Voir I, p. «7i
Il faut d'ailleora repéter pour le nombre cinq les observations que nous avons faites précédemment pour le nombre sept, et qui étaient applicables aussi au nombre trois. Qaoiqu<i donné par gn système de division appliqué à Tu ni vers en* tier, il a pu être secondairement attribué à un seul monde, soit au ciel, soit à la terre. Je ne connais aucun passage du Aig-Veda où il soit nécessaire de considérer les cinq sacrificateurs comme cinq prêtres réels. En revanche, le vers 1, 105, 10, place ensemble au milieu du ciel cinq taureaux, qui, dans UD hymne consacré à des spéculations sur le sacrifice, éveillent naturellement Tidée des cinq sacrificateurs ^ . Mais c'est surtout la formule 'les cinq races qui donne lieu à des remarques intéressantes.
Nous avons déjà signalé ^ Tinterprétation d'après laquelle les cinq races seraient cinq races humaines, la cinquième, ou race du milieu, n'étant autre que la race même des ilryas. Or il est vrai que les cinq races semblent aux vers I, 89, 10; m, 59, 8, opposées aux dieux, et qu'elles sont en d'autres passages expressément appelées les races « humaines », VII, 79, 1, dont le séjour s'oppose à l'atmosphère et au ciel, VIII, 9, 2. Mais d'autre part les vers VI, 51, II; X, 53, 4 et 5, où les cinq races figurent au nombre des divinités invoquées, et le vers X, 60,4, qui les place formellement dans le ciel, prouvent que les Aishis ont compté cinq races divines aussi bien que cinq races humaines. Les premiers passages cités ne peuvent donc être invoqués contre notre interprétation du mythe des cinq races. L'opposition des cinq races humaines et des cinq races divines nous fournit seulement un nouvel et frappant exemple des applications secondaires qui peuvent être faites d'un nombre exprimant d'abord l'ensemble des parties de l'univers. Les cinq races, d'après toutes les analogies, n'ont pu être d'abord que les races de l'univers entier, comprenant les dieux et le^ hommes, à savoir les races des quatre points cardinaux, et une cinquième race identique à celle que le vers IV, 42, 1 appelle la « race de l'enveloppe supérieure» et sur laquelhi règne VaruiMi.
Nous pouvons maintenant revenir à un emploi du nombre sept auquel nous n'avions fait plus haut qu'une allusion, et
1. Cf. les taureaux du vers III, 1, 7, identiques aux sept prâtres et aux «119 adhooi-ifus mentionnés dans le même vers. ». P. 1«7,
comprendre Torigine de l'épithète saplapnànusha appliquée à Âgni au vers VIII, 39, 8. Elle rappelle répithète jMxncajanya, et, comme les cinq races, les « sept races» qui honorent Agni S ont pu ne dc^venir sept races « humaines» que par une application secondaire d'un nombre appliqué d'abord aux races de l'univers entier. De plus, nous lisons au vers VI, 7, 6, que tous les êtres croissent sur la tête d'Agni Vaiçvànara comme sept branches. Voilà donc bien sept races comprenant tout ce qui existe.
S'il est intéressant de comparer les emplois analogues que les Aishis font des différents nombres, il ne Test pas moins d'observer les rapports que les différentes espèces de formules où figurent ces nombres peuvent et doivent avoir entre elles.
Dans le langage mythologique, c< trésor » et a nourriture » sont des termes essentiellement équivalents. Si donc la nourriture a «sept places» différentes, VIII, 61, 16, il est vraisemblable que les sept trésors viennent aussi de sept lieux différents, qui ne peuvent être que sept mondes. Et comme c'est, toujours dans la langue des Aishis, des eaux que vient toute nourriture, il est permis de croire à un rapport entre les sept places de la nourriture et les sept rivières.
La ressemblance est bien plus grande encore entre les sept rivières et l'a océan à sept fonds », dont Indra et Agni épanchent les flots, VIII, 40, 5, et qui doit lui-même être rapproché de retable mugissante « à sept bouches » qu'ouvrent les Acvins, X, 40, 8. Or, à supposer même que cet océan représentât une seule des trois grandes divisions de l'univers» l'atmosphère, l'expression « à sept fonds » impliquerait eu tout cas ridée de sept espaces superposés obtenus par un système de division qui^ avant d'être appliqué à l'atmosphère seule, l'avait été à l'univers entier.
On ne peut non plus séparer les sept rivières qu'Indra délivre en tuant le serpent, I, 32, 12; II, 12, 3 et 12; IV, 28, 1 ; X, 67, 12, des sept forteresses, I, 63, 7; VI, 20, 10 ; VII, 18, 13, d'où elles coulent après la victoire d'Indra, I, 1,74, 2, et des sept pentes sur lesquelles s'étendait le serpent qui les retenait, IV, 19, 3. Ces sept pentes elles-mêmes rappellent les sept pentes par lesquelles Soma s'élève dans le ciel, IX, 54, 2, et paraissent correspondre à sept mondes superposés.
1 . Si même les races appelées mânushîh. ne sont pas simplement les races issues de Manus, père des dieux aussi bien que des hommes (voirl, p. 69).
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CTest ainsi qu'au vers VI, 47, 4, les k trois » pentes où Soma entretient une douce liqueur sont évidemment identiques aux trois mondes du ciel, de la terre et de Tatmosphère nommés dans le même vers. Même rapport sans doute entre les trois fois sept rivières, X, 64, 8, et les trois fois sept plateaux de montagnes, VIII, 85, 2.
Les sept offrandes et les sept prières sont dans un rapport évident avec les sept prêtres ou Aishis. La chose est directe* ment prouvée pour les prières par des formules telles que les a sept chants des Aishis » retentissant pour Soma, IX, 103, 3, cf. 62, 17, ou les « sacrificateurs aux sept sœurs », IX, 10, 7.
n 7 a nne relation tout aussi certaine entre les sept prê<tres et les sept « chaînes » tendues par les « sages » pour « tisser » le sacrifice, considéré comme une étoffe, I, 164, 5. Ces sept chaines,tendues sur un « veau » représentant Agni, deviennent au vers II, 5, 2, autant de rênes ^ tendues sur le même Agni, qui est appelé là le conducteur du sacrifice. La seconde figure implique Tassimilation, d'ailleurs fréquente, dn sacrifice à un char. C'est encore le char du sacrifice que le vers VI, 44, 24 nous montre attelé par Soma, et conduit avec sept rênes. Les sept rênes sont, aux vers 9 et 10 de rhjmne I, 105, rapprochées des cinq taureaux dans lesquels nous avons reconnu les cinq adhvarytis^oe qui confirme Tidée d'un rapport avec les sept prêtres. De ce qu'elles semblent là réunies dans le ciel, comme les cinq adhvaryus eux-mêmes, il n'j aurait, ainsi que nous l'avons remarqué pour ceux-ci, rien à conclure contre le système général d'interprétation que nous cherchons à justifier. Au vers III, 6, 2, « les chevaux à sept langues » paraissent être les sept prêtres eux mêmes, les prêtres aux sept prières, traînant le char du sacrifice.
Le soleil aussi a sept rênes', VIII, 61, 16, et sept che« vaux, V, 45, 9, ou cavales appelées Harits, I, 50, 8 et 9 ; IV, 13, 3 ; VII, 60, 3, et, en raison de l'action attribuée au sacrifice sur les phénomènes, on conçoit également la possibilité d'un rapport entre les sept rênes ou les sept chevaux et les sept prêtres'. Nous avons constaté déjà l'assimilation des Harits aux dix doigts *. Il ne paraîtrait pas plus étrange
*• Sur la haitième rêne, voir plus bas, p. 144.
S. Le mot raçmi ne désigne les rayons du soleil (et de Taurore) qu*en ▼ertnde Tassimilation de ces rayons à des rênes. Le sens de « rênes » est le seol primitif.