‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 3)Chapitre 57 sur 81 · SECTION Y SOMA · texte numérisé non relu

SECTION Y SOMA

§ lor. — DIFFÉRENTES FORMES DE SOMA. — ORIGINE CÉLESTE DU SOMA TERRESTRE.

Le Soma est une liqueur spiritueuse, très-souvent désignée aussi sous le nom d 'indu, tirée d’une plante ordinairement désignée dans les hymnes par les mots cmc/Aali, IX, 18, 2; 55, 2; amçu, X, 17, 12; 1,91, 17, et croissant sur les montagnes, IX, 18, 1 ; 46, I; 71, 4; cf. V, 85, 2, dont elle forme la chevelure, V, 41, 11‘, qu’on presse, IX, 67, 19, ou, selon l’expression du vers 1, 137, 3, qu’on trait, avec des pierres, cf. IX, 24, 5, dans un récipient qui, d’après le vers I, 109, 3, paraît avoir été appelé dhishanâ. Une fois exprimé, le suc de la plante doit passer à travers un tamis, IX, 51, 1 ; 67, 19, où il se purifie, IX, 78, 1. Ce tamis est fait de laine de brebis, I, 135, 6; IX, 6, 1 ; 13, 6; 36, 4; 67, 20, et est quelquefois désigné lui-

1. Girmjah virshnkeçùh. « les montagnes qui ont pour chevelure le mâle. — Peut-être est-ce au même ordre d’idées qu’il faut rapporter l’épithète udrivon, en tant qu’appliquée à Soma, IX, 53, 1.

même parle nom de brebis, IX, 78, 1 ; 8, 5 ; cf. 6, 5. De là le Soma coule dans des vases de bois1, IX, 6, 5; 7, 6; 62, 8 ; cf. X, 101, 11, désignés dans les hymnes, tantôt par le nom de drona, IX, 3, 1 ; 28, 4, ou par le mot dru « bois », IX, 65, 6. qui y fait sans doute allusion, tantôt par celui de kalaça, IX, 8, 6; 65, 14'2, ou encore par celui de camû , IX, 20, 6; 62, 16 ; 63, 2 ; cf. 8, 2, et enfin par le terme générique de koça « cuve », IX, 36, 2; 66, 11. D’un pareil vase, désigné au vers V, 51, 4 par le mot camû, ilpasse dans les coupes désignées au même endroit parle mot amatra, mais dont le nom le plus ordinaire est camasa, VIII, 71,7. Dans ces différents transvasements (cf. IX, 65, 6, et passim ), il est successivement mêlé à l’eau, VIII, 1, 17 ; IX, 20, 6 ; 65, 6, et au lait, VIII, 2; 9, au lait caillé, ibid.; I, 137, 2, ordinairement désigné par le terme de « vaches », ibid., 1 ; VIII, 2, 3; 71, 5 et 6 ; IX, 46, 4. On y ajoute encore des grains de blé, IV, 29,4, d’où l’épithète yavâçir « mêlé au blé » appliquée au Soma en même temps que celle de gavàçir «mêlé aux vaches», I, 187, 9; III, 42, 7.

Avant d’étudier le rôle mythologique de la liqueur du Soma, nous devons dire un mot des propriétés réelles par lesquelles elle a été appelée à jouer ce rôle. Elle est l’offrande par excellence, IX, 7, 2 ; 67, 28; 107, 1, et, comme disent les poètes, l’âme, IX, 6, 8, l’àme antique du sacrifice, IX, 2, 10 (cf. l’àme d’Indra, IX, 85, 3), le sacrifice lui-même, IX, 7, 3; cf. 101, 3, mais elle n’est pas bue seulement par tous les dieux, IX, 18, 3 ; 109, 15, qui l’ont faite pour eux-mêmes, IX, 78, 4, et dont elle est le breuvage favori, IX, 85, 2, elle est bue aussi par les hommes, VIII, 48, 1 ; cf. IX, 99,3, et avec le même plaisir, II, 19, 1. Quand les rishis décrivent les effets du Soma, ils parlent en connaissance de cause, car ils le portent, selon l’expression du vers X, 32, 9, dans leur cœur. Le goût en est à la fois doux et fort, VI, 47, 1. Les Somas introduits dans le cœur sont comparés à des hommes ivres de liqueur qui combattent, à des hommes nus qui crient dans le ventre, VIII, 2, 12. On voit que cette comparaison bizarre transporte à la liqueur personnifiée l’état d’ivresse où elle plonge celui qui l’a bue. Inversement les dieux actifs et même

1. Le vers I, 185, 8 désigne ces vases par le nom d’Açvattha, indiquant ainsi l’essence du bois dont ils sont faits.

2. Au vers IX, 67, 14 les deux noms sont réunis. En fait nous voyons dans le rituel un composé formé des deux mêmes mots désigner une seule et même cuve.

tumultueux par excellence, c’est-à-dire les Maruts, sont comparés aux Somas introduits dans le cœur, I, 168, 3. Dans l’hymne VIII, 48, qui célèbre les effets du Soma bu par l’homme, et auquel nous emprunterons d’autres citations, on trouve au vers 6 cette expression énergique adressée au Soma : « Fais-moi brûler comme le feu allumé par le frottement. » D’ailleurs ce feu allumé dans le cœur par la liqueur du Soma, cette ivresse, naturellement quand elle ne dépasse pas une certaine mesure, est bienfaisante. Le Soma délie la langue du poète, laquelle «. marche à sa lumière1 », I, 87,5, et le poète parle alors « à la manière du père ancien », ibid.; « il fait sortir la voix, il éveille la prière », VI, 47, 3 ; cf. 1,91, 1 ; 129, 6; X, 25, 1, Indra fait de celui qui l’a bu « un rishi », III, 43, 5, et les nshis, dans un passage où ce nom est donné d’ailleurs à des personnages mythologiques, aux Angiras, reçoivent l’épithète somaçitàh «aiguisés par le Soma»,X, 108, 8. Les Kanvas ont chanté, VIII, 32, 1 , Medyàtithi est invité à chanter, VIII, 33, 4, Indra dans l’ivresse du Soma. L’auteur du vers III, 32, 14, en disant que la coupe l’a engendré, entend peut-être simplement que le Soma a fait de lui un rishi. Au vers I, 164, 37 : « Quand le premier-né de la loi est venu à moi, j’obtiens ma part de la parole », le premierné de la loi est peut-être le Soma désigné plus clairement au vers 21 du même hymne par ces mots : « Le sage est entré en moi qui suis simple. » Nous reviendrons plus loin sur la sagesse de Soma.

La liqueur enivrante n’inspire pas seulement à l’homme l’enthousiasme poétique, elle lui donne une force héroïque. « Donne-nous, » dit l’auteur du vers IX, 8, 8 , « donnenous, ô Soma, la force dans les combats2. » Les hymnes célèbrent surtout cet effet du Soma sur les dieux et particulièrement sur Indra ; mais l’homme ne le transportait à la divinité que parce qu’il l’avait observé sur lui-même. Eu attendant d’ailleurs que notre plan amène la citation des passages relatifs à Indra, je crois pouvoir signaler l’hymne X, 119, où le personnage qui décrit les effets du Soma sur

1. D’après le vers I, 139, 2 les prêtres ont vu la demeure de Mitra et Varuna en pensée, avec leurs propres yeux (ceux de leur esprit ?J et avec les yeux de Soma.

2. Je ne cite pas le vers IX, 43, 6, qu’il faudrait entendre d'après M. Grassmann en ce sens que le Soma, quaud il est bu, donne, ou plutôt rayonne au chantre « l’héroïsme i> : il ne me parait pas certain en effet que le mot survirya ait d’autre signification que celle d’ « abondance d’enfants mâles. «

lui-même a été identifié à ce dieu par la plupart des interprètes, mais me parait n’être autre en réalité que l’auteur même du morceau. Les vers 2-5 sont en effet consacrés à la description d’un enthousiasme poétique, et bien qu’Indra soit, comme nous le verrons, assimilé parfois à un chantre, c’est au poëte qu’à défaut d’autre indication il est le plus naturel de les rapporter : « 2. Les breuvages m’ont transporté comme des vents impétueux ; ai-je donc bu du Soma? — 3. Les breuvages m'ont transporté comme des chevaux rapides entraînent un char ; ai-je donc bu du Soma? — 4. La pensée (la prière) s’est offerte à moi comme une vache à son petit bien-aimé (pour se laisser teter)1 ; ai-je donc bu du Soma? — 5. Je tourne ma pensée (ma prière) dans mon cœur comme un charpentier qui façonne un char2 ; ai-je donc bu du Soma?»— Il est d’ailleurs impossible de rapporter à Indra le vers 13 et dernier : « Maison ornée (par le Soma qui séjourne en moi)., je vais portant l’offrande aux dieux; ai-je donc bu du Soma? » J’avoue que, dans le milieu de cet hymne curieux dont chaque vers se termine par le même refrain, notre personnage tient un langage qui semblerait mieux convenir à un dieu qu’à un homme. Mais c’est précisément là, si mon interprétation est exacte, ce qui fait mieux ressortir l’exaltation produite par le Soma. N’avons-nous pas vu des rishis à jeun se prétendre transportés dans les airs par la puissance de l’ascétisme, X, 136, 3 ? Ne nous étonnons donc pas d’en entendre un autre nous dire quand il est ivre : « 6. Les cinq races m’ont paru comme rien ; ai-je donc bu du Soma ? — 7. Une seule moitié de moi dépasse les deux mondes ; ai-je, etc. — 8. J’ai surpassé en grandeur le ciel et cette grande terre ; ai-je, etc. — 9. Transporterai-je cette terre ici ou là ? ai-je, etc. — 10. Vais-je rapidement heurter cette terre ici ou là? ai-je, etc. — 11. Une moitié de moi est dans le ciel et j’ai étendu l’autre jusqu’en bas ; ai-je, etc. — 12. Je suis grandissime, je m’élève jusqu’aux nuages; ai-je donc bu du Soma? » — Le vers 1, où il s’agit de conquêtes, est celui qui présente l’allusion la plus claire aux idées belliqueuses inspirées par le Soma : «. Je pense ceci : il faut m’emparer de la vache, du cheval; ai-je donc bu du Soma?»

On attribue également au Soma, comme en général aux

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