‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 254 sur 335 · P^SHAN · texte numérisé non relu

P^SHAN

PûshâD, comme Vishnu, a été identifié purement et simplement au soleil. Or, nous n'avons garde de méconnaître les attributs solaires de ce nouveau dieu, non plus que ceux de Vishnu; mais nous croyons que Texplication complète du personnage de Pûshan, comme de celui de Vishnu, ne peut être trouvée que dans un ordre d'idées plus complexe, c'est-àdire dans la combinaison des mythes naturalistes, tant météorologiques que solaires, avec les mythes liturgiques. Pûshan est le soleil, si l'on veut, mais, comme Agni et Somasont le soleil, c'est-à-dire que le soleil n'est qu'une do ses manifestations. Nous serons donc moins loin de la vérité en l'identifiant à Soma ou à Agni. Disons mieux, nous n'avancerons rien que nous n'espérions prouver en affirmant que les jRishis l'ont effectivement identifié à Soma.

Mais, avant d'essayer sur Pûshan un genre d'analyse dont le résultat, dans l'interprétation que nous combattons, ou du moins que nous jugeons insuffisante, aussi bien que dans la nôtre, est toujours de dissoudre la personnalité du dieu, et de le confondre avec un grand nombre d'autres divinités du panthéon védique, indiquons d'abord les traits particuliers qui donnent à sa physionomie un caractère propre et distinct. Nous les trouverons surtout dans les rapports du Pûshan avec ses suppliants, dans la nature des faveurs qu'ils attendent de lui.

Pûshan est, avant tout, un dieu de l'agriculture et du pâturage. On lui donne bien, comme on pourrait le faire à tout autre dieu, le titre général et vague do « maître de tous les êtres mobiles et immobiles », I, 89, 5. Mais on le prie tout particulièrement de diriger le sillon, IV, 57, 7; on lui met entre les mains l'aiguillon, ashtrà, VI, 53, 9; 58, 2,

attribut du laboureur*, cf. IV, 57, 4; on fait surtout de lui un gardien du bétail, VI, 58, 2, qui empêche les troupeaux de se perdre, X, 17, 3, ou les retrouve quand ils sont perdus. C'est en ce sens qu'on prie Pûshan de ramener ce qui était égaré, VI, 54, 10, cf. I, 23, 13, de suivre les vaches, ou d'aller à leur recherche, VI, 54, 5 et 6. Il doit empêcher qu'aucune ne se perde ou n'éprouve de* dommage, et les ramener saines et sauves, ibid,, 7.

Par extension, Pûshan est aussi le dieu qui empêche que les richesses de toute sorte ne se perdent, ou qui les fait retrouver, VI, 54, 8. Il fait aussi trouver les trésors cachés, VI, 48, 15, cf. VI, 54, 4, au premier rang desquels il faut toujours placer les vaches, VI, 56, 5 ; VIII, 4, 16.

Enfin, Pûshan ne guide pas seulement les hommes dans la recherche des objets perdus ou des objets cachés. C'est lui qui les conduit sur tous leurs chemins. En un mot, il est le dieu des voyageurs, aussi bien que des laboureurs et des bergers. On l'appelle le « maître du chemin », VI, 53, 1, cf. 49, 8; on le prie de frayer les chemins, VI, 53, 4, cf. I, 90, 4, d'en écarter tous les obstacles et tous les ennemis, I, 42, 7, cf. 1, de conduire ses suppliants par la route la moins périlleuse, puisqu'il connaît toutes les directions, X, 17, 5«.

D'après toutes les analogies, ces divers rôles attribués à Pûshan dans différentes sphères de l'activité humaine doivent s'expliquer par une action semblable qu'il est supposé exercer sur les phénomènes célestes. La découverte des vaches perdues ou cachées, en particulier, est un mythe trop familier aux jRishis, pour qu'on puisse hésiter à reconnaître dans les vaches célestes les prototypes de celles que Pûshan fait trouver ou retrouver à ses suppliants ^. Peutêtre même n'est-ce pas sans allusion aux démons voleurs des vaches que les prêtres supplient Pûshan de frapper avec un instrument aigu, àrd, le cœur des avares, désignés

i. Voir Bôhtlingk et Roth [s. v. ashirâ). Remarquons, en passant, que le mot n'a pas d'autre sens, qu'il ne désigne pas, comme M. Roth et M. Grassmann l'admettent trop aisément, une arme de combat dans le composé svashira. Au vers X, 42, 5, où se rencontre ce mot, Indra est représenté par métaphore a attelant» les ennemis, et les rendant « dociles à l'aiguillon ».

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