Vritra est aussi appelé le sanglier, varàhu
tu as fait couler les rivières englouties par Ahi », IV, 17, 1- L'ideDtité des deux personnages est évidente aussi dans l'hymne I, 32, où l'ennemi vaincu par Indra est appelé tour à tour Ahi (vers 1, 2, 13, 14), et Vritra (vers VII, 9, 10). Nous lisons au vers VIII que Vritra avait enveloppé les eaux et que, après la victoire d'Indra, Ahi est resté gisant « au pied » dô ces eaux ; au vers XI que les eaux avaient Ahi pour gardien, et qu'Indra, ayant frappé Vritra, a ouvert le réservoir où elles étaient enfermées. Il est clair que les noms d'Ahi et de Vritra sont employés là comme des synonymes. On ne peut douter non plus que le Vritra a le plus Vritra» du vers V, soit le même que c< le premier-né des Ahis » des vers III et IV. Enfin, dans un certain nombre de passages, les noms d'AU et de Vritra sont construits en apposition et forment une expression unique qu'on pourrait traduire « le serpent Vritra », I, 51, 4; 80, 13; VI, 20, 2; 72, 3; X, 113, 3 et 8.
A cela il faut ajouter que, là même où le nom d* Ahi figure seul, les détails de la victoire remportée sur lui par Indra sont les mêmes que ceux de la victoire remportée par le même dieu sur Vritra. Ce démon qui succombe sous ses coups, V, 31, 4 et 7; VIII, 85, 5, etc., qu'il frappe de sa foudre en faisant trembler le ciel, VI, 17, 9, avait d'abord, comme Vritra, effrayé les dieux, VHI, 82, 14, cf. I, 52, 10. C'est en frappant Ahi, aussi bien qu'en frappant Vritra, qu'Indra fait couler les eaux, I, 103, 2; II, 30, 1 ; V, 29, 2; X, 133, 2, et délivre les sept rivières, II, 12, 3; IV, 28, 1, ou, ce qui a le même sens dans le langage mythologique, qu'il conquiert les vaches, V, 29, 3. Le vers X, 48, 2 le représente, par une figure encore plus hardie, « engendrant les vaches hors d'Ahi », c'est-à-dire les arrachant au démon qui les retenait, au gardien des eaux assimilées à des vaches, I, 32, 11. L'idée que les eaux délivrées par Indra avaient été « enveloppées » par Ahi est exprimée aussi par différentes racines, II, 11, 2; III, 32, 11 ; VI, 72, 3 ; VII, 21, 3, entre autres par cette même racine vrt, II, 19, 2, dont est formé le nom de vritra. Indra brise avec la foudre, qui est son arme contre Ahi, I, 80, 1 ; 103, 2et7; 130,4; III, 32,12;IV, 17,7;19, 3 ; 22, 5; V, 29, 2; 32,2; VI, 17, 10; X,96,4, aussi bien que contre Vritra, Tenceinte où les rivières étaient retenues par le serpent, III, 33, 7. Plus généralement, nous voyons que la défaite d'Ahi, comme celle de Vritra, IV, 21 , 10, a pour effet d'ouvrir l'espace, varivas, VI, 18, 14. Il est bon de remarquer, à ce propos.
que les jRishis védiques ne pouvaient méconnaître la parenté du mot ahi avec le mot amhctë, qui signifie proprement « angoisse )», et s'oppose naturellement à varivas « le libre espace ^) . On dit aussi que les rivières avaient été « englouties, avalées » par Ahi, IV, 17, 1 ; X, 111, 9. Ce terme rappelle a les mâchoires » deVritra brisées par Indra, I, 52, 6 ; X, 152, 3, et répithète vritra-khâda a dévorant Vritra », donnée au même dieu*, III, 45, 2 ; 51, 9, dont on dit aussi, du reste, qu'il dévore Ahi, X, 113, 8. Indra « dévore » le t dévorant », comme il « enveloppe » 1* « enveloppeur », et Tenveloppeur et le dévorant ne sont qu'un seul et même démon. .
Or ce démon qui, sous le nom de Vritra, quoique confondu parfois avec des personnages divins, n'est jamais élevé luimême au rang d'un dieu^, est, sous le nom d'Ahi, invoqué, dans un certain nombre de formules, en compagnie de différents dieux, c'est-à-dire traité lui-même comme un dieu véritable *. Ce nom est, il est vrai, dans les formules de ce genre, I, 186, 5; n, 31,6; IV, 55, 6; V,41, 16; VI, 49, 14; 50, 14; VII, 35, 13; 38, 5; X, 64, 4; 66, 11; 92, 12, toujours accompagné de répithète budhnya, dérivée du mot budhna « fond ». Mais cette épithète, sur laquelle les vers VII, 34, 16, cf. 17 et X, 93, 5 insistent en plaçant Ahi Budhnya « au fond des rivières, dans l'espace », ou simplement « dans les fonds », convenait très bien à un démon que nous avons vu, 80QS le nom de Vritra, « couché au fond de l'espace », I, 52, 6. L'une des divinités les plus fréquemment rapprochées d'Ahi Budhnya est Aja Ekapâd, a le non-né à un seul pied », n, 31, 6; VI, 50, 14; VII, 35, 13; X, 64, 4; 66, 11, dans lequel nous reconnaîtrons*' Tune des formes de ce personnage
i. Indra donne l'espace, varit;fl5, IV, 24, 2 et 6; VI, 18, 14; VII, 27, 5; X, 42, il, urum lokam, VI, 23, 7; 47, 8, u lokam, VI, 23, 3, et reçoit à ce titre le nom de meurtrier d'Ahi, VI, 18, 14.
t. Et à Brihaspati, X, 65, 10.
3. Ce sont plutôt TvashM et Varuna qui paraissent devenir passagèrement des démons par leur assimilation à Vritra. (Voir III, p. 58 et suiv., 147 et suiv.) Vritra est toujours le contraire d*un dieu, un a-devOy X, 111, 6, dont le caractère démoniaque s'oppose à celui des eaux « divines » qu'il en- T«loppe, III, 32, 6.
4. Remarquons encore que la a magie p, mâyât les ruses d*Ahi sont attri- Iwées aux dieux, VI, 52, 15; X, 63, 4, cf. I, 3, 9; 64, 8 et 9 et V, 33, 5 (avec .U correction de M. Grassmann). Peut-être peut-on voir aussi une indication du caractère divin d'Ahi dans la frayeur qulndra éprouve après ravoir tué, I, 32, U.