‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 354 sur 417 · Kidhak : Voir X, 19, 2 à côté de gukâ. Cf. IV · texte numérisé non relu

Kidhak : Voir X, 19, 2 à côté de gukâ. Cf. IV

12, 14 « engendrant le Soma pour Indra », comme la « mère » dont il a été question dans les pages précédentes lui verse le breuvage divin. Enfin, de même que la jeune femme a abandonné Indra IV, 18» 8, de même Aditi a abandonué Mârtânrfa X, 72, 8.

Ces observations ne tendent pas d'ailleurs à une identification complète d'Indra et de Mârtânda. Si le nom de ce dernier, comme je l'admets avec M. Grassmann, signifie <c oiseau », il désigne plutôt Agni ou Soma, et les désigne peut-être tout particulièrement sous leur forme de soleil \ Or, Indra est plutôt le conquérant d'Agui ou de Soma qu'une personnification directe de l'un ou de l'autre. Mais MâriknddL représente Agni, ou Soma, ou le Soleil, en tant que manifesté aux hommes , puisque d'après le vers X, 72, 9, il est né pour engendrer et pour mourir, c'est-à-dire pour répandre partout la fécondité et disparaître, sauf à renaîlre, c'est-à-dire à reparaître sans cesse *. C'est par là qu'il s'oppose avec Indra aux trois ou aux sept /Idityas proprement dits, lesquels, par le seul effet de cette opposition, se trouvent assimilés déjà aux anciens dieux de la conception unitaire, régnant éternellement dans un séjour mystérieux. Cette interprétation du caractère des ^Idityas est aussi directement suggérée par le vers X , 72, 8 : « Des huit fils sortis de ses entrailles , Aditi en a emmené sept vers les dieux , et elle a rejeté Mârtânrfa. »

Ainsi l'opposition des frères aînés et du dernier frère, des trois ou des sept /Idityas, et du quatrième ou du huitième, rappelle celle du père et du fils et lui est à peu près équivalente, les premiers frères se trouvant en fait, par leur caractère et leurs fonctions, assimilés au père ^.

Il nous reste un mot à dire des ildityas considérés comme fils de « la libre », car c'est encore un des sens du nom de leur mère Aditi, et par conséquent comme libres eux-mêmes.

1. Le soleil est appelé ddilya I, 50, 13; 191, 9; VIII, 90, 11, et dditeya

X, se, Ji.

s. Cf. le Toyageur, parijman, nommé aux vers I, 79, 3; X, 93, 4, avec les trois ^dityas, et qui peut passer pour un quatrième ilditya assimilable, soit à MàrtânJa, soit à Indra.

3. On peut se demander si les o sept » qui n*avaient pas d^ennemis et dont Indra est devenu Tennemi en naissant, VIII, 85, 16, ne sont pas les sept ildityas, ses frères. Nous verrons que le < septième frère * des ruses duquel il triomphe au vers X, 99, 2, parait être VaruTia.

Je citerai plus loin (ch. Il, sert. III) les passages où le mot ildityaest intentionnellement rapproché du motAdilifris dans le sens de « libre » ou de « liberté ». Or^ Tattribut de la liberté, quoi qu*il doive s'introduire nécessairement dans la notion d*un dieu vainqueur, d*un dieu de la conception dualiste, après sa victoire, semble n'appartenir en propre et originairement qu'aux dieux éternellement souverains de la conception unitaire. Cette dernière interprétation de la filiation des Aàitysis est donc conforme aux conclusions que j'ai annoncées. Ce sont ces conclusions que nous allons vérifier d'abord dans une courte étude sur les attributs des ilditjas en général, puis dans une analyse beaucoup plus détaillée da mythe de Mitra et de Varuna.

Les ^dityas ^ sont des rois râjan I, 20, 5 ; II, 27, 1 ; VU, 66, 6 ; X, 126, 6, des souverains universels samràj VIII, 27, 22, et bien que ces titres puissent être donnés à un dieu quelconque, il est certain que les poëtes védiques les appliquent avec une insistance toute particulière, soit aux Aàxtjd& en général, soit à Mitra et Varuna en particulier. Le terme kshaXra « empire , royauté », et son dérivé kshatriya, resté dans Tlnde le nom de la caste royale, sont employés d'une manière encore plus caractéristique pour désigner la puissance des ^Idityas. C'est ce dont on peut se convaincre en jetant un coup d'œil sur les articles consacrés à ces mots dans le lexique de M. Grassmann *. Or, la souveraineté est un caractère essentiel des dieux de la conception unitaire.

En leur qualité de souverains, les ildityas sont les gardiens du monde et supportent les êtres mobiles et immobiles, II, 27, 4. Ils soutiennent les trois terres et les trois ciels, ibid. 8, les trois espaces célestes, tbid. 9. A ces souverains, les hommes ne demandent pas , comme à Indra, de combattre pour eux, mais seulement de leur accorder grâce et protection, Vm, 18, 17 ; 47,2 et 3, cf. 8; X, 35,12 (cf. 9) etpassim.

Les ^dityas donnent la lumière aux hommes. Mais le lever

1. Dans la série des textes qui vont nous servir à caractériser les AditjiM en général, seront compris ceux qui concernent la triade composée de Varuna, Mitra et Aryaman. Les deux principaux ^dityas, Varuna et Mitra, sont seuls réservés pour une étude plus approfondie dans les parties suivantes de cette section.

2. Ajoutez les composés priyakshatra VIII, 27, 19, sukshatra, (Or. (. v.)t servant d*épithète aux ildityas.

du soleU , quand il est leur œuvre , n*est pas comme dans le mythe d'Indra le dënoûment d'une lutte engagée contre les démons de la nuit : c'est l'accomplissement d'une volonté souveraine. Il résulte de là qu'avant son apparition , c'est par ces dieux mêmes que l'astre est retenu ou dérobé aux regards des hommes. En somme les AdityBS gouvernent le soleU, appelé lui-même âditya (voir plus haut p. 107, note 1), à la manière de Savitri dont les rapproche encore l'emploi fait au vers YIII, 18, 1 du mot saviman pour désigner l'acte par lequel ils distribuent leurs dons, de Savitri qui luiméinesemble, ainsi que nous l'avons vu, compté quelquefois au nombre des ildityas. Aussi le lever du soleil est-il décrit dans les hymnes aux ildityas comme dans ceux adressés à Savitri Vn, 60, 1-4 ; 62, 1-2 ; 66, 14-16. Ce sont eux qui lui ouvrent les chemins Vil, 60, 4 ; 63, 5, et ou leur demande la lumière IV, 25, 3. Mais comme Savitri ils font la nuit aussi bien que le jour, puisque ce sont eux qui règlent le cours du temps : Vil, 66, II . « Eux qui ont réglé l'année, qui l'ont divisée en mois, qui ont distingué le jour de la nuit, etc. »

Des observations analogues s'appliquent aux fonctions météorologiques des /Iditjas. Je ne pourrai toutefois les préciser qu'à propos du couple Mitra et Varuna, et surtout à propos de Varuna. Mais je puis signaler dès à présent le vers 1, 79, 3 : « Aryaman, Mitra, Varuna, le voyageur \ remplissent la peau dans le séjour de l'inférieur. » Cette peau est la terre qu'ils inondent de pluie, et qui est le séjour d'Agni ; mais le terme de a peau » rappelle la préparation du Soma *, de sorte que, comme le personnage du père en général, et comme Savitri en particulier, les ildityas paraissent remplir ici les fonctions de sacrificateurs. Il est dit aussi d'eux dans le même ordre d'idées qu'ils allument Agni, comme le messager antique % I, 36, 4.

Mais ce qui caractérise surtout les yldityas, en tant que ces dieux se rattachent à la conception unitaire, c*est le mystère dont ils s'enveloppent et la frayeur qu'ils inspirent. Je reviendrai sur le second point dans le cha-

i. Cf. pina haut p. 107, note 2.

S. Si bien que M. Grassmann, à tort selon moi, prend le mot upora dans le sens de « pierre inférieure du pressoir ».

3. Cf. le passage oii il est dit d* Aryaman seul qtt*il attelle les chevauz d*Indra avec la voix VII, 86, 4.

pitrd II (section 11). En ce qui touche lo premier, citons le vers I, 105, 16, d'après lequel le chemin des ildityas ne peut être aperçu par les hommes, et le vers VU, 60, 10, portant que leur choc est invisible et terrible, que la force qu ils déploient est cachée. On verra tout à Theure quelle paraît avoir été la signification «naturaliste des lacets attribués à Varuna. Or, d'après le vers II, 27, 16 « Puissé-je échapper, ô dienx saints, aux lacets que vous tendez pour le trompeur... » les lacets sont aussi un attribut des ildityas en général.

C. — MrrRA BT VARUJVA. — CONSIDERATIONS GENERALES SUR CES DIVINITÉS. — LEUR RÔLE DANS l'ORDRE DES PHENOMENES SOLAIRES.

Les personnages de Mitra ot de Varuna ont chacun lenr caractère distinct, en dépit de traits communs dont le nombre a d'ailleurs été augmenté par la réunion opérée sur le couple d'attributs propres à chacune des deux divinités qui le composent. La distinction fondamentale, on pourrait même dire dans une certaine mesure, Topposition qui existe entre eux, est déjà suffisamment indiquée par leurs noms.

Le mot mitra est resté employé comme adjectif ou comme nom commun dans le sens d* « ami » . Nous verrons plus loin que dans bien des passages des hymnes, il est difficile de décider si le poète s* en est tenu à cet emploi, ou s'il a entendn nommer le dieu Mitra, mais que souvent on doit croire qu'il a eu à la fois en vue les deux significations.

Pour prouver que l'usage du terme comme nom propre n'en fait pas oublier le sens étymologique, il suffira de citer les jeux de mots auxquels il prête : X, 89, 8, « Ceux qui violent la loi de Mitra et Varuna, comme on oflFense un com-. pagnon, un ami (mitra) » ; — IV, 55, 5, « Que Mitra nous protège du (mal) qui vient d'un ami {mitriya) y> .

D'un autre côté, le choix du terme mitra pour donner à un dieu la qualification à*ami des hommes, paraît impliquer, comme nous le verrons, l'assimilation de ce dieu à Mitra. En d'autres termes, il semble que, dans une certaine mesure, Mitra soit moins un dieu particulier que la divinité considérée sons son aspect bienfaisant, amical. Dès lors les différentes formes divines qui passent pour amies des hommes pourront être appelées les formes de Mitra, comme elles le sont en effet dans

le vers I, 14, 10 : ce 0 Âgni, bois la liqueur au Soma avec Indra, avec Vâyu, avec toutes les formes* de Mitra *. »

Si le nom de Mitra est significatif, celui de Varuna ne Test pas moins. Il est vrai qu*il n'est resté employé que comme nom propre. Mais l'étjmologie en est assez transparente pour nous révéler, avec l'aide des traits mythologiques qui s'y rattachent immédiatement , le caractère essentiel du person* nage.

Dès le début des études de mythologie comparée, Varuna a été rapproché de roùpav(i< grec, et il faut reconnaître que ce rapprochement était naturellement suggéré par la ressemblance des deux noms. Par suite, le mot oûpctvoc étant dans la langue grecque le nom du ciel en même temps que d'un personnage divin représentant le ciel, on a attribué le même développement de sens au védique varuna. Remarquons pour* tant que l'identité originelle des deux mots sous une forme varana'y devenue en zend varena*, pourrait être admise sans impliquer directement une telle conséquence. En e£fet, comme tout appellatif a commencé par être une sorte d'adjectif exprimant un acte ou une qualité, il serait très-possible qu'entre les mots Varuna et oùpavo; la similitude de sens eût été limitée à cet usage primitif, et que le premier n'eût jamais eu le sens de ciel qui appartient au second. Il est vrai que la région mythique désignée par le zend varena peut être avec vraisemblance identifiée au ciel, ce qui nous conduirait à reculer jusqu'à la période indo-européenne l'origine de la signification constatée pour le mot grec. Je ne répugne nullement pour mon compte à attribuer cette signification au mot vantna. Mon dessein étant de montrer que le personnage qui nous occupe répond dans ses traits généraux à l'idée que nous nous sommes faite du dieu père, je pourrais trouver un premier argument dans ce fait qu'il aurait été désigné par un des noms du ciel. La notion de la voûte céleste est en effet, comme nous Tavons vu,run des fondements naturalistes

Page 1