‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 177 sur 335 · Voir plus bas, p · texte numérisé non relu

Voir plus bas, p

Agni, comme Sema, est un amidlndra, V, 29, 7, et forme a?ec lui un couple auquel sont adressés plusieurs hymnes entiers, I, 21 ; 108; 109; III, 12 ; V, 86; VI, 59; 60; VII, 93 ; 94; VIII, 38; 40> et nombre d'invocations détachées, V, 45, 4;46,3; Vn, 35, 1;X, 116,9; 128, 9; 161, 4etpassimK Ce couple, dont la grandeur est célébrée en termes magnifiques, I, 109, 6; V, 86, 2; VI, 59, 9; VIII, 40, 4, doit exprimer principalement la coopération du sacrifice avec la force divine. Sans doute Agni représente le soleil et Téclair aussi bien que le feu du sacrifice, et certains textes attribuent expressément aux deux personnages du couple Indra-Âgni le même séjour, X, 65, 2, ou les représentent ensemble dans le ciel, ainsi que dans les autres parties de l'univers, 1, 108, 7- 12* Mais les formes célestes du feu elles-mêmes jouent, dans un sacrifice mythique, un rôle analogue à celui du feu terrestre dans le sacrifice réel, et, en tant qu'elles sont désignées par le nom d*Agni, leur participation aux exploits d'Indra trouve son explication la plus naturelle dans l'ordre des idées liturgiques. Agni garde d'ailleurs si bien, dans son union avec Indra, son caractère du feu sacré, qu*en prenant sa part des attributs guerriers de son allié, il lui communique lui-même^ comme on le verra tout à l'heure, ses attributs sacerdotaux.

En effet, Indra et Agni, confondus par le prêtre dans un même hymne de louange, VIII, 38, 4, sont souvent considérés comme n'ayant plus qu'une seule et même nature, I, 108, 3. Les traits de leur commun caractère sont alors empruntés pour la plupart au personnage d'Indra. Ils reçoivent ensemble les épithètes vrttra/mn, 1,108, 3; III, 12, 4; VI, 60, 3; VII, 93, 1 et 4; VHI, 38, 2, et vrùrahanlama, VII. 94, 11. On célèbre leurs exploits dans les vvitraliatya^ 1, 109, 5; X, 65, 2. Vainqueurs ensemble et tous deux invincibles, III, 12, 4; VIII, 38, 2, dans les combats, I, 109, 6; V, 86, 2-3. ils sont invoqués par ceux qui ont des guerres à soutenir, VI, 59, 7 et 8; VII, 93, 5; VII, 40, 7; car celui qui les honore triomphe de son ennemi, VI, 60, 1. Ils frappent les ennemis i4ryas et les ennemis Dâsas, VI, 60, 6. Tous deux sont des n briseurs de forteresses », I, 109, 8, et tous deux portent à la main l'arme par excellence d'Indra, c'est-à-dire la foudre, ibid, ; VI, 59, 3; Vn, 93, 4. Ils ont ébranlé les quatre-vingt-dix forteresses du Dâsa, III, 12, 6, qui doit être ici le démon. Au vers VI, 60, 2, ils s'emparent de vive force de la lumière,

i. Voir 1m citations qui suiTent.

des eaux, des aurores et des yaches qui peuvent représenter à la fois les aurores et les eaux. Ailleurs encore, nous les voyons ouvrir (pour qu'il s'écoule) l'océan à sept fonds, VII, 40, 5, délivrer les rivières célestes prisonnières, Und., 8/ frapper avec un marteau, représentant la foudre, le réservoir des eaux, VII, 74, 12, toujours pour en faire tomber la pluie.

Quelquefois, c'est au contraire Agni qui prête au couple ses attributs propres, et, c'est là le point important, ceux qui lui appartiennent en qualité de feu domestique [et de feu sacré. Indra et Agni reçoivent ainsi en commun les titres, non seulement de maîtres de la demeure, I, 21, 5, cf. 18, 6, mais de « prêtres du sacrifice », VIII, 38, 1. Il n'y a donc pas lieu, au vers I, 108, 4, où Tépithète yastaruc leur est appliquée, de changer, comme le fait M. Grassmann, la valeur ordinaire de ce terme, qui s'applique aux prêtres* et signifie (( présentant la cuiller ». Le même passage attribue à Indra et Agni cette autre fonction sacerdotale qui consiste à étendre le barhis ou gazon sacré ^. C'est vraisemblablement comme représentant la prière que Sarasvat! les accompagne, VIII, 38, 10, et Tauteur du vers VI, 59, 6 entend sans doute aussi leur associer cette femelle qui, sans avoir de pieds, devance celles qui ont des pieds, et qui « sort de la tête parlant au moyen de la langue », c'est-à-dire encore la prière ^.

Les deux personnages du couple ne sont cependant pas toujours confondus. Dans les deux derniers vers de l'hymne VII, 93, à Indra et Agni, Agni est invoqué à part comme un intercesseur auprès d'Indra et des autres dieux, cf. VII, 30, 3. Aux vers 10 et 11 de l'hymne VI, 60, adressé au même

i. Il est appliqué auisi aux poteaux du sacrifice, III, 8, 7, mais dans un hymne où ces poteaux sont appelés des dieux (vers 6), et par conséquent personnifiés. Cest encore en qualité de dieux liturgiques qu'ils reçoivent une épithëte réservée aux prêtres.

2. En distinguant d^ailieurs de TAgni qui figure dans le couple, personnifié en un prêtre, les a feux allumés ».

3. Peut-être en fait-il leur mère. Cf. la mère des jumeaux, placée sur Textrémité mobile de la langue, III, 39, 3, et la parole sacrée, mère dlndra et Agni, X, 125 1. (Voir plus bas.) Cest à tort que j'ai voulu ailleurs (Mimoirtt de la Société de HnguUHque, IV, p. 110, note 1) faire de vâvadat une forme personnelle (quoiqu*il y ait peut-être des exemples du passage de Tintenaif à la conjugaison en a. |Cf. avâvnçnnta^ Whitney, A Sanskrit grammar^ § 1,015.) Mais je crois toujours que carat en est une. Je ne vois pas bien ce que serait la a tête qui nuurche », et il semble plus naturel de construire carat parallèlement à agdt et à akramit. L'accentuation de carat let non plut, comme je Pavais proposé, celle de vâvadat) exprimerait une sorte de subor- (iination au verbe suivant. Peut-être est-ce une faute du texte tout simplement.

couple» Agni et Indra sont distingués. Tua comme celui qui entoure le bois de sa flamme et noircit tout avec sa langue, Tautre comme celui qui fait heureusement traverser les eaux an mortel qui Tinvoque « en allumant le feu ». Même en les Teprésentant montés sur un même char, 1, 108, 1, cf. VIII, 38» 2, on paraît leur faire suivre à chacun une direction différente : tel semble être le sens de cette formule paradoxale, présentée du reste sous forme d*énigme, VI, 59, 5 : « 0 Indra et Agni, quel mortel, ô dieux ! peut comprendre ce prodige que vous accomplissez? Sur un seul et même char, Tun va attelant des chevaux dirigés dans le sens opposé (à ceux de l'autre). » Agni va de la terre au ciel chercher Indra ; Indra vient du ciel sur la terre à Tappel d'Agni : c'est sans doute rétroite relation de ces deux voyages qui est exprimée sous la forme bizarre qu'on vient de voir. D'autre part, quoique Indra et Agni aient « grandi ensemble », VII, 93, 2, quoiqu'ils soient frères jumeaux, on leur attribue deux mères différentes. C'est le sujet d'un autre paradoxe renfermé dans le même hjmne que le précédent, VI, 59, 2 : « Votre grandeur, ô Indra et Agni, est vraiment merveilleuse; vous avez le même père, vous êtes des frères jumeaux, et vous avez deux mères, dont Tune est ici, l'autre là, yamâv ilirehamdtarà ». Ces deux mères dont Tune est ici, l'autre là, rappellent les deux mères d'Agni, Tune cachée, l'autre toujours présente *. Il est vrai que ce rapprochement même suggère l'idée que deux mères ont pu être attribuées en commun à Indra et à Agni. Mais, en dernière analyse, c'est parce qu'il a deux formes qu'Agni a aussi deux mères, et il est permis de croire que les deux jumeaux, fils de deux mères, étaient, au moins primitivement, chacun le fils d'une mère différente. En fait, Indra a une mère qui parait se confondre avec la mère cachée d'Agni*. Cette mère a pu lui être attribuée à l'exclusion d'Agni, qui, par opposition à Indra, n'aurait plus été que le fils de la mère toujours présente, de la prière par exemple, ce qui n'empêchait pas qu'ailleurs Indra et Agni fussent considérés tous les deux comme les fils de cette seconde mère, et rangés au nombre des couples de jumeaux qu'enfante la parole sacrée, X, 125, 1 , cf. ni, 39, 3.

Nous réservons d'autres traits du couple formé par Indra et Agni pour la comparaison que nous aurons à établir entre

i. Plus haut, p. 71 et suivaDtes, particulièrement 73 et note S. S. III, p. 105-106.

ew et les Açvins. Ceux que nous avons cités suffisent pour montrer que ralliance d*Agni avec Indra, comme celle de Soma avec le même dieu, symbolise surtout l'action du sacrifice. La conception qui a préside à la formation du couple apparaît ncrttement dans la formule déjà citée où nous voyons les dieux mêmes, ou les ancêtres divinisés, pour accomplir leurs exploits mythiques, « attiser » Agni et « fortifier » Indra, IV, 2, 17.

SECTION V

Les sacrificateurs alliés dIndra et leurs ennemis

§ ier. — Considérations générales. — Noms divers

Pour considérer sous tous ses aspects Tidée de Taction exercée par le sacrifice sur Indra, et, par l'intermédiaire dlndra, sur les phénomènes célestes^ il nous reste, après avoir examiné les formules qui concernent le sacrifice ou les sacrificateurs en général, et les divers éléments du sacrifice, tels que le Soma, la prière et le feu sacré, à étudier un certain nombre de personnages ou de familles qui passent pour avoir reçu du dieu des faveurs spéciales, souvent aussi pour lui avoir prêté dans ses combats un secours particulièrement efficace. Les favoris d'Indra sont, d'après la légende, soit les rois ou les chefs puissants qui ont fait célébrer des sacrifices en lîon honneur, soit les ministres «nêmes de ces sacrifices, les prêtres, les chantres, les poètes. Au lieu de dire en termes généraux qu'Indra frappe les ennemis de celui qui presse pour lui le Soma, X, 42, 5, qu'il « a le premier trouvé les vaches pour le prêtre », I, 101, 5, qu'il a « brisé la montagne pour les chantres )>, Vni, 53, 5, enfin qu'il « a pour les prêtres fendu le Gandharva^ dans les espaces sans fond », YIII, 66, 5, les rishis désignent assez souvent par des noms propres les personnages qui ont joui de la protection spéciale du guerrier divin. Ce sont ces noms propres que nous allons successivement passer en revue.

Un bon nombre d'entre eux peuvent désigner des person-

Page 1