L'aurore. Voir chapitre III
2. S'il faut rattacher à ce vers celui qui le suit, le résultat de l’œuvre des Ahgiras n’a pas été seulement l’appari'ion de l’aurore, mais encore l’écoulenient des eaux.
que ces pères ont fait sortir la richesse composée do vaches et fendu la caverne selon la loi, et au vers 3 qu’ils ont selon la loi fait monter le soleil dans le ciel, et étendu (sous lui, cf. V, 85, 1) la terre mère. D’après le vers I, 83, 4, le bétail, comprenant des chevaux et des vaches, que les Angiras ont conquis par leurs œuvres pies, en allumant le feu sacré, a été ravi par eux au Pani. Nous retrouverons ce détail dans la forme particulière du mythe où figure Saramâ. C’est sans doute parce qu’ils ont chassé les ténèbres au moyen de leur sacrifice, que l’Aurore est appelée angirastamâ, VII, 75, 1 ; 79, 3, « la plus semblable aux Angiras, » comme dissipant l’obscurité. Le vers IV, 51, 4, d’après lequel l’aurore a brillé chez (pour) Angiras, comme elle a brillé pour Navagva, pour Daçagva, paraît faire encore allusion au même mythe. J’en dirai autant du vers X, 169, 2, portant que les Angiras ont « fait » les vaches par leur ascétisme1.
Il est dit encore au vers VII, 76, 4, que les pères ont trouvé la lumière cachée, et qu’avec leurs formules efficaces ils ont engendré l’aurore. Le vers X, 107,1, parle de la lumière donnée par les pères. Enfin, d’après le vers X, 68, 11, qui paraît d’ailleurs les associer à Brihaspati, les pères ont orné le ciel d’étoiles, donné l’obscurité à la nuit et la lumière au jour.
L’action exercée par les anciens rishis sur les eaux du ciel est exprimée par une image saisissante au vers I, 88, 4 : « Les Gotamas, faisant la prière, ont avec leurs hymnes renversé le réservoir d’eau pour le boire. » Les vers X, 98, 5 et 6 ne sont pas moins curieux : « 5. Le rishi Devâpi, fils de /fishfishena, s’étant chargé des fonctions de sacrificateur et sachant se concilier la bienveillance des dieux, a répandu les eaux divines de la pluie de la mer supérieure dans l’inférieure. — 6. Les eaux étaient retenues par les dieux dans cette mer supérieure ; elles ont coulé, répandues, lancées par Devâpi, fils de /hshfishena »
Mais ce n’est pas seulement aux anciens rishis qu’est attribuée une action de ce genre sur les phénomènes célestes. Les nouveaux se croient doués de la même puissance, ou au moins capables de l’acquérir. Dans l’hymne IV, 2, qui suit immédiatement celui auquel nous avons emprunté tout à
1. D’après le versl, 139, 7, la vache a été donnée aux Awgiras par les dieux. Le vers VII, 52, 3 fait peut-être allusion au même don.
l’heure un assez long fragment sur les résultats du sacrifice des pères, nous lisons au vers 15 : « Puissions-nous devenir les sept prêtres de la mère aurore, les premiers pieux1 2... Puissions-nous devenir les Angiras fils du ciel, et briser, resplendissants, la pierre qui renferme des trésors ! » Nous savons déjà que le résultat de cet exploit des Angiras a été le lever du jour, et les vers IG et 17, outre des détails que nous retrouverons en temps et lieu, renferment des allusions assez claires au même mythe ; nous y lisons que les pères anciens, en observant la loi, en récitant des hymnes, ont délivré les vaches rouges, c’est-à-dire les aurores, dont ils avaient assiégé l’étable. Or le vers 19 constate que leurs descendants ont atteint le même résultat, que par conséquent leur voeu, formulé dans le vers 15, a été rempli: « Nous avons fait pour toi (le sacrifice) », disent-ils àAgni, « nous avons accompli une belle œuvre ; les aurores resplendissantes ont brillé selon la loi ; (c’est ce que nous avons obtenu) en purifiant le bel éclat d’Agni, du dieu sans défaut qui brille en mille lieux. - »
Comme les sacrificateurs souhaitaient dans le passage précédent de devenir des Angiras, c’est-à-dire d’exercer sur les phénomènes célestes la même action que ces personnages légendaires, nous les voyons au vers X, 53, 4, exprimer le vœu, encore plus hardi, de devenir des dieux triomphant des Asuras par la puissance de la parole, et sans doute aussi par celle de cette langue du sacrifice dont il est question au vers précédent, et qui n’est autre que le feu sacré : « Nous
1. Nrîn parait inexplicable en ce passage comme en plusieurs autres. Il semble que cette forme se soit souvent introduite abusivement dans le texte de certains hymnes, à la fin d'un pâda, à la suite de mots qui la précédaient ailleurs dans des formules consacrées. C'est ainsi que la formule sûryo nr in, explicable au vers III, 14, 4, (où les deux accusatifs sont en apposition), aurait été transportée au vers I, 146. 4 où nrin est inexplicable. Même observation sur la formule luvirâdhaso nrin au vers V, 58, 2 d’une part, au vers IV, 21, 2 de l'autre, sur celle de tvâvalo nrin, explicable au vers II, 20, 1, par la construction du verbe yaj avec deux accusatifs, mais non plus au vers X, 29, 4, et surtout sur celle de clivo nrin, VI, 51, 4 (cf. divo ?iarnh), reproduite mal à propos au vers VI, 2, 11, et même, je crois, au vers V, 80, 6, imitée enfin dans la formule divù nrin du vers VI, 3, 6, où le second mot n’a pas de sens. Je suppose que nrin s’est introduit à la suite de vedhnso dans notre passage par l’analogie de la formule twiirâdhaso nrin déjà citée, et des formules du même genre mi\hushn nrin, I, 169, 6, dtiçusho nrin, VIII, 73, 3, sedusho nrin, V, 15, 2.
2. Au vers IV, 5, 13 au contraire, ils attendent avec impatience le même résultat: « Quand les deesses, épouses de l'immortel, quand les aurores nous couvriront-elles de la couleur du soleil ? »
avons trouvé la langue cachée du sacrifice. » Les Asuras sont en cette occasion, de môme qu’en quelques autres1, des adversaires des dieux, comme ces druhs ennemies d’Indra, qu’au vers I, 133, 1, un prêtre se vante de brûler lui-même, purifiant ainsi les deux mondes.
Aux vers X, 101 , 5 et 6 les mots « Tirez les outres, ramenez les courroies... préparez l’outre » sont peut-être adressés à des dieux, (ainsi que le vers 7 tout entier, cf. 1 ; 2 et 9, voir p. 116); mais les sacrificateurs ajoutent, avec une hardiesse qui rappelle le vers cité plus haut sur l’exploit des Gotamas, à cela près que l’image du vase qu’on renverse est remplacée par celle d’un puits qu’on vide : « Vidons le puits plein d’eau, abondant, inépuisable » (vers 5), et ensuite (vers 6) : « Je vide le puits muni de bonnes courroies, plein d’eau, abondant, inépuisable. » Ce puits inépuisable est le réservoir des eaux du ciel.
Mais aucun texte ne témoigne mieux de la croyance à une action magique de l’homme sur les eaux du ciel que le vers X, 32, 7, où cette croyance est exprimée d’ailleurs en termes généraux, applicables à l’homme actuel aussi bien qu’à ses ancêtres réels ou mythologiques : « L’ignorant a interrogé le savant; instruit par le savant il agit; et voici le profit de l’instruction; il obtient (littéralement, il trouve) l’écoulement des « rapides ». Que les « rapides 2 3 » désignent ici les eaux du ciel, c’est ce qui paraît hors de doute. Le mot an jasi que je traduis ainsi ne figure qu’une seule autre fois dans le H ig- Veda, au vers I, 104, 4, et il y figure, peut-être même comme nom propre, dans une énumération de rivières célestes. Ajoutons qu’au vers I, 32, 2, l’adverbe anjas, de même racine, exprime la rapidité avec laquelle s’écoulent les eaux du ciel délivrées par Indra.
Complétons ces citations par celle d'un texte où il n’est pas question seulement d’une action exercée sur les phénomènes célestes, mais d’une sorte d’apothéose de l’ascète transporté au ciel de son vivant par la puissance de l’ascétisme, X, 136, 3 : « Enivrés par l’ascétisme5, nous nous sommes élevés sur les vents; ô mortels! vous ne voyez que nos corps! » L'ascète