‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 68 sur 83 · Ibid. I, p · texte numérisé non relu

Ibid. I, p

3. Voir particulièrement mes observations sur les figures de rhétorique dans le flig-Yeda, Mémoires de la Société de linguistique, IV, p. 96-137.

Mais il se pourrait qu’il y eût ici autre chose qu’une simple incohérence, je veux dire un dessein arrêté de modifier la forme courante du mythe. Le fait ne serait pas isolé. Je me contenterai de rappeler un exemple très curieux de la façon dont un poète en vient à nier, par respect pour son dieu, un mythe qui semble en diminuer la grandeur. S’il est un caractère qui semble indissolublement attaché au personnage d’Indra, c’est celui de dieu guerrier. Sa puissance ne se manifeste que par des victoires contre des ennemis sans cesse renaissants, par opposition à celle de Varuna, par exemple, qui s’exerce paisiblement dans le mystère, et que les hymnes désignent volontiers par le mot mchjû. Or, voici ce que nous lisons au vers X, 54, 2 : « Ce que tu as fait, ô Indra, quand ton corps a pris des forces, quand tu as manifesté ta puissance aux hommes, ces œuvres qu’on appelle des combats étaient en réalité une mâyâ (mâijet sâ te yâni ynddhâny âhur ): car tu n’as jamais eu d’ennemis, ni aujourd’hui, ni autrefois. » Pourquoi n’admettrions-nous pas qu’ici aussi le poète ait voulu protester contre le mythe qui attribuait à Soma un rôle purement passif dans l’œuvre de sa délivrance, en mettant cette protestation dans la bouche de Soma lui-même? L’importance de l’idée ainsi exprimée expliquerait justement cette intervention du dieu, parlant pour son propre compte, comme Indra, quand on le fait intervenir pour convaincre l’incrédule, VIII, 89, 4. Je supposerai donc qu’au second pâda du vers 2, abhîm âsa tvakshasâ vîryena , le verbe est à la première personne , et non à la troisième , comme l’entend M. Roth, et je traduirai : « Cent forteresses d’airain me retenaient prisonnier ; alors, je suis sorti d’un vol rapide (prenant moi-même la forme de) l’aigle. Ce n’est pas lui (l’aigle) qui m’a emporté à sa guise : j’ai triomphé par mon adresse et mon héroïsme. »

L’aigle distinct du Soma n’est pas supprimé pour cela, et la fin du vers 2 nous le montre traversant les airs. Le poète conserve du mythe courant ce qui n’est pas contraire à son dessein de faire honneur à Soma lui-même de sa délivrance, et il ne s’inquiète pas autrement de concilier l’image du Soma sortant de la prison sous forme d'aigle, avec celle de l’aigle portant le Soma quand il est délivré. On va voir d’ailleurs qu’il continue dans le vers suivant à juxtaposer différentes formes d’un même mythe.

C’est pour ce vers que M. Roth propose sa seconde correc-

tion. Le texte traditionnel porte : a va yac- chyeno asvanid ad lui dyor vi yadyadi va ta ûkuh puramdhim svijad yadasmâ ava ha kshipaj jyâm kviçânur astâ manasâ bhuranyan. M. Roth déclare qu’il ne peut trouver aucun sens au second pâda, tel qu’il nous a été conservé : yad yadi lui paraît inadmissible. Il propose donc, en supprimant l’accent de vi, de lire viyad et de traduire : « Quand on aida le hardi à s’échapper dans le libre espace. »

Nous allons revenir sur le sens attribué à puramdhim « le hardi». Quant à la correction, elle est assurément ingénieuse ; mais le mot viyad « atmosphère », M. Roth est le premier à le reconnaître, ne se rencontre pas une seule autre fois dans tout le /fig-Veda. Très usité dans le sanscrit classique, on ne l’avait pas encore rencontré avant la période des Brâhmanas. C’est une objection grave. Elle n’arrête cependant pas M. Roth, qui croit même trouver dans ce fait l’explication de la leçon supposée fausse. Les copistes auraient méconnu ici le mot viyad, parce qu’ils ne le connaissaient pas comme un terme du Æig-Veda. J’avoue que cette observation m’étonne, et c’est, je crois, la première fois que M. Roth s’avise d’attribuer aux Hindous un pareil sens critique et historique.

Mais le texte qu’il corrige est-il vraiment inintelligible? Il est clair que yad et yadi ne peuvent appartenir à la même proposition; mais ne peut- on les séparer et les rapporter à deux propositions différentes ? Nous n’avons, il est vrai, qu’un verbe, ûhuh, et qu’un préfix, vi. Mais le préfixe est avant yad. et le verbe est après yadi. Or, on sait que dans une ou plusieurs propositions successives qui devraient avoir le même verbe, l’emploi du préfixe peut tenir lieu une ou plusieurs fois du verbe. Pour compléter la première proposition j’emprunterai au premier pâda l’ablatif dyos qui s’oppose naturellement à l’adverbe atas de la seconde proposition, et le mot adha « ensuite » qui précède dyos formera ainsi tout naturellement la séparation de la première des deux propositions et de celle qui la précède dans le premier pâda, et qui commence également par yad : yad, yad, yadi vâ. Si l’on ajoute le yad du troisième pâda, cela fait au moins quatre propositions subordonnées, construites parallèlement et commençant toutes par yad ou yadi , l’une ajoutant vâ « ou » 1 à la con-

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