Comparez notre dicton : « Voilà une ondée qui chauffe. i
5. Je ne puis croire que le composé gharmasveda signifie simplement « couvert d'une sueur brûlante ». D'une part, en effet, le sens de « chaleur », attribué à gharma, ne me parait nécessaire pour aucun autre passage du %-V«da, et, de Tautre, la signification de Texpression gharminah sUhvi' dàndh, certainement équivalente au composé, parait bien déterminée, au ▼ers VII, 103, 8, par le ver» suivant, où il est question de Vépanchement des gharma cliaiiffés. (Sur i*hymne entier, voir I, p. 292.) M. Roth avait, d*aU-
la prière de ces mêmes prêtres, IV, 55, 0, et particulièrement des Marats V, 54, 1 *. Enfin les pitris ou ancêtres invoqués dans les vers X, 15, 9 et 10, y reçoivent Tépithète gliarmasad « séjournant dans le gharma^ » qui s'explique parfaitement, soit qu'on entende ici par gharma le lait céleste, ou son récipient. Il est à remarquer que le dieu Brihaspati, dont les relations avec les pitris sont bien connues, reçoit l'épithète probablement équivalente, de prâgharmasad^ VI, 73, 1 .
On voit maintenant que le fait même du séjour d'Atri dans le gharma, c'est-à-dire au milieu du lait bouillant des vaches célestes, s'expliquera également bien au double point de vue de son identité originelle avec Àgni et de sa transformation en un rishi, chef de race. Les traits du mythe analogues à ceux que nous avons relevés déjà pour les personnages tombés dans une fosse, ou plongés dans les eaux, appartiennent à Agni. C'est au contraire au rishi, à Tancêtre, quil convient de rapporter le trait nouveau de la crainte des brûlures. Ici encore du reste nous avons l'appui d'un texte, que j'emprunte par exception à l'Atharva-Veda, XVIII, 3, 60, mais qui n'est qu'une autre leçon, plus intelligible, du versX, 16, 14 du Âig-Veda; le poète, s'adressant au mort qui a été brûlé sur le bûcher, lui dit : « Deviens heureusement une grenouille^ dans les eaux (du ciel); apaise ce feu (qui t'a brûlé). » Le mort ne quitte le bûcher où il a été réduit en fumée que pour la chaudière céleste; mais de même qu'Agni lui épargne sur le bûcher la douleur cuisante des brûlures, X, 16, 1, de même il trouve dans le gharma céleste qui devient son séjour cette fraîcheur que les Açvins ont procurée à Atri, Ce que le mythe offrait ainsi de contradictoire avec l'idée d'un personnage représentant le feu s'explique par la confusion de ce personnage primitif avec celui du rishi qui en est en quelque sorte dérivé *.
leurs, proposé déjà, quoique sous forme dubitative, une analyse du composé conforme à mon interprétation.
1. Le composé gharma-svaras <i qui a pour son le gharma » paraît forme sur le même modèle que gharma-sveda ; il est, en tout cas^ équivalent à gharma-stubh formé comme chandah-sfubh, V, 52, 12. Je le construis avec le mot nadyah « rivières ». Pour la comparaison de la prière au gharma^ cf. VIII, 78, 7 et vol. h p. 283.
2. Cf. X, 16, 10. Le feu particulier du sacrifice aux pitris est prié de faire réussir (bouillir?) le gharma dans le séjour suprême.
3. Cf. l'hymne VIII, 103 (I, p. 292) sur les grenouilles célestes. (Voir aussi 1, p. 84, note 3.)
4. Remarquons pourtant en terminant, et après avoir présenté, selon notre méthode, Tinterprétation suggérée par la comparaison des textes, qu'on
Du sauvetage d'Atri ou Saptavadhri, et de ceux de Bhujyu, de Vandana et de Rebha, on peut rapprocher encore les aventures de Paura, de Jâhusha» d'Antaka. Le dernier n*est nommé qu^une fois : il a été secouru par les Açvins alors qu'il languissait dans le désert (? arane), I, 112, 6. Son nom, qui dans TAtharva-Veda (et dans le composé anlaka-druh, R. V., X, 132, 4) désigne la mort personnifiée, a pu appartenir au dieu de la mort, Yama, lequel n'est lui-même originairement qu'une forme particulière d'Agni*. Jâhusha est rapproché d'Atri au vers VII, 71, 5 ; comme celui-ci a été délivré par les Açvins de Tobscurité et de Tangoisse, c'est-àdire de l'angoisse de l'obscurité, de même Jâhusha a été mis par eux en liberté. Le vers I, 116, 20 est plus explicite: les Açvins ont, pendant la nuit, conduit à travers des espaces faciles à traverser ce Jâhusha qui était retenu de tous côtés. Voilà un sauvetage qui, sauf la mention des eaux, rappelle celui de Bhujju. L'analogie est plus complète dans le cas de Paura, qui nageait dans l'eau et qui a été aidé par les Açvins, V, 74, 4. Ce Paura, qui est aussi un protégé d'Indra, VIII, 3, 12; Vàl., 2, 5, et auquel se rattache une famille de prêtres adorateurs d'Indra, Vâl., 6, 1 , porte un nom dont le sens présumé « qui rassasie » convenait parfaitement à Soma, et qui sert en effet d'épithète au breuvage sacré dans le vers II, 11, 11. Il est aussi appliqué à Indra, mais en tant que celuici est considéré comme la « source » des richesses, VIII, 50, 6. Il l'est enfin aux Açvins eux-mêmes^ dans le vers qui leur attribue le sauvetage de Paura, V, 74, 4, mais par un véritable jeu de mots : « Ce Paura (qui rassasie) nageant dans l'eau, vous l'aidez, vous qui rassasiez celui qui rassasie. »
Comme dernier argument à l'appui de l'interprétation proposée pour les personnages tirés par les Açvins d'une fosse ou du milieu des flots, citons le vers I, 105, 17, où un sauvetage du même genre est attribué, non plus aux divinités secourables par excellence, mais à Brihaspati : le personnage « tombé dans un puits » et « appelant les dieux à son secours » n'y est autre que Trita dont l'assimilation, soit à Agni, soit surtout à Soma, ne peut faire l'objet d'un doute ^.
s'expliquerait à la rigueur le dieu du feu, si souvent distingué de l'élément matériel auquel il préside, protégé contre les dangers de ce même élément considéré comme son séjour.