‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 52 sur 83 · Sur le sens du mot ari, voir II, p. 218, n · texte numérisé non relu

Sur le sens du mot ari, voir II, p. 218, n

2. Je crois que le même sens convient aux passages de l’Atharva-Veda ou cikits est employé sans prélixe, en particulier au vers V, 11. 1, qui annonce le vers suivant.

ne laisse aucun doute sur le sens : « Cherche à connaître, éclaire le chemin1 2 pour le chantre dans la conquête des vaches.» Le sens sera donc au vers I, 91, 23 : « Éclaire, sers cl éclaireur pour les deux races (les hommes et les dieux) - dans la conquête des vaches. » Au premier vers de notre hymne également, l’aurore s’avance en éclaireur, elle fraye les chemins pour la race humaine (en les rendant visibles).

2. Elle s'est éveillée axant tout le inonde, la haute (deesse) qui gagne, qui conquiert des trésors. Elle a ouvert les yeux làhaut, la jeune fille, la ressuscitée: l'aurore est arrivée la première au sacrifice du matin.

Je n’insisterai pas sur le sens du mot vdja, que je me reconnais, comme mes devanciers, incapable de préciser, et que je rends par le terme vague de « trésors ». Mais je m’arrêterai un instant au verbe vij akhyat , bien que les deux traducteurs l’entendent ici de la même manière que moi 3. C’est en effet par un heureux hasard que je me rencontre ici avec M. Grassmann, qui le traduit, à l’exemple de M. Roth, tantôt « regarder », tantôt « briller », « éclairer», ou «montrer », et cela le plus souvent sans raison même apparente de distinction. On peut croire d’abord que l’interprète s’est ravisé entre la publication du lexique et celle de la traduction. En effet, il reprend dans celle-ci aux vers VIL 13, 3; IX, 101, 7 ; X, 4 o, 4; 127, 1, le sens de « regarder » qu’il avait indûment changé dans le lexique en celui de « briller» ou « éclairer ». Mais il laisse sans plus de raison ces derniers sens aux vers I, 35, 5 ; 7 et 8 ; IV, 1, 18 ; V, 81, 2. Au vers

1. C’est ainsi encore qu'au vers XIII, 2, 15 de l’Atharva-Veda, le soleil ne cherche pas de chemin, nûpa ciliilsati, eu dehors de celui qui lui a été tracé.

2. Plutôt je crois, que « pour les princes et pour les chantres », comme l'entend M. Grassmann.

3. Ils se trompent pourtant si, comme la chose parait certaine au moins pour M. Grassmann, ils construisent l’adverbe uccâ dans un rapport étroit avec ce verbe, et aboutissent au sens de « regarder en haut ». Qu'est-ce que • l’aurore pourrait bien regarder en « haut »? Mais j’insiste moins sur les questions dont tout le monde est juge, que sur celles qui ne peuvent être résolues que par de minutieuses études lexicographiques.

IIeiujAiu.nk. La Religion ex-digue, III.

I, 35, 8 en particulier, où il est question des « yeux » de Savitri, l’erreur est tout à fait inexplicable. On se demande alors si c’est entre le premier et le second volume de la traduction que M. Grassmann a reconnu le vrai sens d evikhyâ. Mais c’est précisément dans ce second volume qu’on trouve, outre le passage précédent, la plus bizarre de toutes ces applications du sens d’ « éclairer », au vers X, 189, 2, où, prenant en outre l’accusatif divam « ciel » au sens de «jour », M. Grassmann traduit « il a éclairé le jour», une formule dont le sens évident est « il a regardé le ciel ».

Dans tous les passages cités jusqu’ici, je suis d’accord avec M. Ludwig. Celui-ci maintient encore contre M. Grassmann le sens de « regarder » au vers I, 113, 4, et en cela je l’approuve. Mais ce n’est pas tout d’épargner les violences au lexique ; on doit tâcher de trouver un sens aux textes, et la formule «elle a regardé notre richesse », appliquée à l’aurore, n’a pas grand sens. Pour la comprendre, il faut se rappeler que la langue védique a de singulières hardiesses dans la construction de l’accusatif. Le moyen de la racine pu, signifiant « se clarifier », et appliquée tout le long du neuvième livre du i?ig-Veda au Soma qui coule à travers le tamis, y prend souvent un régime à l’accusatif désignant les biens que le Soma apporte en se clarifiant1. Les rivières «coulent » la loi, I, 105, 12, comme les aurores la «brillent », IV, 2, 19, c’est-à-dire que les unes la manifestent en coulant, comme les autres en brillant. On dit aussi de l’aurore, ainsi que d’autres divinités lumineuses, qu’elles brillent « quelque chose de riche »2. Je crois donc que dans la formule en question, l’accusatif exprime pareillement ce que l’aurore apporte « en regardant » et que la formule équivaut à peu près à celle-ci : « D’un seul de ses regards elle nous a comblés de richesses. »

Reste un passage unique, pour lequel M. Ludwig s’est laissé entraîner par l’exemple de M. Roth et de M. Grassmann, et a donné à vi khyâ le sens de «briller ». C’est levers I, 46, 10. N’est-ce pas le cas de faire un effort pour supprimer définitivement ce sens de « briller » arbitrairement introduit dans tant d’autres passages où il est parfaitement inutile ? L’efFort ne sera même pas bien grand pour ceux qui ne nieront pas (et comment pourrait-on encore raisonnablement le nier ?)

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