hommes comme ses hymnes v, c'est-à-dire de les conduire on il veut, comme ses hymnes eux-mêmes. (Voir sur ce passage I, p. VII, en note.) An vers X, 101, 2, le c navire » fait par les prêtres, qui « avec ses rames fait traverser » les dangers, parait être aussi la prière. Les incantations des impies ont pu être, dans le même ordre d'idées, appelées des chevaux mal attelés, X, 44, 7.
Bbroaignk, La Religion védique^ II. IV
Après les formules et les mythes qui font de la prière une arme entre les mains dlndra ou un attelage qui le porte, on pourrait citer encore un grand nombre de passages qui lui rapportent plus ou moins directement l'honneur des Tictoires quelle fait gagner au dieu guerrier, ou aux hommes, ses alliés. Contentons*nous d*en signaler quelques-uns comme exemples. Les suppliants dlndra espèrent vaincre par la rie, c^est-à-dire par le vers de Thymne sacré, ceux qui ne récitent pas de rtc, X, 105, 8, et ils lui demandent de rendre le chantre vainqueur, I, 102, 9. Ce sont en effet les invocations, aussi bien que les offrandes qu'on lui adresse, qui assurent la victoire, Vâl. 5, 7, cf. 6. La prière que Viçvâmitra adresse à Indra protège la race des Bharatas, m, 5S, 12. D'après le vers 2 de Thymne X, 138 à Indra, c'est le chant conforme à la loi qui a fait briller le soleil. On dit au même dieu, X, 112, 8 : <{ Tu as ouvert la montagne, tu as fait que la prière a aisément trouvé la vache. » Nous verrons que le chant des Maruts en son honneur reçoit l'épithéte vrilrahantama «grand tueur de Yritras», et que c'est par lui que ces dieux ont fait apparaître la lumière. Vin, 78, 1. C'est sans doute aussi comme représentant la prière que SarasvatîS reçoit, au vers VI, 61, 7, l'épithéte vritra^hni a meurtrière des Vritras » . Beaucoup de formules analogues sont réservées pour l'étude que nous consacrerons à chacun des prêtres ou des groupes de prêtres mythiques d'Indra.
Ce qui prouve bien que les /lishis attribuent une puissance propre à la prière, c'est qu'ils la demandent à Indra en même temps que la richesse, VIE, 6, 9, cf. 4, 6 et VI, 34, 1 ^, comme une sorte de moyen magique d'acquérir tous les biens ^. L'auteur du vers X, 47, 3, demande pareillement à Indra une richesse composée de bonnes prières et de Aishis illustres *, cf. 4 et 5.
Le Soma qui enivre Indra est devenu un allié du dieu. Le secours que la prière porte au dieu guerrier, III, 30, 10, cf. VI, 47, 15 ; VIII, 3, 15 ; Vâl. 6, 1, comme celui-ci porte luimême secours à la prière dans les combats, VIII, 37, 1, ce secours consistant en hymnes de louanges chantés par les