‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 55 sur 81 · Proprement, l’état de muni · texte numérisé non relu

Proprement, l’état de muni

remplace ici le sacrificateur, comme nous verrons tout à l’heure l’ascétisme substitué dans certaines formules au sacrifice. Ces substitutions trahissent évidemment une phase plus avancée de la religion que nous étudions. Mais le principe, à savoir la croyance à un pouvoir magique résidant désormais dans la pratique de certaines austérités, comme il résidait d’abord dans les cérémonies du sacrifice, reste le même.

Les textes cités jusqu’à présent concernaient les sacrificateurs ; avant de passer à ceux qui attribuent au premier élément du sacrifice, àAgni, l’action exercée sur les phénomènes célestes, nous en citerons quelques-uns qui rapportent cette action au sacrifice considéré indépendamment des sacrificateurs, ou qui célèbrent en termes généraux la toute-puissance du sacrifice.

On lit au vers VII, 41, 6, que les aurores ont obéi au sacrifice (littéralement, se sont inclinées devant lui). Nous réservons pour l’étude qui sera consacrée dans la quatrième partie, ch. III, au mot r ila, les passages tels que les vers 9-12 de l’hymne IV, 3, où ce mot paraît désigner le sacrifice considéré comme cause des phénomènes célestes. Plus généralement le sacrifice est conçu comme le principe des choses. « Le sacrifice est notre père... notre Mamt », dit l’auteur du vers X, 100, 5. A la question posée dans l’hymne I, 104, au vers 34 : « Je demande où est le nombril du monde », le vers suivant répond : « Ce sacrifice est le nombril du monde », et nous savons que ce terme de nombril est, dans la langue des rishis védiques, à peu près synonyme de celui de père. Dans la cosmogonie de l’hymne X, 190, le mot r ila dont il vient d’être question, et qui désigne souvent le sacrifice, est au vers 1 le nom d’un des premiers principes du monde1. Ce principe procède toutefois lui-même d’un autre dont le nom est tapas. Le mot tapas qui désigne aussi l’un des principes du monde dans un autre hymne cosmogonique, X, 129, 3, a pris le sens d’ascétisme; mais il signifie primitivement « chaleur », et le vers X, 190, 1, insiste sur cette signification primitive par l’épithète abhîddha , « allumée. » Dans ce même vers, le rapprochement des mots tapas et rila suggère naturellement l’idée du sacrifice. Le sens postérieur

1. Le même vers lui adjoint un principe désigné par le mot satya, « vrai » ou « efficace t, cf. X, 85, I.

d’ascétisme trouve d’ailleurs son explication la plus satisfaisante dans un emploi primitif du terme où il aurait désigné l’œuvre du sacrifice à laquelle, selon la remarque faite plus haut, une période plus récente substitua d’autres pratiques1.

Le sacrifice est si bien le principfe par excellence, qu’on lui rapporte non-seulement, comme nous l’avons vu tout à l’heure, l’origine des hommes, mais encore celle des dieux. Nous avons déjà cité, en étudiant le mythe de Manu, les textes qui font de cet ancien sacrificateur le père de la race divine. Dans l’hymne IV, 2, dont un fragment a été cité plus haut, il est dit au vers 17 des anciens pères assiégeant l’aurore, qu’ils ont « forgé les races divines comme le fer. »

Une telle conception peut à bon droit paraître étrange. Elle s’explique cependant comme une des dernières conséquences de l’idée de la toute-puissance du sacrifice. On peut signaler dans le même ordre d'idées le vers X, 129, 5 où la question posée paraît être celle-ci : le sacrifice considéré comme une des causes créatrices du monde a-t-il commencé sur terre ou dansle ciel? (Cf. Revue critique, 1875, II, p. 393.)

Nous arrivons aux textes où Agni est particulièrement en cause. Reconnaissons d’abord qu’un grand nombre d’entre eux peuvent prêter à une équivoque, Agni étant un nom de l’éclair et même du soleil aussi bien que du feu du sacrifice terrestre. Nous n’insisterons donc pas sur ceux qui constatent en termes généraux la puissance d’Agni, soit en rappelant ses dons, par exemple le don de la pluie, II, 6, 5; cf. Y, 12, 2, soit en célébrant ses exploits, comme l’ouverture de la caverne de pierre, VIII, 49, 16, ou plus généralement ses victoires remportées sur différents démons ou ennemis que nous aurons d’ailleurs une autre occasion de signaler. Cependant le seul emploi du nom d’Agni, de préférence à ceux de l'éclair et du soleil, éveille assez naturellement l’idée du feu du sacrifice, et nous savons que l’idée d’un sacrifice n’est nullement incompatible avec celle d’un feu céleste. Parmi les passages qui lui attribuent, comme à tant d’autres dieux, la séparation et la consolidation du ciel et de la terre, il en est un qui ne peut guère se rapporter qu’au feu d’un sacrifice, puisqu’il y est dit qu’Agni a affermi la terre et soutenu le

1 . On peut même se demander s’il n’y a pas un rapport entre l’idée de « chaleur », sens primitif du mot qui a désigné plus tard les austérités des ascètes, et celle de la « sueur » des prêtres occupés à l’œuvre du sacrifice, cf I, 86, 8; IV, 2, 6; V, 7, 5.

ciel « avec des formules efficaces », I, 07, 5, et un autre où l’Agni qui soutient le ciel avec une colonne de fumée, IV, 0,2, doit être le feu du sacrifice terrestre. La conception du feu comme principe de toutes choses, présent en tous lieux, peut cependant, en dehors de toute allusion au feu dusacrifice, expliquer les passages qui exaltent la grandeur d’Agni en le montrant, comme plusieurs autres dieux d’ailleurs, plus grand que le ciel, I, 59, 5, que le ciel et la terre, III, G, 2 ; X, 88, 14, et tous les mondes, III, 3, 10 qu’il dépasse, embrassant les races, III, 3, 9, embrassant ses propres séjours, III, 55, 15.

Passons rapidement encore sur les passages d’après lesquels Agni est le premier-né, X, 5, 7 ; cf. X, II, 2, et le premier invoqué, I, 24, 2; IV, 11, 5; VIII, 23, 22 et passim, et sur ceux qui nous le montrent égal à n'importe quel dieu, X, 1, 5, ou plutôt supérieur aux autres dieux, I, 08, 2, qu’il embrasse comme la jante embrasse les rayons, V, 13, G; cf. I, 141, 9. Il faut cependant remarquer que dans un de ces derniers, VII, 4, 5, il est dit del'Agni supérieur aux immortels qu'il s’est établi dans la demeure que lui ont faite les dieux. L’allusion à un sacrifice, célébré d’ailleurs dans le ciel, paraît assez claire. Le vers I, 69, 2 portant qu’Agni est devenu le père des dieux, tout en étant leur fils, rappelle celui où l'origine des dieux est rapportée au sacrifice, qui pourtant a été lui-même institué par ies dieux. En général les textes qui célèbrent la grandeur d’Agni, s’ils ne témoignent pas par eux-mêmes, et en l’absence de tout détail significatif, en faveur de la toute-puissance du sacrifice, trouvent du moins une explication très-satisfaisante dans cet ordre d’idées. C’est, ce qui m'a déterminé à en signaler ici quelques-uns.

Il est temps de citer enfin ceux qui ont été annoncés au début de ce paragraphe, et auxquels les développements qui précèdent, indépendamment de leur intérêt propre, ont eu pour objet d’assigner toute leur portée. Ils concernent l’action du feu du sacrifice sur les phénomènes célestes. S’ils sont peu nombreux, c’est que notre plan nous oblige à réserver les relations de ce feu avec les éléments femelles, particulièrement avec l’aurore, pour n’envisager que l’influence qu’il exerce sur les éléments mâles, c’est-à-dire sur l’éclair ou le soleil.

On connaît déjà le vers III, 2, 9 que j’ai dû citer à propos du sacrifice des dieux : « LesUçij immortels ont purifié trois

bûches d’Agni, (du dieu) qui est sans cesse en mouvement et qui fait le tour du monde ; ils en ont placé une chez les mortels pour qu’ils en jouissent ; les deux autres se sont avancées dans l’espace vers leur sœur. » L’action du feu du sacrifice terrestre sur les deux autres feux, c’est-à-dire sur le soleil et sur l’éclair, ne saurait être plus clairement indiquée. Je crois donc qu’on peut traduire ainsi le vers V, 6,4: « Allumons ton (éclat) brillant, impérissable, ô dieu Agni, pour que ta bûche supérieure (littéralement, plus digne d’être admirée) brille dans le ciel » ; cf. ibid. 6. La même idée est d’ailleurs exprimée au vers VI, 2, 3, à cela près qu’il n’est pas fait mention de l’Agni terrestre, mais bien du sacrifice qui ne peut se célébrer sans lui, VI, 2, 3 : « Les héros du ciel t’allument, toi l’étendard du sacrifice, en même temps que l’homme pieux sacrifie. » On peut chercher encore une allusion à cette relation du feu céleste avec le feu terrestre dans un vers déjà cité, I, 26, 8 : « Les dieux nous ont donné des biens avec un beau feu ; nous les honorons avec un beau feu. » Au vers I, 79, 3, le feu terrestre paraît opposé sous le nom d’ «inférieur » au feu céleste désigné, comme au vers III, 2, 9, paAcelui de parijman , « faisant le tour (du monde) » ', et ce dernier, en compagnie d’Aryaman, de Mitra et de Varuna, « arrose la peau dans le séjour de l’inférieur, » c’est-à-dire fait couler les eaux du ciel pour l’Agni terrestre.

A la vérité, dans les derniers passages cités, l’intervention des dieux enlève à la conception quelque chose du caractère de simplicité que je crois pouvoir lui attribuer dans l’ordre d’idées qui fait le sujet de toute cette première partie. Mais au vers VI, 2, 2, nous revoyons l’Agni céleste, sous la figure d’un cheval, se diriger lui-même, comme les bûches du vers III, 2, 9, vers le feu du sacrifice : « Les races t’honorent de leurs sacrifices, de leurs chants ; le cheval qui traverse l’espace, l’être propice, commun à toutes les races *, va vers toi; » cf. le passage cité, ibid. 3.

Enfin, si les textes précédents ne portent pas expressément que le feu céleste, quand il s’allume en même temps que le feu terrestre, ou, ce qui revient au même, quand il vient vers

1. Au contraire le leu domestique est appelé aproshivdn, a qui n'émigre pas o, VIII. '» 9, 19.

Cf. Yaiçvànara dans le chapitre de V Arithmétique mythologique.

lui, obéit à son commandement, ou cède à sa puissance, en voici un autre qui ne prête pas à la même objection : «O Agni! » dit l’auteur du vers X, 156, 4, « tu as fait monter dans le ciel l’astre impérissable, le soleil, donnant la lumière aux hommes. » Il est vrai qu’ici, en revanche, rien dans le contexte n’indique qu’il s’agisse du feu du sacrifice. Je me trompe ; l’opposition d’Agni et du soleil ne laisse guère d’autre interprétation possible pour le premier. Il faut d’ailleurs naturellement tenir compte des citations précédentes, qui fournissent une explication si satisfaisante de celle-ci, comme elles peuvent à leur tour être précisées, grâce à elle.

Plus généralement, les textes qui attribuent une action sur les phénomènes célestes, soit au sacrifice considéré en lui-même, soit aux sacrificateurs, et aux prêtres actuels aussi bien qu’aux ancêtres réels ou légendaires, confirment l’interprétation qui attribue une action du même genre au premier élément du sacrifice, c’est-à-dire au feu.

§ VI. — REPRÉSENTATIONS d’aGNI ET DES SACRIFICATEURS

Les principales représentations d’Agni conviennent à la fois aux feux célestes de l’éclair ou du soleil, et au feu terrestre, particulièrement au feu du sacrifice.

Agni reçoit le nom de taureau dans diverses circonstances, I, 58, 5; 146, 2; X, 140, 6 ; cf.,X, 5, 7; 187, 1, particulièrement comme mugissant, X, 8, 1, comme abondant en semence, IV, 5, 3, comme armé de cornes, V, 1,8; VI, 16, 39, qu’il aiguise, VIII, 49, 13 ; cf. V, 2, 9, et qui le rendent difficile à saisir, I, 140, 6, ou simplement comme fort, comme ayant « un cou puissant, » V, 2, 12. Or les mugissements rappellent surtout le bruit du tonnerre qui accompagne l’éclair, et la semence, la pluie dont la chute suit ordinairement l’apparition d’Agni sous cette même forme. Les cornes du feu paraissent être ses flammes et conviennent surtout au feu terrestre. Mais comme symbole de la force, et aussi de l’élément mâle, la figure de taureau peut représenter Agni sous toutes ses formes, y compris celle de soleil.

La même observation s’applique à la représentation d’Agni naissant sous la forme d’un veau, 1,72,2; VIII, 61, 5 ; X,8, 2; cf. I, 65, lOet/jfl.ssî'm.

Agni est souvent comparé à un cheval, I, 58, 2 ; III, 1,4; VI, 2, 8 ; 3, 4 ; 12, 4; VII, 3, 2; VIII, 43, 25 ; X, 6, 2, ou reçoit directement le nom de cheval, I, 149, 3; VI, 12, 6. La queue qu’il agite comme un cheval, II, 4, 4; cf. I, 27, 1, n’est sans doute autre que ses flammes. Purifié par les sacrificateurs, il est comparé à un cheval étrillé, I, 60, 5; IV, 15, 6; VII, 3, 5; VIII, 92, 7 ; cf. VIII, 73, 8, il est le cheval qu’ils étrillent, V, 1,7; cf. 8. Les sacrificateurs le conduisent,

III, 2, 7; cf. IV, 1, 9, l’excitent, le mettent en mouvement, VII, 7, 1 ; X, 156, 1 ; 188, 1 , comme un cheval. Il est le cheval qu’ils cherchent à dompter et à diriger, II, 5, 1 ; III, 27, 3. La même représentation sembleimpliquéepar les textes qui nous montrent Agni attaché au joug dans les demeures, II, 2, 1, attaché au joug de la loi (du sacrifice), I, 143, 7. Il va sans dire que si le feu du sacrifice a été ainsi assimilé à un cheval, c’est surtout à cause de ses courses incessantes entre la terre et le ciel. Il est le cheval qui amène au sacrifice les dieux, III, 27, 14, comparés à des roues qu’il traîne,

IV, 1, 3, et il est attelé pour leur porter l’offrande, cf. X, 51, 7. Quant aux textes où Agni est comparé à un cheval à cause de ses hennissements, III, 26, 3, ou appelé directement un cheval hennissant, I, 36, 8 ; cf. VII, 5, 7 etl, 173, 3, ils peuvent faire allusion sans doute au crépitement du feu terrestre ; mais il faut reconnaître pourtant qu’en mythologie, les hennissements du cheval, comme les mugissements du taureau, représentent avant tout le bruit du tonnerre. La figure du cheval convient d’ailleurs à Agni sous toutes ses formes, parce que sous toutes ses formes il court comme un cheval dans la carrière, I, 65, 6 ; cf. 146, 5. Nous avons d’ailleurs déjà vu le soleil représenté comme un cheval. Ajoutons qu’Agni est encore comparé à un cheval comme vainqueur ou conquérant, VIII, 91, 12, et comme faisant échapper aux dangers, IV, 2, 8.

Souvent aussi, au lieu de faire d’Agni un cheval, on lui donne un cheval, I, 127, 5; II, 1, 15, ou deux, I, 94, 10; II, 10, 2; IV, 2, 3; VII, 16, 2, ou plusieurs chevaux, I, 14, 6; 140, 4 et 5; IV, 2, 2; VI, 6, 4; 16, 43; X, 79, 7; cf. II, 4, 2. Nous avons eu déjà l’occasion de faire une remarque analogue à propos du soleil. Comme les chevaux du soleil sont ses rayons, les chevaux d’Agni sont vraisemblablement ses flammes, quand il s’agit du feu du sacrifice et que ces chevaux amènent les dieux, I, 14, 12. Et en effet, Agni est

le dieu aux chevaux rouges, I, 45, 2; IV, 1, 8; X, 98, 9. Certains textes pourtant attribuent à Agni des chevaux de différentes couleurs, VII, 42, 2, et bien que dans l'un d’eux au moins, au vers I, 14, 12 déjà cité, il s’agisse uniquement du feu du sacrifice, il n’est pas impossible qu’à l’origine cette diversité de couleurs ait correspondu à celle des formes d’Agni. Au vers V, 6, 7, les chevaux d’Agni reçoivent le nom d'arcayah, mot qui peut désigner les rayons d’un feu céleste aussi bien que les flammes du feu terrestre, cf. VIII, 23, 11.

En même temps que des chevaux, Agni a naturellement un char, IV, 1, 8; 9, 8; cf. X, 3, 6, ou même plusieurs chars, VIII, 92, 10. Quand il s’agit du feu du sacrifice, le char d’Agni peut représenter le sacrifice lui-même; car ce dieu est appelé le cocher du sacrifice, X, 92, 1, ou des sacrifices, VIII, 11,2; 44, 27 ; cf. III, 13, 3 ; cf. aussi III, 2, 8; IV, 10, 2.

De même qu’Agni n’est pas toujours un cocher, mais est souvent considéré lui-même comme un cheval, il peut être aussi comparé, I, 141, 8; II, 2, 3; III, 2, 1 ; 15; VIII, 19, 8; 73, 1, ou assimilé, III, 11, 5, à un char1. Nous avions déjà rencontré cette représentation pour le soleil. Elle peut être appliquée à Agni sous ses différentes formes, en tant qu’il apporte la richesse, I, 58, 3; III, 15, 5, et qu’il est redoutable dans les combats, I, 06, 6. Mais elle ne peut bien lui convenir qu’en tant qu’il ne se dirige pas lui-même, mais est conduit par d’autres. Et en effet nous lisons, au vers X, 176, 3, qu’il est conduit comme un char pour l’accomplissement du sacrifice, cf. I, 148, 3.

Nous connaissons déjà l’oiseau soleil: l’oiseau Agni peut être tantôt le soleil, tantôt l’éclair. Sous le nom de Sarasvat, c’est, ainsi que nous le verrons, Agni qui est appelé au vers I, 164, 52, l’oiseau divin, comme il est au vers 46 du même hymne l’une des formes de l’être unique en même temps que l’oiseau Garutmat. Agni est encore appelé l’aigle du ciel, VII, 15, 4. Plusieurs vers le représentent ailé, I, 58, 5; II, 2, 4, ou appellent sa course un vol, I, 141, 7; VI, 3, 7 ; 4, 6; X, 8, 3. Comme séjournant dans les eaux, il est comparé au flamant, I, 65, 9, et cette représentation ne peut évidemment conve-

I. Le vers III, 7, !>, sur lequel nous reviendrons à propos des rapports du feu avec les femelles, contient une double représentation d’Agni, sous la forme d’un cheval et sous celle d’un cocher : » De nombreuses femelles désirent le grand cheval, le mâle brillant dirige facilement les rênes. »

nir qu’à un feu céleste, particulièrement à l'éclair. Mais nous lisons aussi au vers X, G, 4 qu’il s’élance vers les dieux avec des ailes rapides, ce qui doit s’entendre du feu du sacrifice. La comparaison d’Agni avec un oiseau est d’ailleurs suggérée tout particulièrement pour le feu du sacrifice par un curieux trait de ressemblance, plusieurs fois relevé dans les hymnes; ce feu s’empare du bois comme l'oiseau se pose sur l’arbre, VI, 3, 5; I, 66, 2 ; X, 91, 21. Les flammes, IV, 4, 2, ou les rayons (? IV, 6, 10) d'Agni sont aussi comparés à des oiseaux, à des aigles, et le vers V, 6, 7, qui les compare à des chevaux, place des ailes à leurs sabots, V, 6, 7.

Pour en finir avec les représentations animales, constatons encore qu’Agni est comparé à un serpent. Ce ne peut être évidemment que comme éclair ou comme feu terrestre, et c’est cette dernière forme qui paraît désignée aux vers I, 180, 3; V, 9, 4 et même I, 141, 7 ; cf. II, 2, 4.

L’éclair et le soleil ont été, nous le savons, assimilés à des armes. Au vers VI, 3, 4, l’Agni dont il est dit qu’il est comme une hache « quand il tire la langue » semble suffisamment caractérisé, tant par ce détail que par tout le contexte, comme feu du sacrifice. Agni est encore comparé à une hache aux vers I, 127, 32; III, 2, 10; IV, 6, 8; VII, 3, 9, à une pierre à lancer (la foudre ?) au vers VI, 6, 53. Ailleurs, il est comparé non plus à une arme, mais à un guerrier armé, à un archer, I, 70, 11 ; VI, 3, 5; cf. I, 148, 4, il est appelé luimême un archer, IV, 4, 1 ; il aiguise sa flamme comme le tranchant du fer, VI, 3, 5; cf. X, 20, 6.

Comme le soleil, Agni est comparé à l’or, II, 2, 4 ; VII, 3, 6. Il est aussi en termes plus généraux comparé à une richesse, I, 58, 6 ; 60, 1, à une richesse acquise par héritage, I, 73, 1 ; cf. 70, 10.

Conformément à l’ordre suivi dans toute cette section, je vais, après les diverses représentations d’Agni, signaler immédiatement celles des sacrificateurs dont Agni est le prototype mythologique. Les sacrificateurs sont assimilés principalement à des chevaux et à des oiseaux. Commençons par la seconde représentation dont l’étude doit nous offrir le moins de difficultés.

1. Cf. le vers I, 145, 5, où. Agni est représenté comme un animal qui reçoit à la fois l’épithète apya « aquatique » et celle de vanargu a fréquentant le bois. î

2. Cf. le vers suivant: « Agni a taillé le bois avec sa flamme, t

3. Il est aussi comparé aune arme défensive, à une cuirasse, I, 140, 10.

BerguGNE, Religion védique.

Les prêtres se comparent eux-mêmes à des oiseaux, lorsque assis près du Soma pressé, ils acclament Indra, VIII, 21, 5. La comparaison semble là, suggérée parleur chant. Au vers X, 73, 11, les risliis de la famille de Priyamedha, implorant Indra, reçoivent directement le nom d’oiseaux. Le chant du prêtre paraît avoir été aussi assimilé au bourdonnement d’une mouche, I, 119, 9, et les sacrificateurs ont été encore comparés à des mouches, parce qu’ils se tiennent autour de la liqueur du Soma, VII, 32, 2, qui attire ces insectes, IV, 45, 4 ; cf. encore X, 40, 6. Remarquons en passant qu’ils ont pu être pour la même raison assimilés à des fourmis (X, 99, 12? Voir Revue critique, 1874, II, p. 35.)

Mais revenons aux oiseaux : les prêtres sont encore comparés à des flamants à cause du bruit qu’ils font avec les pierres à presser, III, 53, 10; cf. IX, 97, 8. Il est dit également des personnages légendaires dont les hymnes font des compagnons de Brihaspati, qu’ils ont fait le même bruit que les flamants, X, 67, 3

L’assimilation des sacrificateurs à des oiseaux s’expliquerait d’ailleurs, au moins quand il s’agit de sacrificateurs mythologiques, et particulièrement de ceux dont le sacrifice est célébré dans le ciel, par l'identité essentielle de ces personnages avec Agni. On peut, je crois, reconnaître ces prêtres célestes dans les oiseaux qui, d’après le vers I, 164, 21, « font retentir les assemblées, » et qui, d’après levers 22 et le vers 47 du même hymne, se manifestent et disparaissent tour à tour, comme au vers II, 24, 6 ces compagnons de Brihaspati dont il vient encore d’être question à l’instant (cf. p. 97 ). Et en effet nous lisons au vers X, 80, 5, qu’Agni est invoqué par les risliis et « par les oiseaux volant dans l’atmosphère ». Remarquons encore que les oiseaux dont on parait tirer des présages, d’après les hymnes II, 42 et 43, semblent avoir pour prototypes les prêtres célestes. Ils reçoivent en tout cas le nom de poètes ou chantres, II, 43, 1 ; l’un d’eux est comparé à l’udgâtri qui chante le sâman, ibid. 2 ; on lui attribue à la fois la récitation d’hymnes composés de gâyatrîs et d’hymnes composés de trishfubhs, ibid. 1 ; enfin le vers II, 42, 2 est adressé à un oiseau qu’on prie de chanter selon la règle établie par les pères.

Les Vasishtlias invoquant Indra et Vâyu se comparent

1. Au vers X, 67, 7 ces mêmes personnages sont comparés à des sangliers.

eux-mêmes à des chevaux, VII, 70, 7. La même comparaison est au vers VII, 93, 3 appliquée aux prêtres qui invoquent Indra et Agni. La signification en est indiquée au vers VII, 90, 5; car il me paraît évident que ce que « traînent » les Uçij « attelés d'eux-mêmes », cf. Val. 10, 1, c’est le char d'Indra et Vàyu, nommé dans le second hémistiche. Les prêtres sont assimilés à des chevaux parce qu’ils amènent les dieux à leur sacrifice. Et, en effet, les deux Açvins reçoivent au vers V, 74, 7 l’épithète vipravàhasâ « qui ont pour attelage les prêtres ‘. »

L’assimilation d’Agni à un char explique aussi celle des prêtres qui, comme nous l’avons vu, le mettent en mouvement, à des chevaux qui traînent ce char. Au vers I, 148, 3, les personnages qui conduisent Agni et qui sont comparés à des chevaux attelés à un char, sont des dieux ; mais ces dieux y paraissent conçus comme des sacrificateurs.

Enfin, la figure du cheval, comme celle de l’oiseau, conviendrait aux prêtres mythologiques par cette seule raison qu’Agni est leur prototype. Ils sont plusieurs fois représentés ainsi. Au vers III, 7, 8=111, 4, 7, les sept chevaux qui suivent la loi, et ne disent que ce qui estconforme à la loi, rapprochés des deux sacrificateurs divins, sont évidemment les mêmes que les sept prêtres nommés au vers précédent. Les êtres invoqués dans les vers VII, 38, 7 et 8 ; cf. X, 64, 6, portent à la fois le nom de chevaux et celui de prêtres. Il est possible que ceux qui sont appelés chevaux au vers X, 74, 1 soient les mêmes dont l'invocation est mentionnée au vers suivant. En tout cas, ceux que le vers X, 114, 10 représente attelés au joug du char, paraissent bien être des prêtres célestes, comme les personnages dont il est question dans plusieurs des vers précédents. La même interprétation peut être proposée pour les chevaux de char que le vers III, 6, 8 nomme des « compagnons », qu'il mentionne parallèlement aux dieux de l’atmosphère et à ceux du ciel, et qu’Agni est au vers suivant prié d’amener avec eux sur un même char, ou sur des chars différents. En effet, nous trouvons déjà au vers 1 du même hymne des chantres, qui sont là d’ailleurs les prêtres réels et terrestres, assimilés à des chevaux par l’épithète vacyamànâ h « caracolant, » cf. 2; l’étrangeté d’une

1. Ce sens me paraît mis hors de doute par la comparaison du mot brahtnavâhas « qui a pour véhicule ou pour attelage la prière « dont l'interprétation sera justifiée plus loin.

image qui nous montre des chevaux placés sur un char ne doit pas nous arrêter, non plus que la contradiction consistant en ce que le vers 9 mentionne de nouveau des chevaux, et à ce qu’il semble comme traînant le char. Les rishis se plaisent en effet à ces combinaisons paradoxales , et celle dont il s’agit me paraît avoir été présentée sous forme d’énigme dans l’hymne I, 164 qui en contient tant d’autres, au vers 3 : « Les sept chevaux placés sur ce char à sept roues le traînent. » Cf. encore X, 102, 10 (section VI).

Remarquons en terminant que le mot vahni , tiré de la racine vah « porter, traîner », et qui signifie à la fois « cheval » et « sacrificateur », est un témoignage de la facilité avec laquelle les rishis védiques pouvaient passer d’une idée à l’autre. La même observation est applicable à l’assimilation d’Agni, le porteur d’offrandes, à un cheval.

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