Orassmann, Wœrterbuch, s, v
lui compare le bruit que font Agni, 1, 127, 6 ; 143, 5 ; IV, 6, 10, et Soma, IX, 70, 6, qui peuvent eux-mêmes représenter l'éclair. Ce bruit est au vers I, 23, 11, cf. V, 54, 3, expressément appelé le tonnerre. Il faut interpréter de même le retentissement des rivières (célestes) sous les jantes (acérées) de leurs roues, 1, 168, 8 : c'est la « voix du nuage », dont il est question dans le même vers.
Au vers VII, 56, 3, le bruit des Maruts est le bruit des vents, et c'est sans doufe aussi aux vents qu'il faut rapporter une partie au moins des effets attribués au bruit des Maruts, effets terribles, décrits dans un grand nombre de passages. Le bruit des Maruts fait trembler, non seulement le ciel et des montagnes qui pourraient représenter les nuages, V, 60, 3, mais la terre elle-même, 1,38, 10. Les Maruts sont ainsi très souvent représentés, faisant trembler à leur approche les montagnes (terrestres ou célestes), I, 37, 7 et 12 ; V 56, 4 ; Vm, 7, 2 ; 4 ; 5 ; 34, la terre, VI, 66, 9, le ciel et la terre, I, 64, 3 ; VII, 57, 1, ébranlant ce qui semblait inébranlable, I, 85, 4, cf. Vni, 20, 1. A leur venue, le ciel mugit de crainte, VIII, 7, 26, et recule pour les laisser passer, VIII, 20, 6 ; la terre qui les entend, I, 39, 6, est comme chancelante, I, 87. 3; X, 77, 4, et tremble de crainte comme un vieux roi, I, 37, 8 ; elle vacille comme un navire plein, V, 59, 2 ; elle est ivre (chancelante) et semble, dit l'auteur du vers V, 56, 3, «s'éloigner de nous», c'est-à-dire, sans doute, manquer sous les pas^ Ils remuent la terre comme la poussière, V,59, 4. Le vers VIII, 7, 4, cf. 3 et 17 est plus explicite: c'est en venant avec les vents que les Maruts font trembler les montagnes. L'allusion aux vents est certaine dans les passages qui mêlent à des hyperboles comme celles dont nous venons de donner une idée, la description des effets réels produits par l'ouragan sur les arbres et les forêts. Les Maruts font trembler les montagnes et secouent les arbres, I, 39, 5. Ils secouent le ciel et les montagnes, les bois se courbent d'effroi à leur approche, ils ébranlent la terre, V, 57, 3, cf. V, 60, 2 ; VIII, 20, 5. Lorsque les héros à la marche impétueuse ont fait retentir les montagnes et ont ébranlé le sommet
1. Les passages où il est dit que la terre s*étend à leur venue, V, 58, 7; 87, 7, font sans doute allusion aux suites de l'orage. C'est une idée familière aux poètes védiques que la lerre reparait dans toute son étendue après avoir été confondue avec le ciel pendant l'orage, cf. VIII, 20, 4, comme elle Test aussi pendant la nuit.
daciel, tous les arbres tremblent à leur approche, les plantes ressemblent à des chars qui fuient, J, 166, 5. Il est donc probable qu'au vers I, 25, 9, ceux qui « gouvernent » le a chemins du vent, sont les Maruts.
On admet même d'ordinaire que les vents sont précisément le phénomène céleste spécialement représenté par la troupe des Maruts. C est l'interprétation indienne, et elle a été consacrée par l'emploi que fait la langue post-védique du mot marut dans le sens de (cvent ». Mais ce sens est nécessairement un sens dérivé, qui n'a pu être tiré de rétymologie, quelle qu'elle soit, du nom de marut, et a dû être fourni par l'interprétation mythique des personnages qui le portent.
Or les Maruts, qui sont représentés « faisant les vents », I, 64, 5, ou faisant le bruit des vents, VII, 56, 3, venant avec les vents, VIII, 7, 3 ; 4 et 17, produisant sur la terre tous les efifets des vents, les Maruts qui prennent pour chevaux les vents, V, 58, 7, les Maruts, enfin, auxquels un rishi donne une fois le vent pour père, 1, 134, 4, peuvent sans doute, d'après toutes les analogies mythiques, être identifiés aux phénomènes qu'ils produisent et par lesquels ils manifestent leur puissance, aux montures qui les portent, à l'être qui les engendre. Ce n'est probablement pas sans raison qu'ils sont rapprochés des vents au vers II, 1, 6, du vent, Vâyu, au vers I, 142, 12. Enfin, non seulement ils sont euxmêmes comparés aux vents, X, 78, 2 et 3, dont ils ont l'impétuosité, V, 54, 3 ; 57, 4, mais ce sont eux, à ce qu'il semble, que l'auteur du vers II, 11, 14, appelle expressément des vents. C'est encore apparemment en qualité de vents qu'ils traversent, non seulement les régions des montagnes (qui pourraient être des montagnes célestes), mais les forêts « de la terre», 1, 39,3, qu'ils passent aisément partout, V, 54, 9, cf. 4 et 55, 7.
Mais ou pourrait soutenir par des raisons non moins fortes l'identité des Maruts et des éclairs. Le dieu qui leur est ordinairement donné pour père, Rudra, est, comme nous le verrons, un personnage complexe, qui emprunte au moins quelques-uns de ses attributs au feu. On dit d'ailleurs d'Agni lui-même qu'il a fait, VI, 3, 8, qu'il a engendré, I, 71, 8, cf. I, 31, 1 et VIII, 7, 36, les Maruts, et on sait par le mythe des Angiras que les fils d'Agni peuvent être identiques à leur père. En regard du vers qui fait des Maruts
les âls du vent^ on peut en placer un autre qui les fait naître du sourire de l'éclair, 1, 23, 12, et l'exemple de Vasishfha* nous a montré que ce qui naît de Téclair peut être Féclair même. On a vu, d'autre part, que les éclairs sont des attributs essentiels des Màruts, que ces dieux les prennent pour armes ou même pour chars, et que le bruit qu'ils font est aussi le bruit du tonnerre.
Ce sont encore apparemment les éclairs qui composent le riche écrin dont se parent les Maruts, ces ornements brillants, I, 37, 2; 85. 3; X, 77, 2; 78, 7, communs à la troupe entière, VII, 57, 3; VIII, 20, 11, ces couronnes, V, 53, 4, ces colliers d'or, VII, 56, 11, ces bijoux, V, 52, 6; 53, 4; 56, 1, placés sur leur poitrine, I, 64, 4; 166, 10; II, 34, 2 et 8; V, 54, 11 ; VII, 56, 13, ou leurs bras, VIII, 20, 11, ces anneaux, V, 53, 4, qu'ils portent aux pieds, V, 54, 11, aux mains, I, 168, 3, aux bras (littéralement aux épaules), I, 166, 9; VII, 56, 13, et qui leur ont valu l'épithète khâdinah (Vr Gr. s. r), toute cette parure enfin qui les fait comparer aux cieux, II, 34, 2, cf. I, 166, 11, aux nuits*, I, 87, 1, étoilées, ou simplement à des femmes, I, 85, 1. Us sont euxmêmes représentés brillants, I, 165, 12; V, 61, 12; VIII, 7, 7 et 36, brillants par nature, VI, 66, 10, brillants, indépendamment de tous leurs ornements et de toutes leurs armes, d'un éclat qui leur est propre, I, 37, 2; V, 53, 4; VII, 56, 11, ou selon l'expression du vers VII, 57, 3, brillants par leurs bijoux, par leurs armes, et « par leurs corps». Ils ont l'éclat de ce serpent Àhi, I, 172, 1, qu'on peut comme nous l'avons vu identifier quelquefois à l'éclair. Ils prennent une couleur brillante en faisant uriner le cheval*, II, 34, 13, et leurs vêtements sont d'or, V, 55, 6, quand ils ne prennent pas pour vêtement la pluie elle-même, III, 26, 5; V, 57, 4, dont ils arrosent leurs propres chevaux, II, 34, 3; V, 59, 1, obscurcissant ainsi l'éclat qui leur appartient, ibid.y ou encore les nuages, V, 63, 6, ou, selon l'expression du vers V, 52, 9, la a laine » du nuage. De même que les éclairs qu'ils tiennent dans leurs mains, V, 54, H, ils sont comparés pour leur éclat à Agni, X, 78, 2, aux Agnis, c'est à-dire aux feux, II, 34, 1 ; V, 87, 6 et 7, aux feux allumés, VI, 66, 2, aux langues, X,