‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 407 sur 417 · L*aUe a ailée » ? patatri panxam · texte numérisé non relu

L*aUe a ailée » ? patatri panxam

2. Je ne puis croire que tad soit ici une conjonction équivalente à ajti; ce serait un emploi unique, au moins dans le Aig-Veda. Xen fais simplement un démonstratif que je construis avec pamam.

première partie de la phrase « étant encore dans la matrice ». Le sens de la formule est en somme : u Avant d'être ne, je savais déjà comment tous les dieux sont nés. »

El) bien ! ce paradoxe si nettement formulé n'a pas trouvé grâce devant la méthode « simplifiante » de M. Roth. S'étant proposé comme but de faire, au moyen d'un nombre suffisant de corrections au texte ^ un petit morceau simple et naturel d'un hymne à première vue compliqué et raffiné, il a commencé par supprimer ce premier raffinement qui aurait pu laisser des doutes au lecteur sur l'opportunité du travail qu'il allait entreprendre. Il l'a fait sans correction autexte^ il est vrai, mais, d'une part, en changeant arbitrairement le sens des mots ; de l'autre, en négligeant des analogies qui s'ofi'raient pourtant d'elles-mêmes et devaient imposer à l'esprit d'un védiste aussi consommé la seule interprétation pos-' sible, en un mot, en fermant les yeux à l'évidence.

Selon M. Roth, la « matrice » n'est pas une matrice, c'est la prison du Soma* £h ! sans doute ! la matrice et la prison peuvent ne faire qu'un dans l'esprit de l'auteur de l'hymne^ par la raison que Tapparition de Soma, aussi bien que celle d'Âgni caché, est présentée, tantôt comme une naissance, tantôt comme une délivrance des liens qui le retenaient. Mais il ne résulte pas de là que le mot « matrice » signifie < prison». Ce sera un nouvel exemple, si l'on veut, de cette juxtaposition de formes différentes d'un même mythe dont j'ai eu l'occasion de parler plus haut. Ce sera même, soit dit en passant, un nouvel argument en faveur de mon essai d'interprétation des vers 2 et 3. Mais il vaudrait mieux encore rompre tout lien antre la première et la seconde moitié de la stance que de les rattacher Tune à l'autre par le procédé de M. Roth. Le mot garbhe ne doit pas même être ici considéré isolément: garbhe nu « déjà dans la matrice » est une formule toute faite, signifiant « avant d'être né », qui se retrouve dans un passage où M. Roth n'en contestera probablement pas le sens. Au vers 5 de Thymne X, 10, Yami dit à Yama: ff Notre père^ le dieu Tvash^ri Savit/î nous a faiis mari et femme dans lu uuitrice niênie (avant notre naissance), gar-^ bhe nu. »

Plaçons-nous cependant un instant au point de vue de M. Roth, et admettons, contre l'évidence, que le mot garbha n'éveille nullement ici l'idée de « matrice ». Que signifiera le reste de la formule? Selon M. Roth, le Soma déclare qu'il a

pressenti le voisinage des dienx (qui venaient le délivrer). Mais où donc prendre Tidée de « voisinage » ? Ce n'est pas, jMmaginc, dans le démonstratif eshâm qui a ici, comme an vers I, 68, 2, par exemple, une valeur purement emphatique. Aussi bien M. Roth, en traduisant « In meiner Haft verspfirt' ich vohl die Ahnung der Nâhe voiler Scharen unsrer Qôtter » , nous avertit-il en note que c'est « unsrer » qui traduit e^/idm. L* idée de voisinage est donc sous-entendue? Ou bien est-ce le mot janiman a naissance » qui prend le sens d' « approche » ? Je m'arrête : le terrain manque encore une fois à la discussion.

Mieux vaut d^ailleurs, dans une question aussi simple, procéder par affirmations que par négations. J'ai déjà établi le sens de garbhe nu. La racine vid avec anu s'emploie tout particulièrement pour exprimer la connaissance d'un grand mystère, celle de la fiancée mystérieuse de Soma, I, 34, % Sûryâ, cf. X, 85, 16, celle du Père célébré dans cet hymne plein d'énigmes qu'on appelle le grand hymne de Dirghatamas, I, 464, 18. Enfin « connaître les races ou les naissances n est une expression consacrée, si bien consacrée qu'elle s'est fixée dans un des noms les plus connus d'Agni, Jâtavedas, dont l'étymologie est donnée dans le iKg- Veda même, VI, 45, 13, viçvd veda janimâ jdtaveddh. : « Il connaît toutes les races (ou toutes les naissances), lui Jâtavedas. » Le rapprochement paraît-il cette fois concluant ? Il y a mieux encore : Agni déclare lui-même, au vers III, Sfe, 7 : « qu'il est Jâtavedas de naissance, janmand jdtaveddh . Pour le coup, voilà notre formule même en deux mots.

Il est vrai qu'au vers rv,27, 4, il s'agit, d'après ma propre interprétation, de Soma et non d'Agni. Mais quelle est celle des formules mythiques concernant Agni qui n*a pas été, au moins accidentellement, appliquée à Soma? Soma n'est-il pas, comme Agni, le sage par excellence ? Et puis, qu'importe en somme, pour la question qui nous occupe en ce moment, l'attribution de la formule à tel ou tel personnage mythique ? M. Grassmann l'attribue à l'aigle porteur du Soma. M. Kuhn, autrefois, l'a attribuée à Indra. Le commentateur indien l'avait attribuée à l'auteur même de l'hymne*. Qu'importe encore une fois pour le sens de la formule elle-même ? Car c'est

1. M. Ludwig, d'après une explication de son commentaire, que je reçois à l'instant, l'attribue comme moi à Soma, sans correction au texte. Il l'avait d'ailleurs traduite correctement, ainsi que M. Grassmann.

une formule, les derniers rapprochements le prouvent avec révidence la plus absolue. Elle est de la famille de celles qui fournissent aux ilishis leurs énigmes, X, 32, 3 : « Cela me parait la merveille des merveilles, que le fils connaisse la naissance de ses parents, etc. ^ »

La constatation des raffinements de ce genre est, je crois, l'une des parties les plus solides de mon œuvre, et celle, en tout cas, sur laquelle je suis et sens que je resterai radical, intransigeant, irréconciliable : je vouerai ma vie, si on m'y oblige, à la revendication des droits méconnus du paradoxe védique.

1. C'est-à-dire, dans l'espntdu poète, y ait assiste. Ce vers renferme une seconde énigme : Uxor ducit mahtum. V. II, p. 388.

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