‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 214 sur 417 · Et des AçTins, I · texte numérisé non relu

Et des AçTins, I

qui suggèrent naturellement l*idée des sept forteresses du démon. Le rishi Viçvâmitra a né des dieux » lui a fait passer une rivière en arrêtant pour lui les eaux, III, 53, 9, cf. 11. N'insistons pas non plus sur le rapport de cette formule avec celles qui sont appliquées à Turvaça et Yadu, et avec le mjthe d*Âgni ou de Soma traversant les eaux célestes. Le roi, m, 53, 11, Sudâs était « serré »*. ni-bddhita, VII, 83, 6, entouré de tous côtés, ibid., 8, par « dix » rois. Faut-il voir là une image des dix doigts qui jouent un si grand rôle dans les formules concernant Âgni et Soma, de ces dix c sangles » kakshyà, X, 101, 10, raçanà X, 4, 6, qui les serrent, et qui ont fait comparer à deux voleurs, X, 4, 6, les deux mains, soit du sacrificateur, soit plutôt du gardien céleste qui les tient cachés et qui se confond souvent avec le démon? Les « dix » rois « qui ne sacrifient pas », VII, 83, 7, sont-ils destinés à rappeler ces mains qui refusent d'accomplir le sacrifice céleste, c'est-à-dire d'allumer le feu dans le ciel ou d'en laisser épancher le Soma? Je n'ose l'affirmer', mais je pense qu'en tout cas personne ne croira que ce nombre exact de dix rois, tout à fait consacré pour la légende de Sudâs, VII, 33, 3 ; 83, 6 ; 7 et 8, ait été réellement fourni par l'histoire. Nous allons d'ailleurs avoir à signaler des traits plus caractéristiques.

Dans les hymnes VII, 33 et 83, où se rencontre cette formule des dix rois, on voit que Sudâs a dû son salut à des personnages vêtus de blanc et aux cheveux tressés, qui reçoivent au vers VII, 33, 1 le nom de Vasishfhas, et au vers VII, 83, 8, le nom de Tritsûs. On ne peut douter en effet que le nom de Tritsu donné aux prêtres, amis de Sadâs, dont le ministère a été efficace, VII, 83, 4, cf. 6; 7 et 8, et figurant seul dans l'hymne VII, 83, désigne les mêmes personnages que celui de Vasishfha, à côté duquel il

1. C*68t sans doute à cette « angoisse » de Sudâs et des siens que fait allusion, au vers 1 de Thymne YII, 83, Fépithète prithu-parçu, donnée anx compagnons de SudÂs quand ils ont vu Indra et Varuna Tenir à leur secours. Ce mot (où M. Ludwig cherche les noms des Partheset des Perses!) paraît signifier « qui a les côtes » c^esir à-dire la poitrine « au large ». Cf. la formule « Mes côtes me font souffrir de tous côtés », I, 105, 8 ; X, 33, 1, et le tour analogue du ven 5 de Thymne VII, 83 lui-même.

2. Quoiqu'on puisse supposer qu'au vers VIII, 5, 38, les dix doigts ont été effectivement appelés les dix rois par allusion à la légende de Sudis : reste la formule dans laquelle le prêtre célèbre la libéralité d*ttn sacrifiant qui lui a a donné » dix rois briUants comme Tor signifierait simplement qu*il s rendu ses dix rois (ses dix doigts) brillants comme Tor, soit en les chargeant d'anneaux, soit en lui remplissant d*or les deux mains.

figare dans rhjmne VU, 33 (vers 5 et 6), et qui est appliqué dans cet hymne, à la fois à un représentant du feu descendu du ciel (vers 10, 11 et 13), et à une famille de prêtres, demimjthique, demi-réelle, considérée comme, issue de lui. Or, ce nom signifie a qui perce i» ou « qui fend », comme le mot pralTtdy appliqué dans le derniers vers du même hymne à des personnages qui paraissent être encore les Vasish^has, attendant leur ancêtre sous sa forme de feu céleste. Il vient d'une racine iard^ tvidy qui est fréquemment employée pour exprimer l'exploit du prêtre, III, 31, 5; X, 74, 4, ou d'Indra ouvrant un passage aux eaux, I, 32, 1; II, 15, 3; IV, 19, 8; VII, 82, 3, .cf. V, 53, 7, aux vaches, VI, 17, 3, et plus généralement aux trésors célestes, IV, 28, 5 ; VI, 17, 2, et à Soma lui-même, VI, 17, 1. Mais ce n'est pas tout. Quel est l'ennemi de Sudâs dont Indra triomphe avec l'aide de ces Tritsus? Un certain Bheda qui semble en effet personnifié au vers VII, 18, 18, mais dont le nom signifie proprement <c fente ». Le triomphe dont il s'agit est donc en somme celui des « fondeurs » sur la « fente », VII, 18, 19; 83, 4, cf. 33, 3. Nous avons vu Vala, proprement* c( l'antre » qui recèle les eaux, les vaches, les trésors célestes, personnifié en un démon. Nous avons vu d'autre part, dans le personnage de Vyamsa « le désarticulé », l'exemple d*un démon qui doit son nom à l'état même où le réduit la victoire d'Indra. Ce double rapprocheipent nous explique comment la « fente » a pu devenir l'enneiçi d'Indra et des « fondeurs » ^ Car il est décidément impossible d'admettre la réalité historique, sinon des personnages désignés par les noms de Bheda et de Tritsus, au moins de ces noms mêmes. L'histoire, à supposer qu'elle forme le fond de notre légende, y est racontée dans la langue de la mythologie.- Les formules qui nous montrent Bheda « conquis » par Indra et Varona, VII, 83, 4, ou « volé » par Indra^ VII, 18, 19, avec Taide des Tritsus, si elles appartiennent vraiment à un fragment d'épopée humaine, sont en tout cas empruntées à la grande épopée divine, et si le passage du Sindhu, au vers VII, 33, 3, peut s'entendre du passage de

1. A moins que le mot bheda n*ait eu le sens de « mur », proprement « sépamtioD », qui appartient dans la langue classique au mot hhitti formé de la même racine. Quoi qu'il en soit, un mot bhid est encore employé, au ^«n 1, 174, 8, d'une façon qui rappelle la victoire d'Indra sur Bheda, et qui confirme Tidentification du bheda mythique avec les forteresses du démon : « lodra a brisé les bhid impies comme des forteresses »,

rindus, on avouera tout au moins que la formule, rapprochée du nom de Bheda, rappelle inévitablement le passage des rivières célestes.

Les combats livrés par Indra aux ennemis de Sudâs font le sujet d'un long hymne, VII, 18, qui, dès le début des études védiques, a été signalé comme Tun des morceaux le plus incontestablement historiques du recueil. On n'en rencontre pas moins, presque à chaque vers de cet hymne, des détails qui sont autant d'allusions aux combats mythiques dont les combats réels ne sont que la reproduction terrestre.

Commençons par les noms de Tennemi. Nous connaissons déjà celui de Bheda, 18 et 19, vaincu par les Tritsus,7;13;15 et 19. Celui de Çimyu, 5, n'est employé qu'une autre fois, et il l'est parallèlement au nom de Dasyu, dans un passage^ I, 100, 18, où ce dernier mot doit désigner les démons, puisque Indra conquiert sur eux, non seulement « les eaux », mais « le soleil ». Le nom de Yakshu, donné, soit à toute une race, 19, soit seulement au personnage déjà étudié'de Turvaça, 6, rappelle celui de Yaksha donné à des apparitions fantastiques ^ d'un caractère plus ou moins démoniaque. Nous reviendrons sur les Ajas, 19, à propos d'Aja Ekapâd *, et nous verrons que leur nom peut s'expliquer comme celui d'une troupe mythique dont ce personnage aurait été le chef. Cette troupe aurait eu un caractère équivoque, semidivin et semi-démoniaque, comme celles des Druhyus, 6 et 14, et des Anus, 13 et 14, que nous avons précédemment étudiées, et celle des Bhrigus, 6, dont on ne saurait en tout cas contester l'origine essentiellement mythique. Quant à Çambara, 20, nous savons que c'est un pur démon.

Les nombres des vingt-un ennemis, 11, et de sept forteresses, 13, sont naturellement empruntés aux formules mythiques.

Le lieu du combat rappelle également le théâtre des combats célestes. Sans doute, les eaux qu'Indra rend guéables pour Sudâs, 5, peuvent être des rivières réelles, et la Parushnî, 8 et 9, dont les ennemis s'étaient emparés, e^t en effet comprise, au vers X, 75, 5, dans une énumération des cours d'eau qui arrosent le pays occupé par les A ryas. Mais ce nom, féminin de l'adjectif part*«Aa « tacheté », paraît emprunté lui-même à la langue mythologique. Il est donué aux

Page 1