M. Roth ne tient aucun compte de ce vil
jonction de subordination. 11 devient évident que le poète énumère des hypothèses diverses «soit que... soit que... », et on se demande même si les deux verbes du troisième pâda n’expriment pas encore deux hypothèses distinctes avec une seule conjonction yad, le poète se fatiguant de la répétition : la proposition principale ne se trouverait alors qu’au vers 4 h Ces hypothèses portent sur les péripéties variables du mythe qui nous occupe. Mais, avant tout, il faut nous arrêter au mot puramdhi.
M. Roth le traduit « hardi » (dans son dictionnaire il disait « sage ») et l’applique à l’oiseau porteur du Soma. C’est cet oiseau qu’on aurait aidé à traverser les airs. M. Roth, qui n’admet pas comme moi l’incohérence dans les métaphores des Rishis, ne nous explique pas comment il concilie le sens propre du verbe ûhuh. «ont porté, charrié », avec la figure de l’oiseau. Passons. Je n’admets pas que puramdhi désigne l’oiseau, par la raison que ce mot, dans un certain nombre de ses emplois, est incontestablement, et de l’avis de M.Roth lui-même, un féminin, signifiant sagesse 1 2 ou abondance 3, peu importe ; que dans aucun autre de ses emplois, il n’est indispensable de le prendre comme masculin, pas plus dans le sens de « hardi » que dans celui de « sage », et que ma méthode consiste, quand je connais une application certaine d’un mot, à n’en pas supposer d’autre sans nécessité. J’ai discuté ailleurs 4 les emplois du mot puramdhi, et montré que la sagesse (ou l’abondance) est devenue un personnage divin qui peut se confondre avec les diverses formes de la femelle mythique, mais parait représenter particulièrement la parole sacrée.
La Puramdhi est la compagne de Soma, IX, 72, 4; 110, 3, comme la prière qu’elle est supposée représenter, et on ne peut s’étonner qu’elle figure à côté de lui dans le mythe qui nous occupe. Elle était déjà nommée au vers 2, où, après l’hémistiche traduit plus haut « Ce n’est pas l’aigle qui m’a emporté à sa guise; j’ai triomphé par mon adresse et mon héroïsme », je comprends ainsi ce qui suit : « Là-haut, Puramdhi a laissé derrière elle les avares, et alors, ayant pris
1. C'est du reste ce qu'admet M. Roth lui-même, quoique son interprétation soit toute différente.