‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 61 sur 83 · Voir II, p · texte numérisé non relu

Voir II, p

•2. Voir II, p. 14ü. note 2.

a conservée encore dans sa traduction pour certains passages, prendrait un sens concret et signifierait « fort ». Mais c'est là une autre hypothèse, non moins arbitraire. Étant admis que le mot k rata signifie ordinairement « force » , force physique ou intellectuelle (peu importe pour le moment), de ce que tel ou tel dieu et particulièrement Agni et Soma reçoivent le nom de lcralu, s’ensuit-il que le mot devienne un adjectif ou un substantif concret? Par une singulière inadvertance, M. Grassmann lui donnait ce sens au vers III, M, G; mais il a été lui-mème obligé de reconnaitre dans sa traduction qu'Agni y était appelé « la force des dieux ». Pourquoi ne serait-il pas appelé ailleurs, par exemple au vers I, 77, o, aussi bien que Soma, IX. 107, o, « une force » tout court? Croirait-on que M. Grassmann rangeait encore dans son lexique sous son n° lo, et par conséquent interprétait dans le sens de « fort », le mot lcralu des comparaisons kralur na nilya h, I, GG, 5, kralum na bliadram , IV, 10, 1, appliquées à Agni, qu’il ouvrait une section à part, n° 14, pour la même expression bliadro asi kratuh., appliquée à Soma, I, 91, o, et proposait pour le mot kratu dans ce passage le sens de « Krafttrunk » ? Et si dans sa traduction il se reprend pour dire ici « Tu es la la force qui procure le bonheur, » il n’en conserve pas moins son « Krafttrunk », pour d’autres passages où il est dit qu’on apporte à Indra le kratu, II, IG, 4, que le ventre d’Indra est plein de kratu, VIII, G7, 7. Le ventre d’Indra étant, en réalité, plein de Soma, il s’ensuit, selon M. Grassmann, que le mot kratu, ne peut signifier là que « boisson qui donne la force ». Nous disons en français : « avoir le cœur plein d’audace ». Avec une pareille méthode d’interprétation, on arriverait à croire, si quelque jour le sens de la langue française était à restituer, comme celui de la langue védique, que le mot « audace » en français devait quelquefois signifier « sang ». C’est toujours le procédé qui consiste à tirer des sens nouveaux des emplois figurés, et à donner par exemple au mot « vache » le sens de « lait », parce que le lait mélangé au Soma est figuré dans les formules mythiques des Aishis par des vaches s’unissant àun taureau h

Je crois inutile d’entrer dans la discussion des autres exern-

1. Voir mes Observations sur les figures de rhétorique dans le /{ig-Yeda, Mémoires de lu Société de linguistique, IV, p. 124.

pies pour lesquels M. Grassmann a admis le sens de « fort ». Il n’a pas été suivi par M. Ludwig, et personne ne le défendra plus sans doute sur ce point. Je me vois d’ailleurs forcé de renoncer à donner ici une étude complète sur le mot kratu, bien que j’aie réuni les éléments de ce travail en m’imposant la tâche (qui n’était pas légère, pour les raisons que j’ai déjà dites) de vérifier les traductions de M. Grassmann et de M. Ludwig, pour chacun des emplois de ce mot, l’un des plus usités du /Og-Veda. Ce que j'ai ainsi noté d’incertitudes, d’inconséquences, de contradictions de tout genre, chez l’un comme chez l’autre, ne pourrait figurer ici sans doubler l’étendue de ce commentaire, déjà démesuré, sur un seul hymne. Je devrai donc me contenter de quelques citatations caractéristiques. Mais avant tout il convient de fixer les sens ordinaires du mot kratu.

Il parait désigner dans les hymnes védiques la force intellectuelle ou morale, soit en puissance, soit en acte. On pourra donc le traduire selon les cas « intelligence, volonté, idée, résolution » ou simplement « désir ». M. Grassmann et M. Ludwig croient qu’il peut désigner en outre la force physique, et dans un très grand nombre de cas où le contexte ne fournit aucune raison de choisir entre la force physique et la force intellectuelle ou morale, ils optent pour l’une ou pour l’autre à peu près au hasard, comme on peut s’en convaincre, rien qu’en les opposant l’un à l’autre. M. Ludwig traduit « Kraft» ou « Thatkraft » ce que M. Grassmann traduit « Weisheit » ou « Wille » I, 2, 8; 175, 5 ; VII, 61, 2; 90, 5, et beaucoup plus souvent, M. Grassmann traduit « Kraft » ou « Stàrke » ce que M, Ludwig traduit

« Einsicht, Kraft des Geistes etc. », I, 68, 9; 80, 15; 100, 14; 128, 4; 165, 7, etc. etc. D’autres fois les deux traducteurs s’accordent, sans qu’il soit possible de découvrir une bonne raison de cet accord. Pourquoi, par exemple, si c’est par la « Geistes Kraft » qu’Agni prend soin du sacrifice au vers I, 128, 4, serait-ce parla « Kraft » tout court qu'il le protégerait au vers III, 9, 6,? Mais voici qui est plus bizarre encore. Selon M. Ludwig, le kratu d’Indra est au vers III, 52,

4, son « esprit », et le kratu de Mitra et Varuna est au

vers I, 2, 8, leur « force ».En l’absence de toute autre raison de décider, il semble qu’il faudrait attribuer plutôt la force physique à Indra et l’esprit à Mitra et Varuna. C’est ce que fait M. Grassmann dans ces deux passages. Mais je crois Bergaigne. La Religion védique, III.

que le sens de « force physique» n’est nullement établi pour le mot kratu. En face des passages très clairs qui font de la tète ou du cœur le siège du kratu, II, IG, 2 ; V, 85, 2, cf. X, 64, 2, et qui l’opposent à la force physique, ojas, ayant son siège dans les bras, VIII, 85, 3, on ne pourrait guère placer que la formule du vers I, 55, 8, tanùshu te kratava indra bhùraija h. Mais un terme aussi général que le mot tanù, qui désigne le corps sans doute, mais aussi la personne, et peut jouer comme âtman « âme » le rôle de pronom réfléchi, me parait insuffisant pour déterminer dans cette formule l’application du mot kratu à la force physique. Nous avons déjà dans le vocabulaire védique assez de termes dont le sens est mal défini, au moins jusqu’à présent. Pourquoi en augmenter inutilement le nombre? En voici un qui désigne à n’en pas douter dans un grand nombre de cas la force intellectuelle ou morale et qui peut la désigner dans tous. Est-il d’une bonne méthode d’y ajouter, sur de simples apparences, celui de force physique, pour aller ensuite selon les cas, et souvent même par pur caprice, de l’un à l'autre? Cette méthode est celle que j'appellerai volontiers la méthode lâche. Je préfère la méthode serrée, surtout dans l’état actuel des études védiques. J’ai déjà cité le vers VIII, 67, 7, qui met le kratu dans le ventre d’Indra. Mais ne disons-nous pas « mettre le cœur au ventre » ? Le ventre est là l’intérieur du corps ; il permute dans les formules védiques avec le cœur: le Soma est dans le cœur, I, 168, 3 et passim ; pourquoi le courage ne serait-il pas dans le ventre? M’opposera-t-on enfin le vers VIII, 33, 6? Mais à supposer que l’animal auquel Indra est comparé soit le bœuf, pourquoi ne dirait-on pas qu’Indra est, grâce à son intelligence, fort comme un bœuf, l’intelligence lui tenant lieu des muscles qui font la force du bœuf? Je crois d’ailleurs qu’il s’agit là, non du bœuf, sans distinction de sexe (le poète aurait plutôt comparé Indra au taureau), mais, selon le sens ordinaire du mot <jo, de la vache, bien entendu de la vache mythique, de la prière par exemple, à laquelle Indra est expressément comparé, presque dans les mêmes termes, VIII, 46, 14.

Ajoutons maintenant quelques-unes de ces inconséquences caractéristiques que j’ai annoncées. Au vers VII, 3, 10, la formule api kratum sucetasam vaterna est rendue à peu près de même, et correctement, je crois, par les deux traducteurs:

«Puissions-nous atteindre la sagesse ! » Avec le causal, api vdtaija... kratum , X, 25,1, elle devient régulièrement, chez l’un et chez l'autre : « Inspire-nous la sagesse. » — Maintenant, que la première formule se reproduise textuellement, api kratum sucetasam vatantah, VII, 60, 6, comment croit-on qu’elle sera rendue? M. Grassmann traduira le simple, non comme il l’a traduit une première fois, mais comme il a traduit le causal « Inspirant la sagesse ». Pourquoi? Parce qu’il s’agit ici, non plus des hommes, mais des dieux Adityas ? Comme si M. Grassmann lui-même ne traduisait pas le vers I, 2, 8, adressé à Mitra et Varuna « Vous avez atteint une haute sagesse »! Quand à M. Ludwig, il écartèlera la formule consacrée, et séparera le régime kratum du participe vatantah, pour le rapporter au verbe nayanti qui suit: « und um so mer woleinsichtige geisteskraft fiiren sie wandernd » Et plus tard, le commentaire ne ré-

parera pas cette faute. On n’y trouvera qu’une critique, très juste d’ailleurs, de la traduction de M. Grassmann, et une conjecture inutile sur le texte. Le sens est pourtant bien simple: les dieux, possédant une grande sagesse, conduisent ( absolument ) à travers l’angoisse dans les meilleurs chemins1.

Il y a dans le ftig-Veda une autre formule qui se conjugue, kratvâ yathâ vaçah, VIII, 50, 4 ,kratvâ yathâ vaçat, VIII, 55, 4, kratvâ yad vaçâma, I, 165, 7, et dont le sens évident est « comme tu veux avec ta volonté, comme il veut avec sa volonté, ce que nous voulons avec notre volonté ». M. Grassmann traduit correctement le premier passage. M. Ludwig établit entre les deux premiers une distinction, de peu d’importance il est vrai, mais fâcheuse cependant pour une formule identique et consacrée : « wie du vermôge deiner einsicht es willst » et « nach willkür... Avie er will ». La seconde traduction isole déjà trop kratvâ, et la première présente un faux sens. Enfin M. Ludwig dans le troisième passage, et M. Grassmann dans le troisième et dans le second, séparent complètement kratvâ de la formule à laquelle il appartient, pour le rapporter à un verbe précédent, et dans un sens tout à fait différent du vrai « durch tiichtigen Geist, — mit Kraft, krâftig ».

Le mot kratu, construit comme régime direct avec le verbe sac « suivre », signifie « suivre la volonté ou le désir

1. L'hypothèse d’un thème supath (Grassmann) est parfaitement inutile.

de.... ». L'expression rappelle la formule anu kratum « selon la volonté ou le désir », et une image dont le sens, par parenthèse, a échappé à M. Grassmann et à M. Ludwig 1 : « Tu marches en quelque sorte », dit le poète à Indra, IV, 31, o, « sur le penchant des désirs , pravatd kratûnâm, tu en suis la pente. » Pour revenir au verbe sac avec kratu, la locution est rendue exactement par les deux traducteurs au vers IV, 42, 1, et par M. Grassmann encore au vers I, lo6, 42. Je ne suis pas parvenu à comprendre la traduction que M. Ludwig donne de ce second passage : tam asga râjd varunas tam açvind kratum sacanta mârutasya vedhasah, « mit diser seiner geistigen kraft sind Varuna der konig, sind die Açvinà, (und mit der) des ordners der Marutschar3 ». Dans le troisième, X, 64, 7, les deux interprètes méconnaissent l’un et l’autre la formule consacrée kratum sacante, probablement parce que le génitif savituh, que kratum appellerait comme complément, est déjà construit avec savimani. Mais depuis quand défcnd-on à un génitif d’être construit en relation avec deux termes différents de la proposition, ou, si l’on veut, d’être exprimé avec l’un et sous-entendu avec l’autre ? Les dieux, lorsque Savitri accomplit l’œuvre qui lui est propre, saviman , suivent sa volonté, lui obéissent. Le sens est aussi clair que possible. M. Grassmann traduit pourtant « Ils acquièrent par l’impulsion de Sa vit/ i , une force nouvelle (sic) ». M. Ludwig fait bien pis encore. Il donne pour ce passage unique au mot kratu un sens qu’il n’a pris que dans une période postérieure à celle des hymnes, et traduit « Ils viennent au sacrifice »!

Je pourrais rester sur ce dernier fait; mais on croirait que j’ai exagéré plus haut en parlant des innombrables inconséquences que j’ai constatées chez les deux traducteurs dans l’interprétation du mot kratu. Je poursuivrai donc un instant encore.

L’expression formée du verbe vid ( vidati, vindati) avec le mot kratu comme régime direct est si bien consacrée qu’elle

1. Ils traduisent, l'un « au! der Krâftejâher Bahn », l'autre «vermôge des gefalles der krëfte » (?}.

2. A part un double contre-sens sur mârutasya vedhasah, « les conducteurs de la troupe des Maruts » . M. Grassmann n'a pas vu qu'il y a là deux génitifs se rapportant tous les deux à Vishnu, cf. ibid . , 5 et V, 4b, 2. Ou plutôt il l'avait vu dans son dictionnaire, et il l'a oublié dans sa traduction.

3. Sur ces 'derniers mots, M . Ludwig n'a fait que la moitié du contre-sens de M. Grassmann.

s’est fixée dans le composé kratu-vid. Le verbe vid peut d’ailleurs y être remplacé par le verbe san, qui a le mêmesens « trouver, conquérir », équivalent souvent à « donner», parce que les dieux font toujours une part aux hommes de leurs trouvailles et de leurs conquêtes. M. Grassmann traduit assez correctement les formules de ce genre, à cela près qu’il varie constamment sur le sens propre du mot kratu : mais du moins comprend-il qu’il s’agit d’un don que les dieux font aux hommes, plus exactement d’une acquisition à laquelle ils les feront participer. M. Ludwig traduit bien sand kratum, au vers IX, 4, 3, « gew'inn geistige kraft », et kratum vidah, au vers I, 42, 7, « mogest du kraft finden ». Mais kratum vidatam devient, au vers I, 151, 2, « ihr sollt die einsicht anerkennen »; sanishyasi ou sanishyati kratum nah est traduit, au vers IV, 20, 3, « du wirst unsern guten willen erlangen », et au vers V, 31, 11, « er wird annemen unsere begeisterung ».

Là, M. Ludwig était à peu près seul en cause. L’expression kratum pushyasi ou pushyati est au contraire traduite par lui d’une façon conséquente dans ses deux emplois aux vers I, 64, 13 et III, 45, 3. Mais ici, c’est M. Grassmann qui, l’ayant traduite la première fois « bringt zur Blüte vielbegehrte Kraft », non seulement oublie complètement cette interprétation au vers III, 45, 3, mais revient au sens, condamné plus haut, de « Krafttrunk » et traduit « du nimmst den Krafttrunk auf ». J’ajoute que la traduction du premier passage prête elle-même à une critique, beaucoup moins grave d’ailleurs. On n’y trouve pas un contre-sens de la force de celui qui vient d’être relevé, mais une de ces interprétations vagues qui veulent tout dire, ou plutôt qui ne veulent rien dire. La « force très désirée » est en réalité 1’ « intelligence à laquelle on peut adresser des questions » : le rapprochement du vers I, 145, 2, cf. I, 60, 2, ne laisse guère de doute à ce sujet. Les formules védiques se préciseront à mesure qu’on prendra plus de soin de constater, et surtout de respecter leurs analogies.

Il faut savoir reconnaître ces analogies dans les expressions diverses d’une même idée rendue par des mots différents, comme dans les formules conçues en termes identiques. Ainsi, après avoir constaté les emplois de l'instrumental kratvâ dans des passages où le préfixe abhi exprime la supériorité d’Indra, qui dépasse en kratu, X, 29, 7, les démons,

VIII, 55, 10, tous les êtres, VIII 77, 4, tous les mondes, VII, 21, 6, il ne faut pas traduire comme M. Ludwig, en se laissant tromper par les homonymes varishtha, vara, « an einsicht den besten zur wal », une formule kratvâ varishtham vare, VIII, 86, 10, que M. Grassmaun interprète, beaucoup plus justement selon moi, « den ausgedehntesten an Kraft im weiten Raum 1 ». L’auteur du lexique s'est ici corrigé luimême, car il avait d'abord compris comme M. Ludwig. En revanche, M. Grassmann fait au vers VII, 21, 6 une faute que M. Ludwig a évitée, en méconnaissant la formule abhi kratvâ bhù h, et en la traduisant « Du siegst mit Kraft ».

Revenons à des inconséquences plus graves et plus évidentes. Si la formule sâkam jâtah kratund, appliquée à Indra, II, 22, o, signifie, comme je le crois avec M. Grassmann, « sage dès sa naissance », pourquoi la même formule, appliquée à Agni, II, 5, 4, signifierait-elle « engendré par la force » ? J’entends bien que cette dernière idée qui convient à la naissance d’Agni conviendrait beaucoup moins à celle d’Indra. Mais la première ne peut-elle convenir à toutes les deux? A quoi sert la méthode du rapprochement des textes, qui est en somme notre méthode à tous, bien que nous la pratiquions avec plus ou moins de rigueur, si ce n’est à appliquer à une formule susceptible à première vue d’interprétations diverses celle de ces interprétations qui peut seule convenir à la fois à toutes les formules analogues? Voilà un cas ou l’extension attribuée, inutilement selon moi, au sens du mot kratu , a joué évidemment un mauvais tour au traducteur.

Les dieux naissent donc avec le kratu. Comme de plus, en maint passage, III, 6, 5; IX, 86, Ici, etc., ils agissent par le kratu, il ne saurait y avoir de doute sur le sens des expressions suivantes : pari prajâtah kratvâ babhûtha (bhuvo devânâ m pitâ), I, 69,2; kratund... (ardu na nernih ) paribhûr ajâyathâh, I, 141, 9; juta eva... devân kratund paryabhûshat , II, 12, 1. Toutes expriment l’idée d’une protection étendue par Agni, cf. I, 73, 2 ; III, 9, 6, ou Indra sur les autres dieux, grâce à la sagesse qu’ils ont eue dès leur naissance. Cependant M. Ludwig a méconnu le sens du premier qu’il traduit « weit

1. Cette formule est encore une de celles qu'ou pourrait citer à l'appui du sens physique attribué au mot kratu. Mais je ne suis nullement choqué, pomma part, de voir la grandeur de l'intelligence exprimée dans le langage védique par une image matérielle.

hast du an kraft dich weiter geboren (?) », et M. Grassraann donne pour les trois passages trois interprétations indépendantes, pour le premier « Geboren ragtest an Kraft hervor du », pour le troisième « Der kaum geboren... die Gotter... mit Muth und Kraft begabte ». La traduction qu’il donne du second « Da... du erstandst, sie mit deiner kraft umfassend, etc. » n’est elle-même qu’un à peu près.

Il faut en finir. Je supprime les trois quarts des critiques dont j’avais en main les éléments, et qui portaient encore, soit sur des séries de formules comme celles qui viennent d’être passées en revue, soit sur des emplois particuliers du mot kratu, pour ne rien dire des cas, heureusement rai’es, où M. Ludwig, revenant à d’anciennes et trop célèbres théories, construit par exemple avec kratvâ un accusatif devân, I, 141, 6, dans le sens d’un génitif « nach der gotter willen ». Je crois en avoir dit assez pour prouver que mes devanciers, dans leurs interprétations du mot kratu, m’ont ouvert une voie, ou plutôt des voies trop peu sûres pour que je les y suive aveuglément. J’achèverai une autre fois, si l’on m’v invite.

Revenons à notre stance.

On veut que kratu y signifie « ouvrage, travail, tâche ». J’ai dit que c’était une hypothèse arbitraire, et je n’ai pas même à le prouver. Ce sens n’a été proposé ni dans le dictionnaire de M. Roth, ni dans celui de M. Grassmann, et M. Ludwig, après l’avoir adopté dans sa traduction, ne l’a justifié par aucune note dans son commentaire. En fait, je n’ai pas remarqué qu’il l’ait reproduit pour aucun autre passage. M. Grassmann, qui s’est décidé à l’adopter ici, peut-être à l’exemple de M. Ludwig, l’avait déjà introduit dans un autre passage, un seul à ma connaissance, au vers VI, 9, 5. Dans celui-ci, M. Ludwig adopte le sens de « plan ». Selon moi, le kratu unique vers lequel se dirigent les dieux n’est autre qu’Agni, auquel l’hymne est adressé, et que nous avons déjà vu appelé « le kratu des dieux ». Nous restons donc en face d’un passage unique, celui de notre hymne, pour lequel les deux interprètes — M. Grassmann après s’être ravisé 1 — ont admis le sens de « tâche ».

Affrontons donc maintenant la difficulté qui les a réduits à ce parti désespéré. Ils ont cru devoir faire de kratum le régime exprimant le but du mouvement à côté d’un autre

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