R idhak : Voir X, 7î>, 2 à côté de qnhft. Cf. IV, 18, b
12, 14 «engendrant le Sonia pour Indra », comme la « mère » dont il a été question dans les pages précédentes lui verse le breuvage divin. Enfin, de même que la jeune femme a abandonné Indra IV, 18, 8, de même Aditi a abandonné Mârtâwrfa X, 72, 8.
Ces observations ne tendent pas d’ailleurs à une identification complète d’Indra et de Mârtâncîa. Si le nom de ce dernier, comme je l’admets avec M. Grassmann, signifie « oiseau », il désigne plutôt Agni ou Soma, et les désigne peut-être tout particulièrement sous leur forme de soleil1 2. Or, Indra est plutôt le conquérant d’Agni ou de Soma qu’une personnification directe de l’un ou de l’autre. Mais Mârtânc/a représente Agni, ou Soma, ou le Soleil, en tant que manifesté aux hommes, puisque d’après le vers X, 72, 9, il est né pour engendrer et pour mourir, c’est-à-dire pour répandre partout la fécondité et disparaître, sauf à renaître, c’est-à-dire à reparaître sans cesse \ C’est par là qu'il s’oppose avec Indra aux trois ou aux sept Adityas proprement dits, lesquels, par le seul effet de cette opposition, se trouvent assimilés déjà aux anciens dieux de la conception unitaire, régnant éternellement dans un séjour mystérieux. Cette interprétation du caractère des Adityas est aussi directement suggérée par le vers X , 72, 8 : « Des huit fils sortis de ses entrailles , Aditi en a emmené sept vers les dieux , et elle a rejeté Màrtânc/a. »
Ainsi l’opposition des frères aînés et du dernier frère, des trois ou des sept Adityas, et du quatrième ou du huitième, rappelle celle du père et du fils et lui est à peu près équivalente, les premiers frères se trouvant en fait, par leur caractère et leurs fonctions, assimilés au père 3.
Il nous reste un mot à dire des Adityas considérés comme fils de « la libre », car c’est encore un des sens du nom de leur mère Aditi, et par conséquent comme libres eux-mêmes.
1. Le soleil est appelé àdihja I, 50, 13; 191, 9; VIII, 90, 11, et âditeya X, 88, II.
2. Cf. le voyageur, parijman , nommé aux vers I, 79, 3; X, 93, 4, avec les trois Adityas, et qui peut passer pour un quatrième ^ditya assimilable, soit à Màrtânaa, soit à Indra.
3. On peut se demander si les « sept » qui n’avaient pas d’ennemis et dont Indra est devenu l’ennemi en naissant, VIII, 85, 16, ne sont pas les sept Adityas, ses frères. Nous verrons que le « septième frère » des ruses duquel il triomphe au vers X, 99, 2, paraît être Varuna.
Je citerai plus loin (ch. II, sert. III) les passages où le mot /Idityaest intentionnellement rapproché du mot /Idîrô pris dans le sens de « libre » ou de « liberté ». Or, l’attribut de la liberté, quoi qu’il doive s’introduire nécessairement dans la notion d’un dieu vainqueur, d’un dieu delà conception dualiste, après sa victoire, semble n’appartenir en propre et originairement qu’aux dieux éternellement souverains de la conception unitaire. Cette dernière interprétation de la filiation des /ldityas est donc conforme aux conclusions que j’ai annoncées. Ce sont ces conclusions que nous allons vérifier d’abord dans une courte étude sur les attributs des /ldityas en général, puis dans une analyse beaucoup plus détaillée du mythe de Mitra et de Varuna.
Les /ldityas 1 sont des rois râjan I, 20, 5 ; II, 27, 1 ; VII, 66, 6 ; X, 126, 6, des souverains universels samràj VIII, 27, 22, et bien que ces titres puissent être donnés à un dieu quelconque, il est certain que les poètes védiques les appliquent avec une insistance toute particulière, soit aux ldityas en général, soit à Mitra et Varuna en particulier. Le terme kshatra « empire , royauté », et son dérivé kshalriya, resté dans l’Inde le nom de la caste royale, sont employés d’une manière encore plus caractéristique pour désigner la puissance des ldityas. C’est ce dont on peut se convaincre en jetant un coup d’œil sur les articles consacrés à ces mots dans le lexique de M. Grassmann 2. Or, la souveraineté est un caractère essentiel des dieux de la conception unitaire.
En leur qualité de souverains, les /ldityas sont les gardiens du monde et supportent les êtres mobiles et immobiles, II, 27, 4. Ils soutiennent les trois terres et les trois ciels, ibid. 8, les trois espaces célestes , ibid. 9. A ces souverains, les hommes ne demandent pas , comme à Indra, de combattre pour eux, mais seulement de leur accorder grâce et protection, VIII, 18, 17 ; 47, 2 et 3, cf. 8 ; X, 35,12 (cf. 9) et passim.
Les /ldityas donnent la lumière aux hommes. Mais le lever
1. Dans la série des textes qui vont nous servir à caractériser les /ldityas en général, seront compris ceux qui concernent la triade composée de Varuna, Mitra et Aryaman. Les deux principaux Adityas, Varuna et Mitra, sont seuls réservés pour une étude plus approfondie dans les parties suivantes de cette section.
2. Ajoutez les composés priyaks/iatra VIII, 27, 19, suks/iatra, (Gr. s. v.), servant d’épithète aux Adityas.
du soleil, quand il est leur œuvre, n’est pas comme dans le mythe d’Indra le dénoûment d’une lutte engagée contre les démons de la nuit : c’est l’accomplissement d’une volonté souveraine. Il résulte de là qu’avant son apparition , c’est par ces dieux mêmes que l’astre est retenu ou dérobé aux regards des hommes. En somme les Adityas gouvernent le soleil, appelé lui-même âclitya (voir plus haut p. 107, note 1), à la manière de Savitri dont les rapproche encore l’emploi fait au vers VIII, 18, 1 du mot saviman pour désigner l’acte par lequel ils distribuent leurs dons, de Savitri qui luimême semble, ainsi que nous l’avons vu, compté quelquefois au nombre des Adityas. Aussi le lever du soleil est-il décrit dans les hymnes aux Adityas comme dans ceux adressés à Savitri VII, 60, 1-4 ; 62, 1-2 ; 66, 14-16. Ce sont eux qui lui ouvrent les chemins VII, 60, 4 ; 63, 5, et on leur demande la lumière IV, 25, 3. Mais comme Savitri ils font la nuit aussi bien que le jour, puisque ce sont eux qui règlent le cours du temps : VII, 66, 11 . « Eux qui ont réglé l’année, qui l’ont divisée en mois, qui ont distingué le jour de la nuit, etc. »
Des observations analogues s’appliquent aux fonctions météorologiques des Adityas. Je ne pourrai toutefois les préciser qu’à propos du couple Mitra et Varuna, et surtout à propos de Varuna. Mais je puis signaler dès à présent le vers I, 79, 3 : « Aryaman, Mitra, Varuna, le voyageur1, remplissent la peau dans le séjour de l’inférieur. » Cette peau est la terre qu’ils inondent de pluie, et qui est le séjour d’Agni ; mais le terme de « peau » rappelle la préparation du Soma 2, de sorte que, comme le personnage du père en général, et comme Savitri en particulier, les Adityas paraissent remplir ici les fonctions de sacrificateurs. Il est dit aussi d’eux dans le même ordre d’idées qu’ils allument Agni, comme le messager antique 3, I, 36, 4.
Mais ce qui caractérise surtout les Adityas, en tant que ces dieux se rattachent à la conception unitaire, c'est le mystère dont ils s’enveloppent et la frayeur qu’ils inspirent. Je reviendrai sur le second point dans le cha-