Sur le sens du mot ariy voir II, p. 21S, n
2. Je crois que le même sens convient aux passages de l'Àthai-va-Ved» ov cikits est employé sans préfixe, en particulier au vers V, 11, 1, qui annoocc le vers suivant.
— iH9 —
ne laisse aacun doute sur le sens : u Cherche à connaitre, éclaire le chemin' pour le chantre dans la conquête des vaches . » Le sens sera donc au vers I, 91, 23 : « Éclaire, sers d'éclatreur pour les deux races (les hommes et les dieux) ^ dans la conquête des vaches. » Au premier vers de notre hymne également, l'aurore s'avance en éclaireur, elle fraye les chemins pour la race humaine (en les rendant visibles).
i. £llc s'est é\eillée avant tout le inonde, la haute (déesse) qui gagne, qui conquiert des trésors. Elle a ouvert les yeux làhaut, la jeune fille, la ressuscitéc : Taurore est arrivée la première au sacrifice du matin.
Je n'insisterai pas sur le sens du mot vdja, que je me reconnais, comme mes devanciers, incapable de préciser, et que je rends par le terme vague de « trésors ». Mais je m'arrêterai un instant au verbe vy akhyat^ bien que les deux traducteurs l'entendent ici de la même manière que moi ^. C'est en effet par un heureux hasard que je me rencontre ici avec M. Grassmann, qui le traduit, à l'exemple de M. Uoth, tantôt « regarder », tantôt « briller », « éclairer», ou «montrer », et cela le plus souvent sans raison même apparente de distinction. On peut croire d'abord que l'interprète s'est ravisé entre la publication du lexique et celle de la traduction. En effet, il reprend dans celle-ci a^ux vers VII, 13, 3; IX, 101, 7 ; X, 4o, 4 ; 127, 1, le sens de a regarder » qu'il avait indûment changé dans le lexique eu celui de « briller» ou « éclairer ». Mais il laisse sans plus de raison ces derniers
sens aux vers I, 35, o ; 7 et 8 ; IV, 1, 18 ; V, 81, 2. Au vers
I. C'est ainsi encore qu'au vers XIll, i, 15 do l'Atharva-Veda, le soleil ne cherche p'dn de chumiu, tiôpa cikitsaliy en dehors de celui qui lui :t été trace.
± Plutôt je croib, que u pour les princes et pour les chantres », comme Tentead M. GraNsmann.
3. Us se trompent pourtant si, comnio la chose parait certaine au moins {)oai* M. Grassmann, ils construisent l'adverbe w.rd dans un rapport étroit avec ce verbe, et aboutissent au sens de a regarder eu haut ». Qu'est-ce que Taurorc pourrait bien regaitler en « haut »? Mais j'insiste moins sur les questions dont tout le monde est juge, que sur celles qui ne jjouvent être résoluo< que par de minutieuses études lexicographiqu«.*s.
^>ËUUAIG^E. La HcUyion ccUif/nc, 111. 19
I, 35, 8 en particulier, où il est question des « yeux » de Sayitri, Terreur est tout à fait inexplicable. On se demande alors si c'est entre le premier et le second volume de la traduction que M. Grrassmann a reconnu le vrai sens de vikhyd. Mais c'est précisément dans ce second volume qu'on trouve, outre le passage précédent, la plus bizarre de toutes ces applications du sens d' « éclairer », au vers X, i89, % où, prenant en outre l'accusatif cfiVa/n a ciel » au sens de (c jour », M. Grassmann traduit a il a éclairé le jour», une formule dont le sens évident est « il a regardé le ciel ».
Dans tous les passages cités jusqu'ici, je suis d*accord avec M. Ludwig. Celui-ci maintient encore contre M. Grassmann le sens de « regarder » au vers 1, 1 13, 4, et en cela je Tapprouve. Mais ce n'est pas tout d'épargner les violences au lexique ; on doit tâcher de trouver un sens aux textes, et la formule « elle a regardé notre richesse », appliquée à l'aurore, n'a pas grand sens. Pour la comprendre, il faut se rappeler que la langue védique a de singulières hardiesses dans la construction de l'accusatif. Le moyen de la racine |7ti, signifiant « se clarifier », et appliquée tout le long du neuvième livre du Aig-Veda au Soma qui coule à travers le tamis, j prend souvent un régime à l'accusatif désignant les biens que le Soma apporte en se clarifiante Les rivières « coulent i> la loi, I, 105, 12, comme les aurores la «brillent », IV, 2, 19, c'est-à-dire que les unes la manifestent en coulant, comme les autres en brillant. On dit aussi de l'aurore, ainsi que d'autres divinités lumineuses, qu'elles brillent « quelque chose de riche » ^. Je crois donc que dans la formule en question, l'accusatif exprime pareillement ce que l'aurore apporte a en regardant » et que la formule équivaut à peu près à celle-ci : « D'un seul de ses regards elle nous a comblés de richesses. »
Reste un passage unique, pour lequel M. Ludwig s*est laissé entraîner par l'exemple de M. Roth et de M. Grassmann, et a donné à vi khyâ le sens de « briller » . C'est le vers 1, 46, 10. N'est-ce pas le cas de faire un effort pour supprimer définitivement ce sens de « briller » arbitrairement introduit dans tant d'autres passages où il est parfaitement inutile ? L'effort ne sera même pas bien grand pour ceux qui ne nieront pa^ (et comment pourrait*on encore raisonnablement le nier ?)