Voir I, p. VII en note
4 . Ou de la force du Soma, si la divinité célébrée dans Thymne était, comme on pourrait le supposer, non pas Indra, mais Soma. Cf. I, 187, 1.
Citons d'abord ceux qui rangent Etaça parmi les protégés d'Indra, I, 54; 6 ; Val. 2, 9. Indra Ta aidé dans un combat, ibid., resté célèbre, VI, 15, 5/ Etaça a pressé le Soma, et Indra Ta aidé à conquérir le soleil, et les beaux chevaux dont le soleil est le prototype mythique, 1, 61, 15. Pour Etaça *, Indra a retourné, sens devant derrière, les Harits ou cavales du soleil, V, 29, 5, c'est-à-dire qu'il a, pondant la nuit, ramené le soleil de l'occident à l'orient, cf. I, 115, 5 et X, 37, 3.
Mais, d'autre part, le nom d'Etaça désigne aussi les chevaux, VII, 62, 2; X, 49, 7, ou un cheval unique, VII, 66, 14, du soleil ^ cf. VIII, 6, 38, qu'Indra frappe pour le faire avancer, VIII, 1, 11, et particulièrement, quoique les /îishis connaissent un Etaça « diurne », ahanya, I, 168, 5, les chevaux qui, la nuit, ramènent l'astre en sens inverse, X, 37, 3, le cheval qui fait retourner la roue solaire, VII, f)3, 2. Etaça traîne la roue, quand Indra, pendant la nuit , retourne sens devant derrière le char du soleil , V, 31, 11. Il semble, en qualité de cheval nocturne, opposé aux Harits^, quoique celles-ci, comme on Ta vu tout à l'heure, traînent aussi quelquefois le soleil de l'occident à l'orient, cf. I, 115, 5. C'est ainsi du moins que je suis tenté d'expliquer le vers I, 121, 13, où, sinon Etaça luimême, du moins un substitut d'Etaça, sur lequel nous revendrons bientôt, est représenté traînant la roue quand Indra a arrêté les Harits, cf. X, 92, 8. En revanche, j'interprétera-s le vers IV, 17, 14 en ce sens que le matin, au moment où il dirige la roue du soleil d'orient en occident, Indra arrête Etaca. .
Ainsi Etaça est tour à tour un sacrificateur qui lutte avec Indra pour la conquête du soleil, et un cheval à qui le même dieu fait traîner le soleil pendant la nuit pour qu'il se lève le matin à l'orient. Car il est certain que le cheval et le sacrificateur ne font qu'un *. L'identité du résultat.
1. Le locatif peut remplacer le datif dans les tormules de ce genre. Ct. IV, 51, 4. Il est beaucoup pins hardi de construire etaçe avec uparâh, comme on le fftit généralement.
S* Cf. le mot etagva, appliqué aussi aux chevaux du soleil, I, 115, 3.
3. Les deux attelages sont simplement mentionnés l'un après Tautre aux vers VII, 66, 14-15 et IX, 63, 8-9.
4. Le nom d'Etaça est accentué, tantôt sur la première, tantôt sur la troisième syllabe. Mais cette variation d*accent ne correspond pas à la diversitii d«» ses emplois.
qui est toujours le lever du soleil, jointe à l'identité des noms^ ne permet pas de douter de Téquivalence des mythes. L*Etaça, pour qui Indra ramène les cavales du soleil à Torient, ne diffère pas à Torigine de FEtaça qui revient luimême à l'orient traînant la roue du soleil. Dans l'un des textes mêmes où Etaça figure parmi les favoris d'Indra, I, 54, 6, le rapprochement du mot ralha a char » rappelle la conception qui fait d'Etaça un cheval. D'un autre côté, les vers I, 121, 13 et V, 31, 11 ne disent pas littëralemeiit qu* Etaça « a traîné » mais seulement qu'il a a amené », bharatf la roue du soleil, ce qui pourrait s'entendre d'un être de forme humaine, aussi bien que d'un cheval. Dans un passage qui n'a pas encore été cité, le soleil « amené » ou plutôt if apporté » par Etaça au dieu Indra qui le fait apparaître au mortel pieux, n'est même plus représent(^ comme une roue ; il est seulement appelé la « richesse » qui cache « le mal », II, 19, 5, c'est-à-dire peut-être les ténèbres, cf. VII, 80, 2, et comparé à un héritage. Ici, aucun détail n'éveille l'idée d'un cheval. Même observation sur le vers IV, 30, 6, portant que, lorsque Indra a fait apparaître le soleil au mortel, il a aidé Etaça de son pouvoir. Ces formules forment comme la transition entre celles qui font expressément d'Etaça, soit un cheval du soleil, soit un sacrificateur allié d'Indra.
Il ne semble d'ailleurs pas difficile de concilier ces deux conceptions si différentes du rôle d'Etaça. Un sacrificateur allié d'Indra peut représenter, soit le feu, soit aussi, comme nous venons de le voir par le mythe de Trita, le breuvage sacré. D'autre part, Soma prend souvent la forme d'un cheval. Nous avons vu qu'il est identifié particulièrement aux chevaux d'Indra, et précisément le nom d'Etaça est aussi donné aux deux Haris du dieu guerrier, VIII, 59, 7*. Il a très bien pu de même fournir un cheval au soleil. C'était là encore une expression, parfaitement conforme à l'esprit de la mythologie védique, de l'action que Soma exerce sur les phénomènes lumineux. Quand on voit par exempte les hymnes de louange nommés avec les Etaças comme faisant lever le soleil, VII, 62, 2, pourquoi les Etaças ne représenteraient-ils pas laies Somas? Au vers I, 121,. 13, le substitut d'Etaça dont il a été parlé plus haut, celui qui a « amené la roue comme Etaça », parait
1. En même temps que celui à'etagva, cf. VII, 70, 2. Voir ci-dessus, p. 331, note 2.
bien être le Soma que le yers précédent a appelé « la foudre enivrante donnée à Indra par Kâvya Uçanâ ». Dans d'antres formules, Soma parait être, non seulement comparé à Etaça,
IX, 16, 1 ; 108, 2, mais nommé lui-même de ce nom, IX, 64, 19. On dit aussi qu'il a attelé Etaça, IX, 63, 8. Mais ne Tavons-nous pas vu également atteler les chevaux dlndra, bien qu il soit ailleurs considéré lui-même comme la monture ou lattelage du dieu ? Quelque valeur enfin qu'on attache à nos dernières citations, il est du moins certain qu'Ëtaça ne peut être un personnage réel, et probable qu'il a une origine analogue à celle des autres sacrificateurs mythiques, de Trita par exemple.
Remarquons en terminant que le nom d'Ëtaça est aussi donné à Savitri, V, 81, 3, c'est-à-dire à un dieu qui préside an cours du soleil, et qui est quelquefois identifié avec Tastre lui-même, et à Brahmanas pati « le maître de la prière »,
X, 53, 9. Ces faits ne peuvent que confirmer ce que nous avons dit de la signification solaire du mythe, et du caractère sacerdotal d'Ëtaça.
$ VI. — KUTSA, ENNEMI DE ÇuSH^Va.
Les ennemis soumis à Kutsa sont une fois nommés Smadibha et Tugra, X, 49, 4, et Indra combat quelquefois pour lui les dieux mêmes, IV, 30, 2-5, et particulièrement Gandharva, VIII, 1, 11. Mais son ennemi ordinaire est Çushna, et nous commencerons par déterminer le caractère de ce personnage.
Je ne crois pas que le nom de Çushna signifie « desséchant », comme l'entend M. Grassmann. Il me paraît avoir plutôt le sens de « soufflant, respirant bruyamment », comme répithète çvasana^ qui l'accompagne au vers I, 54, 5. Çushna n'en restera pas moins un démon de la sécheresse; mais ce point demande encore une explication. Selon moi, l'épithète açusha « dévorant » qui lui' est presque exclusivement consacrée^ ne fait pas allusion, comme on Ta cru^, à Tardeur
1* Cf. encore les nombreuses applications de la racine çvas^ aux démons. Onssmann, Wcsrteràucl^ s, v. M. Roth donne aussi h\i moi çushna le sens de « siffleur w.
i. Grassmann. s. v.