LB MALE, AGNI OU SOMA, ET LE PERSONNAGE OU LES GROUPES
REPRÉSENTANT l'ÉlÉMENT FEMELLE
§ Io^ — FORMULES BNTIÂREMBNT INDÉTBRMlNéBS
S'il n'est pas rare, dans les formules concernant les rapports des éléments mâles avec les éléments femelles, que le poète s'abstienne de préciser la forme particulière du mâle qu'il peut avoir en vue, il arrive beaucoup plus souvent encore que les femelles y figurent sous une dénomination générale et vague. L'indétermination est à son comble quand, ni les femelles, ni le mâle lui-même, ne sont explicitement désignés.
Il parait difficile de dire d'une façon précise quelles sont, au vers II, 5, 5, les vaches qui recherchent ou qui suivent Agni [littéraletnenl la « couleur » d'Agni), au vers I, 140, 9, l'aigle femelle qui parait suivre le même chemin que lui, au vers X, 155, 5, la vache mentionnée aussi en sa compagnie. Méihe observation pour d'autres passages où il est parlé des «mères qui l'ont enfanté », 111,31, 2, cf. 3; VIII, 91, 17, et d^où il sort en mugissant, X, 1, 2. Gomme nous l'avons vu nommé le père en même temps que le fils des difi'érents éléments femelles des phénomènes et du culte, plusieurs explications sont également possibles pour l'énigme suivante, 1, 95, 4 : « Qui de vous a pénétré ce mystère? Le veau a luimême engendré ses mères. » La virginité des mères d'Agni, III, 55, 5, n'est pas non plus un caractère qui convienne à cer-
taiDes de ses mères à l'exclusion de toates les autres. Nous aTons bien vu que les doigts qai Tengendrent étaient considérés comme des vierges. Mais les doigts ne sauraient être représentés par la femelle unique qai l'engendre également an Ters IV,7,9, et dont il est dit qu'elle n'a pas été fécondée, non plas que par les vierges aux longues « chevelures » ou « crinières » dont parle le vers 1, 140, 8. Citons enfin comme exemples de formules tout à fait indéterminées concernant les rapports sexuels d'Âgni avec les éléments femelles, le vers X» 21, 8, portant qu'il dépose un germe « dans les sœurs » (dans ses sœurs?), et le vers 1,66,8, où il est appelé (c Tamant des jeunes filles » et « l'époux des femmes », (cf. encore 1,140,6).
On lit au vers IV,41,8, que les chants s'approchent d'Indra et de Varuna « comme les vaches de Soma » • Ce texte nous présente également sous sa forme la plus générale et la plus indéterminée l'idée de rapports conçus entre le breuvage du sacrifice et des éléments femelles représentés comme des vaches. J'en rapprocherai les vers IX,66,6 ; 77,1, cf. 82,3, où des vaches sont aussi représentées courant vers Soma. On ne peut guère déterminer avec plus de certitude la nature des vaches que Soma met en mouvement au vers IX,96,8, ni de celles vers lesquelles il s'élance au vers IX,78,1, cf. 64,13, ou de celles après lesquelles il hennit au vers IX,82, 1 , ou de celles auxquelles il se mêle au vers IX, 61,21. Même observation sur les formules qui représentent Soma coulant avec les vaches traites, IX, 107,9, ou encore les vaches mugissant après lui, IX,101,8, cf. IX, 75, 3. Les femelles qu'il fait mugir au vers IX, 107, 26, sont seulement désignées sous le nom de « joyeuses ». La désignation est plus vague encore pour les femelles mentionnées au vers V,44^11, en compagnie de la « liqueur» qui est un « aigle », c'est-à-dire de Soma. Celles qu'il met en mouvement au versIX,86,41, sont mères, et dans d'autres passages, il est lui-même appelé le « jeune » des a grandes », IX, 102, 1, ou le « fœtus » qu'ont engendré celles qui a croissent selon la loi », ibid, 6. Les mères qui le a font » sont aussi appelées des vaches, IX,97,9. Soma est un veau qu'on réunit à ses mères, IX. 104, 2; 105, 2, ou que ses mères mugissantes lèchent dans son premier âge, IX,100,1, cf. 7. De cette dernière formule on peut rapprocher celles qui nous montrent Soma a nettoyé » par les vaches, IX, 43, 1, ou, selon une formule plus hardie, mais très fami-
Bbroajonb, La Religion védique, ^
— volière aux auteurs des hymues, a oint » * de vaches, IX, 10,3 ; 32,3. D'un autre côté, il s'unit aux « gœurs », IX,68,4, et les sœurs s'avancent vers lui en compagnie des eaux et des vaches, IX,82,3, soit qu'il faille entendre par là des fe«melies simplement sœurs entre elles, comme les doigts ou les prières, soit qu'il s'agisse de sœur» de Soma lui-même. On sait que les poètes donnent souvent pour vêtements à Soma les différents éléments femelles*, et aux exemples déjà cités de ce fait, nous pouvons ajouter ici les vers IX, 2, 4; 42, 1 ; 86,26; 107,26, d'après lesquels Soma se revêt de a vaches », pour ne rien dire des vers 1,136,2 ; IX, 96, 1 ; 97,2 ; 99,1, où les vêtements de Soma, quoique non expressément identifiés à des femelles, ne diffèrent vraisemblablement pas de ceux qui lui sont attribués dans les passages plus explicites^ Si Ton songe en même temps au goi^t des poètes védiques pour les combinaisons d'images incohérentes *, on comprendra qu'au vers IX, 101, 14, dans la formule a le frère s'est revêtu du vé* tement», le vêtement puisse représenter un élément femelle dont Soma serait le frère, comme ailleurs, IX, 107, 13, dans la formule « Soma s'est revêtu d'un vêtement brillant, lui qui doit être nettoyé comme un fils chéri » , le vêtement représente peut-être un élément femelle dont Soma serait le fils. En tout cas; le même vers IX, 101, 14, compare Soma à un amant qui s'approche de son amante, cf. IX,96,23. Nous voyons ainsi se dérouler toute la série des relations possibles entre Soma et les éléments femelles, sans que ces relations, qui sont les mêmes avec chacun de ces éléments, puissent nous servir à déterminer celui d'entre eux que le poète a pu avoir en vue dans chaque cas particulier. L'idée d'une union sexuelle est aussi suggérée au vers IX, 71,7, par la qualification de « mâle » donnée au Soma qui mugit après les vaches^ Ailleurs encore, les vaches vont au-devant du taureau Soma, IX,69,4, ou mugissent en se dirigeant vers lui, pareilles à une femme qui va trouver son amant, IX,32, 5. L'expression patir gavâm, IX, 72, 4, pourrait signifier « époux », cf. VIII, 58, 2, aussi bien que « maître » des vaches, et être ainsi à peu près synonyme de celle de « tau-