Vol. III, p. 20 et SUIV
du père auquel Vritra a été quelquefois assimilé. Mais c'est surtout avec le fils, avec le feu caché, que le même démon paraît avoir été, dans une certaine mesure, confondu sous le nom d'Ahi. Je n'insisterai pas sur la multiplicité de ses séjours, sur ses quatre-vingt-dix-neuf forteresses, VIII, 82, 2, correspondant aux quatre-vingt-dix-neuf rivières qu'Indra traverse après l'avoir vaincu, I, 32, 14; sur les sept pentes dç montagnes où il est couché, IV, 19, 3, cf. 17, 7 et I, 32, 2, ni sur les passages qui, en nous montrant Ahi chassé de la terre, I, 80, 1, aussi bien que de l'atmosphère, VIII, 3, 20, pourraient servir à confirmer l'idée d'un rapport de ces nombres avec les divisions de l'espace. Tout ce qu'on peut dire de ces séjours multiples, c'est qu'ils ne conviendraient bien à un personnage représentant le père que dans la mesure où celui-ci serait confondu lui-même avec le fils * ; et je n'entends nullement en faire un argument direct à l'appui d'une assimilation d'Ahi à l'élément du feu, réparti entre les différentes divisions de l'univers. Ce qui est plus significatif, c'est qu'Ahi est considéré comme un fils des eaux. Non seulement, en effet, les eaux sur lesquelles il est couché, V, 30, 6; 32, 2, cf. VI, 17, 9, comme Vritra, sont désignées au vers H, 12, 11 par le \mot ddnu, c'est-à-dire par le nom attribué à la mère de Vritra dans un vers (IX) de l'hymne I, 32, où le démon est appelé indifféremment Vritra ou Ahi ; mais Ahi Budhnya qui, sinon au point de vue du culte, du moins au point de vue du mythe, est évidemment identique au démon Ahi, est expressément donné comme a né des eaux », VII, 34, 16, comme fils de ces rivières au fond desquelles il séjourne, ibid. Dès lors, il paraîtra d'autant plus naturel de le rapprocher d'Agni Apâm Napât, que le feu est lui-même comparé à un serpent, ahi^, I, 79, 1. Ajoutons que la formule qui envoie l'ennemi à Ahi, VII, 104, 9, rappelle inévitablement celle qui envoie pareillement le mal à Trita ilptya, VIII, 47, 13-17, dans lequel nous reconnaîtrons aussi plus loin une forme d'Apâm Napât. Le fils des eaux désigné par le nom d'Ahi est « caché » dans les eaux. II, 11, 5, et il
1 . Le pied unique d*Âja Ekapâd, par exemple, dont Ahi Budhnya est Tent rapproché, est le symbole d'un séjour unique (voir vol. III, p. 22-83).
2. Cf. I, iH, 7; 180,3; V, 9, 4; VI, 2, 8 (et ^eut-ôtre II, 2, 4J,où le serpent «it désigné par un autre mot. Les Somas sont aussi comparés à des serpente, aht, IX, 77, 3. Il n^est pas inutile de remarquer qu*au vers I, 79, i, Tépîthëte dhuni c bruyant », qui accompagne le mot ahi^ est devenue aussi le nom d'un démon que nous retrouverons plus loin en compagnie de Cnmiiri.
n'en faut pas plus pour expliquer son caractère démoniaque. La victoire d'Indra consiste même quelquefois, non plus dans la destruction, mais dans la découverte, dans la conquête d'Ahi, comme au vers IV, 19, 9, où nous voyons que, grâce à Indra, l'aveugle a recouvré la vue en prenant possession d'Ahi. Il paraît évident qu'ici Ahi représente le feu, d'abord caché, puis retrouvé par Indra. Une autre raison de croire qu'Ahi, armé de l'éclair au vers I, 32, 13, a été quelquefois confondu avec l'éclair lui-même, c'est que les Maruts qui prennent, eux aussi, les éclairs, non seulement comme armes, mais comme parures*, reçoivent, au vers I, 172, 1, l'épithète ahi-bhâHavah « ayant l'éclat d'Ahi ».
Pour en revenir au mot vvitra, c'est, selon toute vraisemblance, à ce démon, confondu, tantôt avec le feu caché, tantôt avec le personnage mystérieux du père, mais toujours considéré comme le voleur des trésors célestes, et particulièrement des eaux, que le nom d'« enveloppeur » a été donné d'abord, concurremment avec celui de « serpent».
Le mot «Ai s'emploie, en outre, au pluriel pour désigner une race de démons, IX, 88, 4; X, 139, 6, dont TAhi par excellence est le premier-né, I, 32, 3 et 4. Le pluriel de son synonyme ahi (par i long) désigne également des démons sur lesquels Indra conquiert les eaux et les aurores, X, 138, 1. U faut assimiler à ces Ahis les Vritras à la tête desquels est placé le Vritra par excellence, le Vritra le plus Vritra, selon l'expression du vers I, 32, 5. On trouve le pluriel, aussi bien que le singulier du mot vvitra, dans des énumérations comprenant différents noms de démons, VII, 19, 4; X, 49, 6. Indra livre aux Vritras un combat dont le résultat est encore répanchement des eaux. Vil, 34, 3, des rivières, VIII, 85, 18, «enveloppées », rrt/dn, IV, 42, 7. Les Vritras qu'il doit frapper en naissant, VI, 29, 6, cf., Vni, 45, 4 ; 66, 3, et pour la destruction desquels il a été engendré par les dieux, III, 49, 1, doivent être aussi des démons. Dans un combat évidemment mythologique, puisqu'il y prend pour armes les os de Dadhyanc *, Indra a frappé quatre-vingt-dix-neuf Vritras, I, 84, 13, comme nous avons vu qu'ailleurs il force les quatrevingt-dix-neuf forteresses de Vritra. Les deux formules sont évidemment équivalentes. Seulement, dans la nouvelle, au