‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 53 sur 81 · I. C’est, à ce qu’il semble, le prêtre qui parle · texte numérisé non relu

I. C’est, à ce qu’il semble, le prêtre qui parle

pour celui qui a sacrifié et qui veut sacrifier encore ; vers celui qui donne, qui est bienfaisant, les gouttes de beurre précieuses coulent de toutes parts.

5. « Il s’élève au sommet du ciel ; celui qui donne va chez les dieux ; pour lui les eaux, les rivières roulent des flots de beurre ; pour lui cette1 dakshinâ est toujours féconde.

6. « Ces splendeurs appartiennent à ceux qui donnent la dakshinâ ; à ceux qui donnent la dakshinâ appartiennent les soleils dans le ciel ; ceux qui donnent la dakshinâ ont en partage l’immortalité ; ceux qui donnent la dakshinâ prolongent leur vie.

7. « Que ceux qui donnent échappent aux dangers, au mal ! Que les bienfaiteurs fidèles à la loi ne vieillissent pas ! Qu’un autre serve à les protéger! Que les chagrins aillent à celui qui ne donne pas ! »

Aux passages qui promettent une magnifique récompense à ceux qui donnent une riche dakshinâ, on en pourrait ajouter d’autres où le salaire du sacrifice n’est pas désigné par son nom technique: « Celui qui accueille les hymnes avec un présent », dit l’auteur du vers I, 54, 7, « pour celui-là, un torrent se gonfle au-dessous du ciel » ; « Celui-là, » dit à Agni un autre poète, IV, 4, 6, « celui-là connaît ta bienveillance, ô le plus jeune des dieux, qui a prêté assistance (littéralement, qui a frayé la voie) à un prêtre tel que moi. »

Les textes concernant les rapports des prêtres avec ceux dont ils accomplissent le sacrifice, témoignent déjà de l’extrême importance attachée au fait matériel de la cérémonie. Ils nous ont préparés à comprendre ceux qui attribuent aux prêtres, ou plus généralement à ceux qui accomplissent le sacrifice, une action directe et en quelque sorte magique sur les phénomènes célestes.

Une telle puissance est, il est vrai, célébrée principalement chez les sacrificateurs du passé, et la confusion fréquente de ces sacrificateurs avec les dieux peut sembler au premier abord une explication suffisante des passages qui leur attribuent des œuvres analogues à celles des vrais maîtres du ciel. On ne peut nier en effet le caractère équivoque d’un bon nombre de textes, où les phénomènes célestes sont rapportés à des agents qui semblent participer de la nature des « pères »

Celle-ci , c’est-à-dire, non pas la dakshinâ des dieux, mais le salaire du sacrifice qui procure les biens célestes.

et de celle des dieux. Nous ne parlons pas de ceux où les personnages qui ont ouvert les portes (célestes), 1,69, 10, qui ont fait le soleil, VII, 62, 1, où les sages qui l’ont conduit, V, 45, 10, qui l’ont conquis ainsi que les eaux, I, 146, 4, qui ont trouvé (cf. ci-après) le ciel et la terre, III, 54, 4, où les mâles qui portent le fils des eaux, I, 186, 5, ne sont pas même désignés comme des sacrificateurs. Mais dans l’hymne I, 72, par exemple, ceux qui ont fait les deux yeux du ciel (v. 10), c’est-à-dire sans doute le soleil et la lune, qui ont trouvé le ciel et la terre (v. 4) et par l’opération desquels cette dernière a été « étendue » (v. 9), qui ont découvert les sept portes célestes de la richesse (v. 8), sont, comme nous avons eu déjà l’occasion de le remarquer, assimilés tantôt aux dieux par les épithètes amvitàh, « immortels » (v. 2, 10), yajniyüsah , « dignes du sacrifice » (v. 4 *, 6), tantôt aux pères par celles de svàdhyah, « pieux » (v. 8), de dhiyamdhàh, « faisant la prière » (v. 2), par la mention du sacrifice qu’ils accomplissent (v. 3, 5), et sui’tout par celle de la métamorphose qu’ils ont subie en abandonnant leurs corps (v. 3, 5), (cf. encore v. 9). L’équivoque signalée subsistera donc dans les passages où les fils qui ont engendré leurs parents, c’est-à-dire le ciel et la terre, I, 159, 3 ; cf. 4, où les personnages qui ont ouvert les portes icélestes), VII, 2, 5, sont appelés « les sages aux belles prières » ou « les pieux », avec une allusion d’ailleurs assez claire au sacrifice (cf. encore X, 11, 3; Vàl. 11,6) -. Les dieux ne sont-ils pas sous ce nom même comparés à des ascètes 1 2 3 dans un passage, X, 72, 7, où il est dit qu’ils ont rapporté le soleil qui était caché dans la mer ? Les sept rishis qui ont participé à l’œuvre du créateur Viçvakarman, célébrée dans l’hymne X, 82, ne sont-ils pas aussi vraisemblablement les sept rishis divins dont il a été déjà question?

1. Au vers I, 72, 4, le nom de rudriyùh. parait même les assimiler particulièrement aux Maruts, tandis qu’au vers 8 la mention de Saramâ suggère plutôt l’idee des Angiras.

2. La teneur générale de l’hymne VIII, 29, composé de vers dont chacun décrit un dieu, ou un groupe de dieux, sans le nommer, est la seule raison que nous ayons de rapporter à des dieux, et de préférence aux Maruts, plutôt qu’aux pères, le vers 10 : i Quelques-uns, en chantant, ont inventé un grand sâman par lequel ils ont fait briller le soleil. »

3. Yaiaynh. Le mot ynti est considéré comme un nom propre par MM. Roth et Grassmann. Il est vrai qu’il est dans les vers VIII, 3,9 et <>, 18 construit parallèlement au nom de Blirign ou des Bhrigus. Mais le sens étymologique en aurait été en tout cas « ascète. »

Cependant, que les personnages conçus comme ayant exercé une action sur les phénomènes célestes soient des dieux ou des hommes, l’assimilation de ces personnages à des sacrificateurs garde tout son intérêt pour le sujet qui nous occupe. L’idée de la toute-puissance du sacrifice est en effet, comme nous l’avons remarqué d’avance, une de celles qui expliquent le mieux le mythe du sacrifice céleste. Elle peut même seule en rendre compte quand il est présenté, ainsi que nous le verrons plus bas, comme le principe des choses, ou quand le vers X, 88, 8 nous le montre protégeant les dieux qui viennent de l'instituer : « Les dieux ont institué (littéralement, engendré) d’abord la récitation de l’hymne, puis Agni, puis l’offrande : ce sacrifice est devenu leur protecteur: le ciel en est témoin, et la terre, et les eaux. » Nous continuerons donc à citer les textes relatifs aux résultats atteints par les pères dans leur sacrifice, sans insister davantage sur la confusion possible de ces pères avec les dieux.

Il n’en est pas de plus remarquable qu’un fragment que nous allons emprunter à l’hymne IV, 1 . Ce fragment donne aux pères la qualification de manushyâ h, « humains » (v. 13), et cette mention expresse de leur nature primitive suggère naturellement l’idée qu’ici du moins, le sacrifice dont il s’agit est bien un sacrifice terrestre. Je le traduis en entier bien qu’il renferme des termes mythologiques non encore étudiés. Ces termes s’expliquent d’ailleurs à l’avance par le contexte même qui nous offre le nom vulgaire des aurores à côté de celui des vaches qui les représentent et de la mention de la caverne qui est censée les retenir. — IV, 1, 13 : « Nos pères humains se sont placés ici, empressés à accomplir la loi ; ils ont, en les appelant, fait sortir de la caverne, de l’étable de pierre où elles étaient renfermées, les vaches aurores bonnes laitières. — 14. Ils se sont ornés en fendant la pierre; que les autres proclament cet exploit qu’ils ont accompli ! Maîtres du bétail, ils ont chanté un hymne, ils ont conquis la lumière, ils ont fait entendre des prières et des supplications. — 15. Désirant les vaches, les héros, les Uçij ont, avec la parole divine, ouvert la pierre solide et bien jointe qui entourait les vaches et les retenait, la caverne solide pleine de vaches. — 16. Ils ont imaginé le premier nom de la vache : ils ont trouvé les trois fois sept noms suprêmes de la mère ; connaissant cela, les troupes ont fait retentir une acclamation :

la vache rouge est apparue dans sa gloire \ — 17. L’obscurité confuse a disparu; le ciel a brillé; la splendeur de l’aurore divine s’est levée; le soleil s’est étendu dans les champs élevés, distinguant chez les mortels ce qui est droit de ce qui ne l’est pas... »

On aura remarqué que les pères qui, par leur sacrifice, ont fait lever le jour, sont au vers 15 désignés par le nom à’ uçij dontj’ai cru pouvoir dire, sinon qu’il est toujours nom propre, au moins ou’il est en voie de le devenir. Nous lisons encore aux vers VII, 90, 4 et X, 45, 1 1 , que les Uçij ont ouvert l’étable des vaches. Mais dans le premier, le contexte indique que le résultat de cet exploit a été l’écoulement des eaux aussi bien que l’apparition des aurores, en même temps d’ailleurs que l’épithète didhyânà h, « priant » offre une nouvelle allusion au sacrifice. Dans le second, les Uçij accomplissent leur œuvre avec Agni. Ailleurs ce sont les /lyus qui fendent l'étable des vaches, X, 74, 4. Mais c’est surtout sous le nom d’Angiras que les pères figurent dans le mythe dont il s’agit. Je réserve les passages qui leur donnent le dieu Indra pour compagnon et pour chef, ainsi que ceux où ils empruntent le secours de Saramâ, personnage qui doit faire le sujet d’une étude particulière. On trouvera dans la section consacrée à Brihaspati ceux qui les associent à ce dieu, nommé luimême Angiras, et plus souvent /lugirasa. Il m’en reste pourtant plusieurs encore à citer ici. I, 71, 2 : « Nos pères Angiras ont avec leurs hymnes brisé les forteresses les plus solides; ils ont avec ce bruit brisé la pierre; ils nous ont ouvert une voie qui part du haut du ciel ; ils ont conquis le jour, la lumière, l’étendard (du jour), les vaches. » — IV, 3, 11 : « Ils ont selon la loi fendu et séparé en deux parties la pierre ; les Angiras ont uni leurs acclamations au mugissement des vaches; les héros ont heureusement assiégé l’aurore ; la lumière a paru quand Agni fut né1 2. » — VI, 65, 5 : « C’est à cette heure, ô aurore ! habitante de la montagne de pierre ! que les Angiras célèbrent les étables de vaches; ils les ont fendues avec leur hymne, avec leur prière; l'invocation adressée aux dieux par les héros a été efficace. » Dans l’hymne X, 62, sur les Angiras, nous lisons au vers 2

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