Cette ëpithète est aussi donnée à Agni, III
Bemgaigne. La Religion védique, IL 27
Le même verbe consacré, pour les enjambées de Yishnu, exprime au vers V, 47, 3 le mouvement d'un être qui a dix nourrices (les dix doigts, vers 4), et qui ne peut être qu'Agni ou Soma. Les rapports de Vishnu avec les femelles, I, 1%, 3; III, 54, 14 (cf. répithète sumaj-jdni^ I, 156, 2), peuvent s'expliquer également bien par son assimilation à Agni ou à Soma. J'en dirai autant du nom qui lui est donné de rilasya garbha, « fœtus de la loi », I^ 156, 3, et des épithètes contradictoires yuvan « jeune », et akumâray « non jeune, vieux », 1, 155, 6. Agni reçoit, en effet, le nom de « jeune homme chenu », />a/t/o yuvâ^ I, 144, 4.
Quelque importance qu'on attache à ces derniers rapprochements, l'essentiel est de constater que Vishnu, comme Agni et comme Soma, est l'ami et l'allié d'Indra, I, 22, 19, cf. I, 156, 5. Il est invoqué avec lui aux vers IV, 2, 4; 55, 4: VIII, 10, 2 ; X, 66, 4 S et dans tout l'hymne VI, 69, 5. Les mêmes œuvres leur sont attribuées en commun, dans cet hymne et aux vers VII, 99, 4-6. Les « larges enjambées m de Vishnu sont ainsi attribuées à Indra, VI, 69, 5; mais surtout les victoires d'Indra sont attribuées à Vishnu, VI, 69, 8. Tous deux ont « engendré » le soleil, l'aurore, le feu, en triomphant du Dâsa, VII, 99, 4. Tous deux ont brisé les 99 forteresses de Cambara et vaincu les armées de Varcin,
VII, 99, 5. Indra était accompagné de Vishnu quand il a tue Vritra, VI, 20, 2, et Vishnu accompagné de son ami, c'est-àdire d'Indra, ouvre la caverne des vaches, I, 156, 4.
Mais la forme la plus intéressante de l'alliance de Vishnu avec Indra est celle qui fait du premier un sacrificateur, et avant tout un préparateur du §oma. Cette conception s'explique parfaitement par l'identité primitive de Vishnu avec Agni et Soma, prototypes de tous les sacrificateurs. Il se pourrait que son nom, formé d'une racine vish qui sert en plusieurs passages à désigner les œuvres des flibhus, I, 20, 4; 110, 4; III, 60, 3 ; IV, 33, 2, n'eût pas d'autre sens que « opérateur », c'est-à-dire « sacrificateur ».
Citons maintenant les textes. Indra a bu le Soma chez Vishnu, VIII, 3, 8 ; 12, 16, et ce Soma a accru sa force,
VIII, 3, 8, cf. X, 113, 2. Détail caractéristique : il a bu dans les trois coupes le Soma pressé par Vishnu, II, 22, 1, cf. VI, 17, 11. Les trois coupes ne diflfèrent évidemment
1. Les deux noms sont encore rapprochés aux vers V, 49, 3; VII, 93, 8; VIII, 25, 14; IX, 56, 4; 63, 3; 100, 6 ; X, 128, S.
pas des trois places de Vishnu, pleines d'uu doux liquide, I, 154, 4. Nous constaterons, dans le chapitre consacré aux Açvins, que, sous le nom de vishnâpû, c'est le Soma pressé chezVishnu que ces divinités apportent à leur protégé Viçyaka. L'expression vishnoh prabrUha « l'offrande de Vishftu », II, 34, 10 ; VII, 40, 5, rappelle également le rôle de Vishnu comme sacrificateur, si elle ne doit pas être interprétée par ridentification de Vishnu avec l'offrande même c'est-à-dire avec Soma. Vishnu, d'ailleurs, n'offre pas seulement le Soma i Indra : il cuit pour lui cent buffles, VI, 17, 11, lui fait en outre des oblations de bouillie, VIII, 66, 10, cf. I, 61, 7, et le célèbre par des chants, VIII, 15, 9. Dans ces différentes œuvres, il a pour coopérateurs les Maruts, VI, 17, 11 ; VIII, 15, 9, c'est-à-dire d'autres prêtres dmns d'Indra. De là, peut-être, les relations assez étroites de Vishnu avec les Maruts *, relations dont témoignent encore, outre les vers I, 85, 7; II, 34, 11 ; VIII, 20, 3, et le terme de sage Mârutien , màruio vedhâs, appliqué au premier, I, 156, 4, l'hymne V, 87 tout entier, qui leur est adressé en commun.
i. Nous avons vu que ces relations peuvent aussi s^espliquer par Tidea^ tification de Vishnu avec le Soma lui-même.