Cf. I, p. 39 et suivantes
toutes parts, arrive seul jusqu'aux dieux, I, 1,4. C'est dans le feu en effet que toute offrande est sacrifiée, I, 36, 6, quel que soit le dieu invoqué, I, 26, 6, cf. III, 59, 5. Agni est le maître du sacrifice et de toutes les offrandes ; il a reçu des dieux la charge de porteur d'offrandes, VII, II, 4, cf. X, 51 et 52 (en entier). Les dieux ne s'enivrent pas sans lui, VU, 11,1; c'est en lui qu'ils mangent l'offrande sacrifiée, I, 94, 3 ; II, 1, 13 et 14. Agni reçoit directement les offrandes dans sa bouche, VU, 15, 1, qu'elles parfument, VIII, 19,24. Il a la cuiller à la bouche, I, 12, 6; mais il est lui-même comme une coupe sur les lèvres des dieux, VI, 7, 1, ou, selon une figure plus commune, il est celui qui « fait boire les dieux avec sa langue », III, 57, 5, cf, 1, 14, 8 ; V, 26, 1 ; il devient la bouche et la langue des dieux, U, 1, 13, d'où l'épithète agni'jihva a ayant Agni pour langue », souvent donnée aux troupes divines, 1, 44, 14 ; 89, 7 ; III, 54, 10; VI, 21, 11 ; 50, 2; 52, 13; VU, 66. 10; X, 65, 7.
Agni est en particulier l'instrument nécessaire du sacrifice du Soma, célébré en l'honneur d'Indra. Pour que les chevaux d'Indra l'amènent sur le lieu du sacrifice, il faut d'abord, non seulement que le Soma soit pressé, mais encore que le feu soit allumé, VI, 40, 3. «Toutes les fois», dit en s'adressantà Indra l'auteur du vers III, 53, 4, « que nous presserons le Soma, Agni te sera envoyé comme messager». Et Agni n'annonce pas seulement à Indra l'offrande qui lui est présentée : c'est par sa langue que le dieu boit le Soma, III, 35, 9 et 10 *; c'est dans le feu qu'Indra reçoit le breuvage sacre qui descend dans son ventre, III, 22, 1. Enfin, le sacrifice céleste est, à cet égard encore, semblable au sacrifice terrestre ; ainsi s'explique la formule où les dieux qui assiègent l'étable des vaches sont représentés à la fois «attisant Agni» et «c fortifiant Indra», IV, 2, 17. Ajoutons que, d'après les vers V, 29, 7et 8, Agni a^ dans le sacrifice des dieux, cuit trois cents buffles pour Indra.
Comme intermédiaire de l'action exercée sur Indra par le breuvage sacré, Agni était naturellement appelé à jouer auprès du dieu guerrier un rôle analogue à celui de Soma lui-même. Plus généralement, comme ministre du culte ^y en qualité de hotvi de toutes les offrandes, X, 91, 1, il pouvait
1. Dana le second vers, le poète suppose pourtant qu'indra peut boire aussi a par lui-même n .
â. Voir I, p. 38 et suivantes.
symboliser Taction de ]'enseml)le du sacrifice sur les dieux, et particulièrement sur Indra.
C'est sans doute par un emprunt fait à ce dernier quMl faut expliquer les attributs guerriers d'Agni, le secours qu'il prête dans les combats, soit aux hommes, UI, 52, 22 ; VIII, 91 , 3 ; X, 69, 9 et 12; 128, 1, soit aux dieux, 1, 59, 5, cf. V, 4, 6, VU, 13, 2; X, 52, 5, qui marchent à sa suite, lU, 20, 4, comme à la suite d'Indra,, et surtout les victoires qu'il remporte ou fait remporter, non seulement sur les Rakshas S mais sur les ennemis ordinaires d'Indra, Vritras, HI, 16, 1 ; VI, 13, 1 et 3 ; 16, 34 ; Vn, 1, 10 ; VUI, 19, 20 ; 63, 9 et 12, et Dasyus, I, 78, 4; VII, 5, 6, et qui lui font attribuer les épithètes mdYiAan, I, 59, 6; 74, 3; III, 20, 4; VI, 16, 14 et 19, wUrahantama, I, 78, 4; VI, 16, 48; VHI, 63, 4, et dasyuhantama, VI, 16, 15 ; VIII, 39, 8. Ces Vritras et ces Dasyus peuvent être dans certaines formules, et les premiers sont certainement au vers X, 69, 6, cf. 12, des ennemis humains. Mais le Dasyu Çambara, I, 59, 6, est bien 1 ennemi particulier d'Indra et de ses protégés Divodâsa et Âtithigva^. Le Dasyu dont la perte fait le salut des dieux, V, 4, 6, ne peut être aussi qu'un démon. Enfin, la formule qui nous montre Agni frappant les Dasyus à sa naissance, et en même temps chassant les ténèbres et conquérant les vaches, les eaux, la lumière, V, 14, 4, est tout à fait calquée sur celles qui célèbrent les exploits célestes d'Indra. L'auteur des vers VII, 6, 1 et 2, compare lui-même les exploits d'Agni « briseur de forteresses », cf. I, 149, 3 ; Vil, 5, 3; X, 45, 6, à ceux du dieu guerrier par excellence. Le vers IV, 28, 3, en nommant à la fois Agni, Indra et Soma, laisse entrevoir la relation conçue entre le mythe d'Agni tueur de Dasyus et celui d'Indra : « Indra a frappé ; Agni, ô Soma, a brûlé les Dasyus avant le milieu du jour. » Dans un autre passage, X, 80» 2, où Agni est représenté triomphant des Vritras, celui qu'il excité au combat pourrait bien n'être autre qu'Indra lui-même. Enfin, au vers X, 52, 5, Agni, prenant lui-même la parole, se vante seulement de mettre la foudre dans les mains d'Indra pour qu'il triomphe dans tous les combats. Nous avons vu que le prêtre réel a la même prétention, et que la foudre présentée à Indra se confond souvent avec le Soma qui l'enivre et le rend victorieux.
i. Voir plus haut, p. 217.