CARACTERE PROPRE DES AÇVINS
Que leur action s*ex6rce sur les phénomènes de Torage ou sur ceux du lever du jour, les Açvins sont des dieux essentiellement secourables^ En cela, ils peuvent être comparés à Indra. Comme lui, ils sont toujours propices à leurs suppliants, et les hymnes qu'on leur adresse sont presque uniquement consacrés à célébrer leurs bienfaits. Il y a toutefois, entre eux et le dieu guerrier, une di£férence qu'il importe de mettre immédiatement en lumière. Dans les œuvres qu'ils accomplissent ainsi au profit de leurs protégés respectifs, tandis qu'Indra garde ordinairement son caractère belliqueux, les Açvins, au contraire, jouent presque toujours un rôle exclusivement pacifique. Les secours du premier s'adressent le plus souvent à des combattants, ceux du couple
1. Ainsi peut s'expliquer, sans Thypothèse d'un sens particulier pouric mot « koça », signiGant ordinairement a cuve » ou c tonneau n^ remploi qui est fait de ce mot dans la description du char des Açvins, VIII« 22,9: X 85, 7 (et des chars des Maruis, I, 87, 2; VIII, 2o/ 8, de Pùshan, VI, 54, 3). Sur le Ters IV, 45, 1, où il est pareillement question d'une outre, voir p. 502.
2. Au vert IX, 86, 3, le poète ne croit pouvoir mieux faire pour louer U bonté de Soma que de le comparer aux NAsatyas.
80Qt prodigués à des inârmes et à des victimes de toute espèce. Indra sauve celui qui Timplore en triomphant de son ennemi; les Açvins viennent en aide à ropprimé sans s'attaquer à l'oppresseur. L'un est un allié dans les combats, les autres sont des sauveteurs ou des médecins.
Hàtons-nous d'ajouter que cette opposition n'a rien d'absolu. Nous vendons plus loin qu'Indra joue quelquefois un rôle pacifique, analogue à celui qui vient d'être assigné aux Âçvins. De leur côté, ceux-ci peuvent être conçus avec des attributs guerriers. On les prie de frapper les ennemis, VIII, 35, 12, cf. 1, 116, 21 ; 157, 4; 182, 4; VI, 62, 10; on implore leur secours dans les combats, I, 157, 2. Ils viennent en aide à celui qui combat pour les vaches, I, 112, 22, et généralement aux combattants, I, 112, 17; 119, 3; VIII, 9, 13. Leurs ennemis, comme ceux dlndra, sont surtout des démons, désignés par les noms de rakshas, VI, 63, 10 ; VIII, 35, 16, depani, I, 184, 2, de vritra, VIII, 9, 4. Les Açvins reçoivent l'épithète vrilrahantamd « grands tueurs de Vritras », VIII, 8, 22. Aussi apportent-ils à leurs serviteurs les biens, les breuvages enlevés aux démons, isho dâsih, VIII, 5, 31. Ils fendent, 1,116, 20, ils traversent en vainqueurs, I, 117, 16; VI, 62, 7; X, 39, 13, la montagne céleste; ils ouvrent l'étable aux sept « bouches », X, 40, 8, les portes de rétable solide et pleine de vaches, VI, 62, 11. Toutes ces expressions rappellent le combat dlndra pour la conquête des vaches célestes ^ Des exploits analogues aux siens ont été accomplis par les Açvins au profit d'Atithigva, de Divodâsa et de Trasadasyu, qu'ils ont aidés, les deux premiers à frapper Çambara, le troisième à fendre des forteresses appartenant peut-être au même démon, I, 112, 14.
Mais les traits de ce genre sont relativement peu nombreux dans la légende des Açvins. Les principaux détails de cette légende se résument, au contraire, parfaitement dans des formules telles que celle-ci : X, 40, 8. « Vous protégez celui qui est amaigri, celui qui est gisant,... la veuve. » — 1,117, 19. {( Vous redressez celui qui est estropié ». — I, 112, 8. « Vous secourez l'exilé, vous faites que l'aveugle voie et que le boiteux marche.» — X, 39, 3. « Vous êtes le lot de la vieille fille,
1. D'après le vers I, 117, ti, ils ont, comme il arrive si souvent à Indra, associé à leur œuvre an de leurs protégés, Kakshivat : il s'agissait, diaprés le second hémistiche, de faire couler du sabot du cheval mythique cent cni- ■^hês de lîqveur.
vous secourez celai qui manque de vitesse, celui qui est le dernier; vous guérissez Taveugle et celui qui est amaigri; on vous appelle les médecins de toutes les fractures. »
Cette qualification de médecins est celle qui revient le plus souvent dans les hymnes aux Açvins, avec Tindication des « remèdes » appliqués par eux aux maux de toute sorte. Les Açvins sont des médecins bienfaisants, VIII, 75, 1 ; X, 39, 5, des médecins divins, VIII, 18, 8 ; ils sont des médeciDS qui ont des remèdes, 1, 157, 6, proches et lointains, YIII, 9, 15, de triples remèdes, dans le ciel, sur la terre, dans les eaux, I, 34, 6, et ils guérissent ce qui est malade, VIII, 22, 10, cf. 0, 6. Au vers I, 89, 4, dans une énumération des différentes sources de remèdes, le poète, après avoir nommé le vent, la terre, le ciel, les pierres à presser le Soma, n'a garde d'oublier les Açvins, les médecins par excellence. Nous aurons, il est vrai, à reconnaître plus tard dans Rudra un autre médecin divin ^ Mais si Rudra guérit, il frappe aussi ^, et entre lui et les Açvins il y a cette différence essentielle que les Açvins sont exclusivement bienfaisants l
Ce sont donc des récits de guérisons, et plus généralement de miracles accomplis par les Açvins en faveur de leurs protégés, qui remplissent la légende dont nous allons entreprendre l'étude. Ces protégés sont le plus souvent nominativement désignés, en sorte que l'histoire de chacun d'eux forme un mythe particulier dans l'ensemble du mythe des Açvins.
1 . III, p. 32. Est^e cette ressemblaDce entre Rudra et les Açrias qui a fait donner sourent son nom à ceux-ci, I, 158, 4 ; II, 41, 7; V, 73, 8; 75, 3; VIII, 22, 14; 26, 5; X, 93, 7? Cf. encore les épithëtes fxtudrd, X, 61, 15 et rudra-vartani (Or.,«. v.) < suivant le chemin de Rudra! • et le rapprochement de Rudra et des AçTins au vers VII, 40, 5. Au vers 3 Thymme V, 41 aux Açvins, l'Asura du ciel peut être aussi Rudra (voir III, p. 34).
s. IIL p. 33.
8. L*oppo8ition est peut-être indiquée au vers I, 180, S. Voir III, p. 33, m fine.