‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 251 sur 417 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

PrSHAN

Pûshan, comme Yishnu, a été ideutifie purement et simplement au soleil. Or, nous n'avons garde de méconnaître les attributs solaires de ce nouveau dieu, non plus que ceux de Yishiiu; mais nous croyons que Texplication complète du personnage de Pûshan, comme de celui de Yisbnu, ne peut être trouvée que dans un ordre d'idées plus complexe, c'est-àdire dans la combinaison des mythes naturalistes, tant météorologiques que solaires, avec les mythes liturgiques. Pûshan est le soleil, si Ton veut, mais, comme' Âgni et Somasont le soleil, c'est-à-dire que le soleil n'est qu'une de ses manifestations. Nous serons donc moins loin de la vérité en l'identifiant à Soma ou à Agni. Disons mieux, nous n'avancerons rien que nous n'espérions prouver en affirmant que les Alsbis Font e£fectivement identifié à Soma.

Mais, avant d'essayer sur Pûshan un genre d'analyse dont le résultat, dans l'interprétation que nous combattons, oa du moins que nous jugeons insuffisante, aussi bien que dans la nôtre, est toujours de dissoudre la personnalité du dieu, et de le confondre avec un grand nombre d'autres divinités du panthéon védique, indiquons d'abord les traits particuliers qui donnent à sa physionomie un caractère propre et distinct. Nous les trouverons surtout dans les rapports du Pûshan avec ses suppliants, dans la nature des faveurs qu'ils attendent de lui.

Pûshan est, avant tout, un dieu de l'agriculture et du pâturage. On lui donne bien, comme on pourrait le faire à tout autre dieu, le titre général et vague de « maître de tous les êtres mobiles et immobiles », I, 89, 5. Mais on le prie tout particulièrement de diriger le sillon, IV, 57, 7; on lui met entre les mains l'aiguillon, ashtrâ^ VI, 53, 9 ; 58, 2,

attribut du laboureur*, cf. IV, 57, 4; on fait surtout de lui un gardien du bétail, VI, 58, 2, qui empêche les troupeaux de se perdre, X, 17, 3, ou les retrouve quand ils sont perdus. C'est en ce sens qu*on prie Pûshan de ramener ce qui était égaré, VI, 54, 10, cf. I, 23, 13, de suivre les vaches, ou d'aller à leur recherche, VI, 54, 5 et 6. Il doit empêcher qu'aucune ne se perde ou n'éprouve de dommage, et les ramener saines et sauves, ibid., 7.

Par extension, Pûshan est aussi le dieu qui empêche que les richesses de toute sorte ne se perdent, ou qui les fait retrouver, VI, 54, 8. Il fait aussi trouver les trésors cachés, VI, 48, 15, cf. VI, 54, 4, au premier rang desquels il faut toujours placer les vaches, VI, 56, 5 ; VIII, 4, 16.

Enfin, Pûshan ne guide pas seulement les hommes dans la recherche des objets perdus ou des objets cachés. C'est lui qui les conduit sur tous leurs chemins. £n un mot, il est le dieu des voyageurs, aussi bien que des laboureurs et des bergers. On l'appelle le «maître du chemin», VI, 53, 1, cf. 49, 8; on le prie de frayer les chemins, VI, 53, 4, cf. I, 90, 4, d'en écarter tous les obstacles et tous les ennemis, I, 42, 7, cf. 1, de conduire ses suppliants par la route la moins périlleuse, puisqu'il connaît toutes les directions, X, 17, 5 \

D* après toutes les analogies, ces divers rôles attribués à Pûshan dans différentes sphères de l'activité humaine doivent s'expliquer par une action semblable qu'il est supposé exercer sur les phénomènes célestes. La découverte des vaches perdues ou cachées, en particulier, est un mythe trop familier aux /{ishis, pour qu'on puisse hésiter à reconnaître dans les vaches célestes les prototypes de celles que Pûshan fait trouver ou retrouver à ses suppliants ^. Peutêtre même n'est-ce pas sans allusion aux démons voleurs des vaches que les prêtres supplient Pûshan de frapper avec Qû instrument aigu, ârd, le cœur des avares, désignés

). Voir BOhtlingk et Roth [s. v. ashtrâ). Remarquons, en passant, que le mot a*a pas d'autre sens, qu*il ne désigne pas, comme M. Roth et M. Orassmaon Tadmettent trop aisément, une arme de combat dans le composé tvashtra. Au vers X, 42, 5, où se rencontre ce mot, Indra est représenté pu métaphore « attelant » les ennemis, et les rendant « dociles à Taignillon ».

t Cf. encore VI, 54, 1 et 2.

3. La c fosse » kevaxa^ où ils craignent que leurs vaches ne se perdent, ^I» 54, 7, rappelle le réservoir mystérieux des trésors célestes désigné par le t«rme synonyme de garta, (Voir III, p. 31*)i et 122-126.)

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comme ces démons par le nom de pani^ VI, 53, 3 et 5-7, et de leur arracher en quelque sorte les dons qu ils en attendent ^

Au premier rang des trésors célestes trouvés par Pûshan, il faut placer le Soma. C'est, en efifet^ le Soma qui est appelé aux vers I, 23, 13 et 14, le a roi* caché )>. Son harkis « éclatant » est sans doute la lumière qui tient lieu de gazon sacré dans le sacrifice céleste ^ P&shan a trouvé ce Soma caché, il Ta ramené comme un animal égaré, et nous verrons plus loin ' qu'avec les gouttes de la liqueur divine, il a fécondé la terre.

Au vers 6 de l'hymne VIII, 29, où Pûshan, sans être nommé, est désigné par ses attributs *^, ce dieu est représenté « humectant ^ les chemins comme un voleur » ; formule bizarre, mais qui s'explique par la phrase suivante : « Il connaît les trésors ». La comparaison « comme un voleur » s'applique à la découverte et à la prise de possession des trésors cachés, et ces trésors « humectent les chemins » parce qu'ils ne sont autres que le lait des vaches célestes, ou bien encore le Soma, coulant par les chemins qui descendent du ciel sur la terre. Selon toute apparence, les chemins que Pûshan fraye aux hommes ont pour prototypes mythiques ceux qu'il a frayés aux vaches célestes, et aussi ceux qu'il s'est frayés à lui-même.

Pûshan, en efifet, a été conçu à l'origine, non seulement comme trouvant les vaches cachées, mais comme sortant Inimême d'un séjour invisible, d*une a enveloppe », vovrt, X. 5, 5 ^ où il a été longtemps retenu. C'est en ce sens qae j'interprète le nom de a fils de la délivrance », t?tmuco napàt,

l. L^épithëte bf^ahma-codanl « favorisant les prêtres », cf. VI, 43, i9; Vàl., 3, 3, donnée à Vârâ^ VI, 53, 8, indique bien que les intérêts enjeu soot ceux des prêtres mâmes. Cf., d*ai Heurs, le yers 2.

S. Le titre de « roi » est souvent donné à Soma. Voir Grasemann i. r. râjan.

3. Je ne pense pas que le Soma soit dans ce passage, comme le veuleot M. Roth et M. Grassmann, la lune au milieu des étoiles. (Voir I, p. 158.)

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