Sur le sens de ce mot, voir plus haut, p. 211 (en note
2. Cf. encore VÎT, 80, 2, « prenant, dadhônâ, une nouvelle r\e i» .
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M, Ludwig est au contraire d'accord avec M* Orassmann pour donner à o^ra le sens de ce ce qu'il y a de meilleur ». Cette interprétation me paraît contestable. Dans l'expression o^ram madhûndm^ par exemple, pour laquelle les deux interprètes admettent aussi ce sens, il me parait évident que agra désigne en réalité la première libation, que Vâyu est invité à boire « parce qu'il est celui qui boit le premier », IV, 46, 1.
5. Sœuv de Bhaga, sœur de Varuna, ô Sûnritâ, Aurore, chante la première. Qu'il se troure court, celui qui fait le mal I Puissions-nous le vaincre en prenant pour char la Dakshinft 1
Le mot sûnritâ est difficile ; mais ce n'est pas pour esquiver la difficulté que je le conserve sans le traduire; je crois en effet qu'il n'a été appliqué à Taurore que parce qu'il s'était fixé comme un nom de la vache céleste dont l'aurore est l'une des formes.
M. Grassmann considère gûntitd comme le féminin d'un adjectif sûmita auquel il attribue par conjecture le sens de « beau, magnifique, riche ». Mais alors, comment comprend*^ il le rapport qu'il signale lui-*mème entre ce mot et ^inara ? Je crois pour mon compte que sûnvitd est l'abstrait en td tiré d'un thème sûnvi équivalent à sûnara, et qu'il a désigné primitivement la même chose que sûnaram vam que je traduirais « la richesse en enfantai mâles » (comme sûnart yoshd ou jani € la femme qui a beaucoup de fils, ou des fils héroïques »}, en un mot qu'il est l'opposé de avîratâ « la privation d'enfants mâles ». Par généralisation du sens primitif, il aurait désigné un don précieux quelconque, peut-être même ceux que les hommes font aux dieux, 1, 125, 3 ; VU, 74, 3, aussi bien que ceux que les dieux font aux hommes, VI, 48,20. Ce qui est certain, c'est qu'il est devenu le nom d'une déesse, I, 40, 3; X, 141, S, personnifiant la libéralité des dieux, de Vâyu, I, 134, 1, d'Indra, VIII, 45, 12, et assimilée sous le même nom à une vache, VIII, 14, 3. Quoi d'étonnant qu'il ait été, en vertu du même développement de sens, appliqué à l'aurore ?
Cette explication ne soulève qu'une difficulté : il est vrai que cette difficulté semble au premier abord insurmontable.
Ce serait Texistence d*un thème masculin et neutre sùnriia. Mais au vers VII, 57, 6, il suffit d'admettre un oubli dnpadapâtha pour retrouver l'accusatif pluriel sunviUh construit parallèlement avec râyàh et maghâni. Reste le vers VHI, 46^ 20, où il faut bien admettre que siinrita est une épithète d'Indra. Mais ne se peut-il pas que dans ce vers qui, pour beaucoup de raisons, ne paraît pas pouvoir prétendre à une bien haute antiquité, snnvita soit une forme créée pour donner un masculin à swivitd considéré à tort comme un adjectif, épithète de l'aurore ?
Quoi qu'il en soit, Thypothèse admise par M. Grassmann après M. Iloth d'un adjectif féminin sûnvitd dans un certain nombre d'autres passages est purement arbitraire. La plupart présentent en réalité l'application du substantif sûnvitâ à la libéralité des dieux plus ou moins personnifiée, 1, 134, 1 ; 135, 7* ; VI, 48, 20 ; VIII, 14, 3. Lui-même, par une de ces inconséquences qu'il faut renoncer à compter, traduit au vers X, 141, 2 « la déesse Sûnritâ », une formule qu'il rend au vers I, 40, 3 par « la riche déesse ». Je signale particulièrement le contre-sens complet qu'il a fait sur le vers VIII, 43, 12, et que M. Ludwig a évité. Enfin notre mot est construit parallèlement au moi gir « chant» au vers III, 31, 18, comme il est construit parallèlement au même mot et à dht etpuramdhi au vers X, 39, 2, à puramdhi encore au vers 6 de l'hymne que nous étudions. Il n'y a pas là l'ombre d'une raison pour en faire une épithète de gir. Et c*est pourtant sur cette construction tout à fait arbitraire que repose l'hypothèse d'un emploi particulier du mot sûnvitâ, dans lequel il signifierait « chant ». C'est sous ce chef que M. Grassmann range, à peu près au hasard, un certain nombre de passages, sauf à abandonner tel de ces passages, X. 61, 2o, dans sa traduction, pour revenir au sens de a don, présent magnifique », qu'il avait accepté dans les autres. Pour donner une idée de la sûreté de cette répartition, il suffira de citer l'expression toute faite mtrî sûnritdndm, appliquée à Taurore, qui se reproduit trois fois, et qu'il traduit chaque fois d'une manière différente : <( die Freudenbotin », I, 92, 7; « die herfuhrt aile Herrlichkeiten », 1, 113, 4 ; « die Fûhrerin der Lieder », VII, 76, 7.
1. Dans sa traduction, il interprète ici sûnritâ a der Morgcn » {sic), et a der Jubellied » au vers I, 134, 1. On pourrait souvent se demander si le lexique et la traduction sont de la même main.
Ici, comme souvent (je regrette de ne pouvoir dire toujours)» M. Ludwig se montre beaucoup plus soucieux que M. Grassmann de rester d*accord avec lui «même. Je ne répondrais pas que ses traductions soient toujours aisément intelligibles. Plus d'un lecteur doit rester rêveur devant des phrases comme celle-ci, I, 135, 7 : « erblickt wird die treflichkeit, das ghrita fiiest ». C*est un de ces cas où je préférerais, (tout en remplaçant ghrita par « beurre »), employer le mot sanskrit sûùritdy en rappelant en note qu'il désigne la libéralité des dieux personnifiée. Mais, une fois ce mot ce Treffiichkeit » choisi pour sûnritâ^ M. Ludwig le reproduit religieusement , en le faisant seulement alterner de temps en temps avec « Vortrefflichkeit »» et en le remplaçant par « vortrefflich » ou « trefflich » dans les cas où il fait Tefi^et d'une épithète, par exemple dans notre vers 1, 123, 5. J*ai expliqué comment je l'entends ici moi-même, et n'ai plus à j revenir. J'ajouterai seulement que si j'approuve M. Ludwig de construire sûnritândm hkhs le rapporter comme adjectif à girâm, au vers III, 31, 18, il m'est beaucoup plus difficile de comprendre ce qu'il gagne à remplacer le sens ordinaire du second mot <c chant n par celui de « chantre i».
Le mot jarasva soulève une question beaucoup plus importante. M. Ludwig le traduit « sois chantée ». Mais quelle apparence que le verbe jar^ qui ne s'emploie qu'au moyen, et, sans contestation possible pour la grande majorité des cas, avec le sens actif de « chanter », prenne dans ce passage le sens passif? M. Grassmann, qui n'admet pas ce second sens dans son lexique (ce qui ne l'empêche pas, il est vrai, de l'introduire accidentellement dans sa traduction, I, 159, 7), explique, à l'imitation de M. Roth, notre passage et plusieurs autres par l'hypothèse tout à fait arbitraire d'une racine jar qui signifierait « s'approcher, arriver », et qui serait une corruption de car. Chose curieuse, cette racine, àladifierence de car^ ne s'emploierait qu'au moyen, exactement comme la racine jar « chanter » dont on veut la distinguer. J'aime mieux croire, pour mon compte, que les formules où on la suppose présentent simplement des emplois particuliers, singuliers, si Ton veut, de la racine jar (X chanter » .
Pas si singuliers d'ailleurs ! Pourquoi les Açvins ne chanteraient-ils pas le matin, X, 40, 3? L'auteur du vers YIII,
9, 16 ne ^éclare*t-il pas qu'il s'est éveillé avec la Toix des AoYlns? C'est areo oe chant, comparé au bruit des pierres du pressoir, II, 39, 4 S qu'ils écartent l'incantation de l'en* nemi, III, 58, 2. L'hymne m, M, au premier vers duquel Indra serait représenté « chantant » contient d'autres spécu* lations liturgiques , et nous avons eu Toccasion ' de relever déjà les passages où Indra, vainqueur grâce au chant des sacrificateurs mythiques , fait chorus avec ses compagnons. Les vers VIII, 2, 42^ et 70, 9 sont obscurs. Mais je ne vois pas que Thypothèse de la racine jar « s'approcher» les rende beaucoup plus clairs. Reste l'aurore, dans notre formule, répétée au vers VII, 76^ 6. Mais cette voix divine des Açvins, dont nous parlions tout à l'heure, n'est^Ue pas l'aurore elle-même, la déesse nommée dans le même passage? Plus généralement, l'aurore n'est-elle pas la forme de h parole sacrée dans le ciel, comme le tonnerre est sa forme dans l'atmosphère^? En tout cas l'aurore réveille le monde, et l'idée de voix est étroitement liée à celle de réveil. Enfin, il est remarquable que tous les emplois de la racine jar a chanter » avec le préfixe prati, impliquant l'idée de a réponse » , se rencontrent dans des formules adressées aux Açvins ou à l'aurore, IV, 4S, 5 ; V, 80, 4 ; VH, 67, 4 ; 73, 3 ; 78, 2. Dans le second passage où figure notre formule, prathamâ jarasva, nous rencontrons encore le préfixe pmti, sinon avec la racine jar, du moins avec la racine équivalente îd « invoquer » pour désigner le chant des prêtres. Autant
1. Je considère tad id artham comme une sorte de parenthèse, cf. IX, 1, 5.