Voir Orassmann, s. t
Èi Voir Grassmann. s, v. rêvai.
— Mlle goût des poètes védiques pour les formules paradoxales. Le commencement du vers est déjà assez haut en couleur : « L'éclat est venu à la plante, un soleil brillant comme Tor. d C'est Tapparition du Soma céleste (cf. vers 9), ici sans doute identifié au soleil. La seconde formule décrit l'apparition du mâle céleste, avec les attributs, non plus de Soma, mais d'Âgni : a Le noir a regardé avec sa langue. » « Le noir qui regarde » est déjà un paradoxe ; car le « noir », dans le langage mythique des hymnes, équivaut à 1' « aveugle » ^ C'est le feu, d'abord caché, puis visible. Or, Tœil des dieux lumineux, c'est leur lumière. Soleil, il regarderait avec son œil : car l'afisimilation du disque du soleil à un œil ait une figure consacrée. Mais la flamme d'Agni est non moins connue comme une langue. C'est donc avec sa langue qu'Âgni regardera. C'est là une de ces combinaisons d'images incohérentes, abou^ tissant à un paradoxe, comme on en trouve tant dans le langage mystique des jRishis. En somme le sens de la formule revient bien à « il a brillé avec sa langue » , mais c'est par la confusion mythique des idées de «voir » et de «briller», et non par le sens propre du verbe vi khyâ. Une langue n'est d'ailleurs pas plus « brillante » que « voyante ». Il ne s'agit que d'un degré de plus dans l'incohérence des images, et ce degré de plus a précisément l'avantage de substituer un paradoxe franc à une combinaison informe.
Ceci a pu sembler une digression. Et pourtant, sans cette étude minutieuse des emplois du verbe vi khyâ, et à nous contenter des dictionnaires de M. Roth et de M. Grassmann, nous n'aurions eu aucune raison de préférer le sens de « regarder, ouvrir les yeux » à celui de « briller » . La différence n'est pas grande, et en mythologie elle est nulle. Kst-ce traduire, pourtant, que de prendre tour à tour l'un ou l'autre sens, comme le fait M. Grassmann, sans autre guide que la fantaisie du moment ? Ici encore je crois que V esprit systématique a du bon.