‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 347 sur 417 · GANDHARVA · texte numérisé non relu

GANDHARVA

Le mot gandharva est employé dans le /{ig-Veda au singulier et au pluriel, et désigne dans le second cas une troupe de personnages divins qui sont peut-être avec le Gandhanra par excellence dans le même rapport que les Rudras ou Maruts avec Rudra, quoiqu'ils ne soient nulle part appelés ses fils. En tout cas^ le singulier est appliqué à une forme du père dans l'hymne X, 10 où Yama, repoussant les avances incestueuses de sa sœur Yamî, lui dit au vers 4 : « Gandharva dans les eaux et la femme aquatique^ voilà notre nombril (notre origine), voilà la parenté suprême qui nous unit. »

De la réponse de Yamî au vers suivant « Notre père, le dieu Savitri Tvashfri qui prend toutes les formes, a fait de

noas deux époux dans la matrice même , » il semble permis d'induire qu'au moins dans la pensée de l'auteur de cet hymne, le personnage de Gandharva est équivalent à celu de Savitri. Cette induction paraît confirmée par le vers 7 de l'hynme III, 38, si le « taureau-vache » y représente, comme je le crois, Savitri nommé au vers suivant, et si les personnages qui ont « mesuré avec des noms r(essence) adorable * de ce taureau-vache, » qui, « revêtant sans cesse une nouvelle dignité d'Asura, ont créé en lui la forme, » sont les Gandharvas nomihés au vers précédent. En effet, les formules que j'ai traduites littéralement doivent signifier que les personnages en question ont manifesté sous la divinité de leurs propres formes l'essence unique d'une divinité qui peut être considérée comme leur principe, comme leur père (cf. ibid. 4), et Savitri, principe ou père des Gandharvas, serait par cela même le Gandharva par excellence.

D'un autre côté, l'union de Gandharva avec la femme « aquatique » appelée elle-même au vers X , 1 1 , 2 la Gandharvî, rappelle le mythe de Tvashfri et des femmes (les eaux célestes) au milieu desquelles il se cache, à cela près que le premier de ces personnages est monogame. La pluralité des femmes des eaux, désignées alors par le nom d'Apsaras, ne se rencontre dans notre mythe que là où il y a aussi pluralité de Gandharvas X, 136, 6.

On peut se demander si Gandharva ne joue pas^ comme TvashM, le rôle d'un ennemi d'Indra au vers VIII, 1, 11 d'après lequel ce dernier, fouettant Etaça, coursier du soleil^ et les deux chevaux ailés du vent, a emporté avec lui Kutsa, représentant le Soma sous une de ses formes célestes, l'éclair par exemple, et « s'est glissé vers Gandharva l'indompté. » Gandharva ne peut guère, dans un pareil mythe, représenter que le gardien du Soma, ou le Soma lui-même, et dans le second cas il ferait double emploi avec Kutsa. D'ailleurs l'auteur du vers IX, 83, 4 dit en termes exprès que Gandharva garde ^ le séjour du Soma. Une allusion à la même idée peut être cherchée au vers 1, 22, 14 dans l'expression « séjour inébranlable de Gandharva, » et surtout au vers I, 163, 2, portant que Gandharva a saisi la rêne du che-

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