‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 82 sur 417 · I, p. 290 et p · texte numérisé non relu

I, p. 290 et p

chaque sacrifice n'étant offert que par un seul sacrifiant, haciskmaiy les sept sacrifiants, X, 122, 4; — les deux races, 1,131, 3; 141. 11; VI, 1,5; IX, 70, 3; Vâl. 4, 7, qui sont certainement au vers IX, 86, 42, les hommes et les dieux, et les sept races dont il sera question plus bas'.

Or, le rapport des nombres deux et trois avec les divisions de l'univers dans les formules relatives aux différents séjours, aux différentes naissances, aux différentes formes d'Âgni, n'est, je crois, contesté par personne. On aura sans doute admis aussi sans peine une interprétation semblable des mêmes nombres dans les formules qui concernent les mères et les épouses d'Agni. Tout ce qui a été dit d'Âgni a paru également applicable à Soma, et aux mères et aux épouses de Soma qui est, dans la mythologie védique, comme un Sosie d'Agni, et qui semble souvent confondu avec lui dans un personnage mâle non autrement déterminé. Enfin, nous avons reconnu que l'idée d'un sacrifice avait été attachée à la manifestation d'Agni ou de Soma, et des éléments femelles considérés comme leurs mères ou leurs épouses, non seulement sous leurs formes terrei^tres, mais sous leurs doubles et sous leurs triples formes correspondant aux deux et aux trois mondes. C'est déjà une raison de croire que le nombre sept, au moins dans ceux de ses emplois qui sont exactement paraUèles aux emplois des nombres deux et trois, a pu être dans un rapport analogue avec un autre système de division de l'espace.

L'application la plus frappante peut-être qui puisse être faite de ce raisonnement d*analogie est celle à laquelle donnent lieu les sept trésors distribués par Agni, V, 1,5, et par SomaetRudra, VI, 74, I, ou demandés à Indra, II, 19, 7, quand on les rapproche des formules si fréquentes où il est question, non pas simplement et vaguement de deux, VI, 19, 10, ou de trois trésors, mais expressément des richesses du ciel et de la terre, II, 14, 11 ; IV, 5, 11 ; V, 68, 3 ; VI, 59, 9; VU, 97, 10; IX, 14, 8; 19, 1; 29, 6; 63,30; 97,51; 100, 3, cf. Vn, 6, 7 ; 38, 5 ; VIII, 25, 6, ou de la richesse inférieure, de la moyenne et de la supérieure, VII, 32, 16, cf. I, 27, 5 ; VI, 25, 1, c'est à-dire des richesses du ciel, de la terre et de l'atmosphère, IX, 36, 5; 64, 6, cf. III, 51, 5.

Ce n'est pas que les sept prêtres, par exemple, ne puissent être, dans certains cas, sept prêtres humains. Mais les sept

y. p. uo.

prétrçs du sacrifice rëel ne sont que les successeurs des sept Aishis anciens, IV, 42, 8 ; X, 109, 4, des sept sacrificateurs de Manu, X, 63, 7, des sept prêtres qui ont pris part aux exploits mythologiques dlndra, III, 31, 5. Au vers IV, 2, 15, les prêtres actuels souhaitent eux-mêmes de deyenir les sept prêtres anciens, les Ângiras, fils du ciel (cf. les sept chantres nés du ciel, IV, 16, 3), c'est-à-dire de renouveler les exploits des Angiras. Les sept prêtres anciens soat les sept «instituteurs», dhâivi, du sacrifice, IX, 10, 3, ceux qui, comme les Ayxis, ont institué Agni sacrificateur selon les sept lois, dhâm^n, IV, 7, 5, cf. IX, 102, 2, et le vers X, 130, 7, les appelle expressément les sept Aishis « divins ». C'est naturellement à cette conception de sept fondateurs du sacrifice que nous nous référons dans notre tentative de préciser la valeur mythologique des formules telles que a les sept prêtres ».

Quelques explications seront aussi nécessaires sur la formule des « sept rivières ». On adm^t généralement que les ^ryas de la période védique désignaient ainsi le pays qu'ils habitaient. Mais sans le témoignage des inscriptions de Darius, d'où il résulte que les anciens Perses donnaient en effet ce nom à Tlnde, et à ne consulter que les hymnes védiques, on pourrait presque douter que la formule en question ait jamais eu aucune signification géographique. En tout cas, Torigine en est purement mythique, et le passage même où Ton peut prétendre avec le plus de vraisemblance qu'elle désigne le pays des ilryas, VIÛ, 24, 27, est calqué sur ceux qui décrivent les victoires d*Indra au milieu des rivières célestes. Au vers X, 49, 9, les sept rivières qu'Indra fait couler sur la terre sont sans doute les mêmes sept rivières qu*il délivre en combattant le démon, I, 32, 12 ; II, 12, 3 et 12 ; IV, 28, 1 ; X^ 67, 12, et qui accroissent ses propres forces, X, 43, 3. Tout essai d'interprétation du nombre sept dans son application aux rivières doit porter exclusivement sur les rivières mythologiques.

Les sept rivières semblent, au vers I, 141, 2, réunies dans un seul et même monde, celui de Tatmosphère. Dans ce passage, Tun de ceux où sont énumérées les trois naissances d'Agni que nous avons coutume de rapporter aux trois mondes, le poète place la seconde naissance du feu chez les sept mères, ou, ce qui revient au même, dans le langage des Aishis, chez des mères sept fois propices. Ces

sept mères paraissent bien être les mêmes que Fauteur du Ters IX, 70, 4, appelle les mères « du milieu », c'est-à-dire sept rivières atmosphériques.

Mais Tattribution faite à un seul monde d'ua groupe dont la formation répond, selon nous, à un système de division de Tuoivers entier^ n*a rien de contradictoire avec notio théorie. Nous pouvons citer tel exemple de cet emploi secondaire d*un nombre, où il n*est possible d'entretenir aucun doute sur r origine du nombre lui-même. Les trois naissances d*Agni ont certainement été rapportées d'abord aux trois nombres. Il est cependant question au vers IV, 1, 7, de trois naissances a suprêmes » d'Agni, comme au vers V, 47, 4, de c triples vaches suprêmes ». On comprendrait parfaitement que de l'idée de sept femelles et de sept rivières correspondant aux sept mondes on fût passé pareillement à celle de sept femelles « du ciel », I, 72, 8 ; m, 1, 6, cf. 4, ou de sept rivières atmosphériques.

De même, en effet, que des systèmes de division appliqués d'abord à l'univers entier l'ont été ensuite à ses diverses parties, le nombre des formes d'un même élément donné par un de ces systèmes pouvait aussi être attribué secondairement à chacun des mondes. Quelquefois même, comme les nombres primitifs des mondes ont été multipliés l'un par lautre, ceux qui expriment la somme des formes d'un même élément dans différents systèmes de division de l'univers Tont été également. Le vers X, 45, 2, pourrait être entendu en ce sens qu'Agni a trois fois trois formes. En tout cas certaines formules substituent aux sept places d'Agni trois fois sept places qu'il embrasse dans son immensité, I, 72,. 6, aux sept trésors, trois fois sept trésors, I, 20, 7; Vâl. 11,5^ aux sept vaches, trois fois sept formes de la vache, Vn, 87, 4, trois fois sept femelles traites ou tétées par Soma, IX, 86, 21, et aux sept rivières, trois fois sept rivières, X, 64, 8. Au vers X, 114, 7, le sacriâce, assimilé à un char, que « sept » sages conduisent par la parole, et qui a « quatorze » autres «grandeurs », paraît être un sacrifice à vingt et une formes.

II est vrai que les vingt et une formes de la vache sont au vers IV, 1, 16, appelées trois fois sept formes « suprêmes », et qae le vers IX, 70, 1, nous montre trois fois sept vaches donnant leur lait à Soma « dans le ciel antique x> . Au vers Vni, 58, 7, le sacrificateur souhaite d'être réuni dans le « séjour de l'ami », c'est-â-dire dans le monde de l'immorta-

lité où règne Soma, à trois fois sept personnages, non autrement désignés, mais qui sont vraisemblablement vingt et un sacrificateurs mythiques. D'autre part, les rivières qui coulent « triplement sept par sept », c'est-à-dire les vingt et une rivières figurent au vers X, 75, 1 en tête d'un hymne consacré aux rivières réelles; d'où on pourrait conclure que les /Kshis ont quelquefois compté, non seulement sept, mais vingt et une rivières terrestres.

Ainsi après cette opération de l'arithmétique mythologique, qui consistait à répéter un nombre donné par un système particulier de division de l'univers autant de fois qu'il y avait de mondes dans un autre système, il faut en tout cas admettre une application des nombres ainsi formés, qui semble impliquer un complet oubli de leur signification supposée. Cependant, même quand l'un des nombres qui nous paraissent correspondre à l'ensemble des mondes est confiné, s'il est permis de parler ainsi, dans un seul monde, au lieu d'être répété pour chacune des parties de l'univers, la tendance qui perlait les /îishis à faire de toutes leurs formules arithmétiques autant d'expressions de Vubiquité des éléments de leur mythologie, ne perd pas toujours ses droits. 11 arrive alors quelquefois que par une addition analogue à celle que nous avons étudiée dans la seconde section de ce chapitre, mais pour un objet inverse, ils augmentent d'une unité le nombre transporté dans le ciel ou dans l'espace invisible, afin de rendre à la terre ou à l'espace visible la part qui doit leur appartenir dans la formation de tout groupe mythique.

J'explique ainsi les quatre pieds du Purusha, dont trois sont dans le ciel et un sur la terre, X, 90, 3 et 4. Le nombre des pieds d'un être mythique est ordinairement le même que celui de ses divers séjours. La parole vâc, a aussi quatre places ou séjours ; trois sont cachés, le quatrième est celui de la parole humaine, I, 164, 45. On peut comparer encore le « remède » unique de la terre opposé aux deux et aux trois remèdes du ciel, X, 59, 9. Enfin, au vers 40 de l'hymne nuptial X, 85, l'époux mortel est appelé le « quatrième » époux, par opposition aux époux divins de la fiancée. Ne serait-il pas permis de voir là une nouvelle trace de l'usage mythique qui consistait à attribuer à la terre la dernière unité du nombre quatre en réservant les trois premières au ciel ? L'énumération des époux divins, Soma, Gan-

dliar?a, Agni, poorrait . bien ii*étre qu'une interprétation secondaire d'une triade céleste d'abord indéterminée *.

L'objet de toute la discussion qui précède était de prévenir les objections qui pourraient être tirées de certains emplois dtt nombre sept contre notre idée de chercher un rapport entre les divers groupes mythiques auxquels il a été appliqué et la division septénaire de l'univers. Cette idée nous avait paru naturellement suggérée par l'usage entièrement analogue que les Aishis font du nombre sept, d'une part» et des nombres deux et trois de l'autre, dans des formules où le rapport des nombres deux et trois avec les deux et les trois mondes a pu être directement établi. Elle va être appuyée sur des analogies nouvelles. Ce ne sont pas seulement les nombres deux et trois qui s'échangent dans les formules mythiques avec le nombre sept. Ce sont aussi les nombres quatre et cinq, donné?, l'un par la division de l'univers en quatre régions déhmitées par les quatre points cardinaux^ l'autre par le nombre précédent, augmenté, ainsi que nous l'avonsvu, d'une anité correspondant à Tespace invisible.

En regard des deux, des trois, des sept assemblées, des (lenx races et des sept races, nous rencontrons, et même beaucoup plus souvent, cinq races, II, 2, 10 ; IV, 38, 10; V, H6, 2; VI, 61, 12; VII, 15, 2; 75, 4. Les cinq races invoquent Indra, yill, 52, 7, et on peut entendre en ce sens Tépithète pincajanya appliquée à ce dieu, I, 100, 12; V, 32, 11.

Quand la mêmeépithète est appliquée à Âgni^ IX, 66, 20*, à Àgni que les cinq races honorent pareillement de leurs sacrifices, X, 45, 6, elle offre un intérêt particulier. Agni en effet n'est pas seulement, comme Indra, l'objet d'un culte ; il est lui-même l'instrument de ce culte, et dire de lui qu'il est honoré ou «oint» VI, 11, 4, par les cinq races, c'est en somme lui attribuer autant de séjours, à côté des deux, des trois et des sept séjours que nous lui connaissons déjà. La même observation paraît applicable aux passages concernant

1. Kong avons expliqué les quatre formes d'Indra par l'addition d'une Qnité correspondant au monde invisible. C'est au contraire en tant qu'il ^'oomplit ses exploits dans le monde visible qu'il paraît mériter le nom <le quatrième Jdit>a, Vàl. 4, 7. Le nombre des ildityas étant porté de trois à sept, on a opposé de même aux sept ildityas, que leur mère Aditi a emmenés chez les dieux, un huitième ilditya, Mârtàn^a, qu'elle a rejeté, i^« 72* Set 9). Mais Tinterprétation de ce mythe ne pourra être donnée Avec qaelque clarté que dans la quatrième partie (III, p. 107).

S. Et à Atri, traité dans la mythologie védique, ainsi que la plupart des anciens prêtres, comme une personnification d'Agni, I, 117, 3.

les rapports de Soma avec les cinq races, IX, 92, 3. Il est en effet « préparé » par ces ciaq races, IX, 14, 2, cf. 65, 23.

Le nombre cinq est également employé dans les formules concernant les femelles mythiques et y joue un rôle analogue à celui des nombres deux, trois et sept. Ainsi il est question au vers X, 55, 2, de cinq « amantes » dont Tamant parait étr^' Soma ^

Au lieu de cinq, c'est quatre femelles seulement qui figurent comme « donnant du beurre » au vers 5 de Thymne IX, 89 à Soma. Elles rappellent les quatre mondes dont Soma se revêt, opposés au « ciel antique » où trois fois sept vaches lui donnent leur lait, IX, 70, 1, et les quatre sources qui distillent le beurre au bas du ciel, opposées au troisièaie monde, IX, 74, 6, c'est-à-dire les quatre points cardinaux. Au vers VIII, 89, 10, les quatre femelles qui donnent leur lait sont opposées à peu près de même à la « place suprême » de la parole.

Il y a aussi en regard des deux mers, de la Sarasvatî aux trois séjours et des sept rivières, quatre rivières, I, 62, 6, correspondant évidemment aux quatre points cardinaux, et appelées ainférieures» , sans doute par opposition au cinquième point cardinal, c'est-à-dire au ciel ou au monde invisible.

Après les sept trésors, les trésors des deux et des trois mondes, il faut pareillement citer les quatre mers de la richesse, IX, 33, 6, cf. X, 47, 2, et les richesses des cinq races, I, 176, 3, cf. I, 7, 9; VI, 46, 7.

Gomme il y a deux, trois et sept prêtres ou Aishis, il y a aussi cinq prêtres, appelés tantôt les cinq hoiri, II, 34, 14, cf. V, 42, 1, tantôt les cinq adhvuryu, III, 7,7. Nous avons déjà* rapporté à ces cinq prêtres les dix bras dont il est question au vers VIII, 90, 13. Il est très possible que Tauteur du vero V, 47, 4 ait pareillement entendu assimiler à des prêtres les quatre personnages, correspondant sans doute aux quatre points cardinaux, qui donnent asile au mâle représentant Agni ou Soma. Ces quatre personnages étant du sexe masculin ne peuvent guère représenter directement les points cardinaux eux-mêmes, et, dans le même vers, les dix qui nourrissent le mâle, et qui ne peuvent être que les dix doigts, éveillent naturellement, comme dans toutes les formules analogues, ridée d'un sacrifice.

Page 1