Voir r article précédemment cité, p. ii6 et Bui vantes
rent sont au nombre des plus curieuses que nous ayons à étudier dans ce chapitre. Seulement, comme le même terme peut désigner aussi toutes les autres mères ou épouses de Soma, nous devons renvoyer l'examen de ces formules à la section suivante.
Nous savons que Soraa a été considéré comme l'inspirateur de la prière. C'est peut-être en ce sens qu'il faut entendre les formules d'après lesquelles Soma précède la parole, IX, 7, 3; 62, 25 et 26 ; 86, 12 ; 106, 10. Elles seraient équivalentes à celle du vers IX, 103, 4, qui fait de Somale conducteur des prières. Nous lisons ailleurs que Soma « engendre » la parole, IX, 86, 33 ; 106, 12, les chants, IX, 25, 5, la prière, IX, 107, 18, les prières, IX. 95, 1. Enfin, il est au vers IX, 96, 5, formellement appelé le « père » des prières, et la même qualification lui est donnée encore au vers IX, 76, 4, où elle est accompagnée en quelque sorte de son commentaire dans cette expression : « Il a fait mugir la prière. »
Mais ce père des prières est, à un autre point de vue, leur époux. Pour comprendre cette transformation des rapports mythiques conçus entre la prière et le breuvage du sacrifice, il faut se rappeler d'abord que celui-ci doit être toujours accompagné de celle-là. Nous ne relèverons pas ici tous les passages où, comme aux vers VII, 35, 7; IX, 85, 7; 94, 1, ces deux éléments du culte sont simplement nommés ensemble. Nous n'insisterons pas non plus sur ceux qui nous montrent Soma acclamé par les prières, IX, 68, 8 ; 86, 17 ; 104,4, par les sept* prières, IX, 103, 3. Une expression telle que a l'éloquence accompagnée du Soma » X, 113, 8, et les passages qui ébauchent l'idée d'un couple dans la formule « ces deux choses, le Soma et la prière », VIII, 50, 1, cf. X, 32, 1, sont déjà plus significatifs. Mais le texte décisif est celui-ci : « Le Soma n'enivre pas Indra, quand il n'est pas exprimé ; même exprimés, les Somas n'enivrent pas Indra quand ils ne sont pas accompagnés de la prière », VII, 26, 1, cf. 2. On comprendra maintenant aisément que le Soma ait été considéré comme l'époux de la prière. Dans la formule vâcas palïh^ IX, 26, 4; 101, 5, cf. 75, 2 et 99, 6, le mot pati peut avoir le sens de maître aussi bien que d'époux. Mais la qualification de « mâle des prières », IX, 86, 19, n'est susceptible que d'une seule interprétation.
1, Voir plus bas, chap. V, sect. m.
L'union de Soma avec la prière, IX, 71, 8*, a donc été considérée comme une union sexuelle qui paraît exprimée au vers IX, 69, 1 par le verbe upapricyate, cf. V, 47, 6; VI, 26, 8. Une aJlnsion à la même idée est peut-être contenue dans ce passage : « Les prières... s'approchent volontiers de Soma qui les accueille' volontiers x>, IX, 95, 3. En tout cas le vers VI, 47, 3, d'après lequel Soma « éveille » la prière qui s'éveille <c volontiers», semble, comme je l'ai montré ailleurs*, impliquer rassimilation de Soma à un époux ou à un amant. II est vrai que dans le même vers, cette expression : « Il excite la parole », rappelle celles qui nous ont paru expliquer la conception de Soma comme père de la prière. Mais l'idée vague d*un inceste du père et de la allé ne serait pas plus étrange dans ce passage que ne l'est l'idée, formellement exprimée, d'un inceste du fils avec ses mères, dans les vers IX, 19, 4 et 5. Car ces vers, en même temps qu'ils confirment d'une façon définitive l'assimilation à une union sexuelle des rapports conçus entre Soma et les prières, nous révèlent une troisième conception des mêmes rapports, qui est juste l'inverse de la première que nous ayons examinée. Je les traduis intégralement : « Les prières mères ont mugi sur le sperme du taureau, du veau qui est leur fils. — Elles désirent le mâle : va-t-il, en coulant, déposer un fœtus dans le sein de celles qui donnent un lait pur ? »
Cette dernière conception, qui fait des prières les mères de Soma, est très familière aux poètes védiques. Elle peut s'expliquer directement^ par cette idée que la récitation des prières, aussi bien que le mélange du lait caillé, est nécessaire pour compléter l'ofi^rande du breuvage. Nous y sommes donc en quelque sorte préparés par les passages qui nous montrent Soma purifié par la prière, IX, 113, 5, par les prières, IX, 96, 15, ou, selon une figure que nous avons déjà rencontrée à propos des doigts, étrillé par les prières comme un cheval, I, 135, 5, par les sept prières, IX, 15, 8, cf. IX, 17, 7 ; 63, 20. Il est dit dans le même ordre d'idées que les prêtres font briller Soma au moyen des prières, IX, 40, 1, que les chants eux-mêmes le font briller, IX, 43, 2,
i Dans ce passage, Samnasate pourrait 8*en tendre de la réunion du petit a sa mère, cf. VIII, 61, U, aussi bien que d*une union seiueUe, cf. II, 16. 8.
S. Article cité p. 104.
3. On peut en rendre compte mieux encore indirectement par rassimilation des prières aux mères célestes de Soma.
cf. 3, 7, qu'il en est orné, IX, 43, 3 ; 105, 2, qu'on l'en revêt IX, 43, 1, cf. IX, 86, 46. D^ailleurs au vers IX, 35, 5, le Soma revêtu de chants est en même temps appelé celui « qui excite la parole ». Mais cette conception, la première que nous ayons relevée, n'est pas, pour les poètes védiques, incompatible avec la conception inverse d'après laquelle il est lui-même excité par la parole, et les deux conceptions sont en effet rapprochées au vers IX, 73, 1*. Soma est donc excité par la prière, IX, 64, 16, par les prières, IX, 99, 2^ cf. 107, 24, par les sept prières, IX, 8, 4, et cette formule destinée, comme les précédentes, à célébrer l'action attribuée aux prières dans la préparation de l'offrande du Soma, peut comme elles, et comme une autre encore qui attribue aux hymneS; IX, 17, 4, et aux chants, I, 91, 11, l'accroissement de Soma (d'où l'épithète girâvvidh, IX, 26, 6), servir d'explication i la formule, beaucoup plus hardie, d'après laquelle Soma est « fait parla prière », IX, 3, 2, cf. 25, 2 ; 44, 2; 68, 7. Après cette dernière, qui est encore relevée, non seulement par la métaphore du vers IX, 97, 22, où nous voyons la parole « charpenter » le Soma, mais encore par le rapprochement du vers IX, 15, 1, d'ajrès lequel c'est la prière, aussi bien que les doigts, qui fait couler Soma, il n'y a plus qu'un pas à faire. Nous arrivons à la formule « enfanté par le chant » appliquée à Soma, IX, 62, 15, et enfin au titre formel de « mères de Soma» donr>é, comme nous l'avons vu plus haut, aux prières, IX, 19, 4. Je n'insisterai pas sur l'hymne X, 125, où Soma est compris avec plusieurs autres dieux dans une énumération des fils de la parole sacrée (vers 2;. Mais du passage déjà cité, je rapprocherai le vers IX, 61, 14, où les chants qui accroissent Soma sont représentés comme des vaches qui auraient un seul et même veau. Soma est encore « un petit que lèchent les prières », IX, 85, 11; 86, 31, cf. 86, 46. Cette dernière image peut passer pour une dérivation des formules relatives à la purification du Soma par les prières. Dans une de ces formules, du reste, les prières reçoivent expressément le nom de mères, IX, 111, 2*. Soma est aussi directement appelé «Tenfant de la parole »,
1. Je sous -entends iam avec hinvate. En tout cas Taccentuation de ce verbe prouve qu'il commence une proposition, et que par conséquent hrayati n^est pas un participe. Quant à l'accentuation de irayùti, elle s*expUque par Toppositioi^ avec hinvate.