Cf. I, p
6. Il est possible, d'ailleurs, que ce morceau ait été primitivement distinct
tion (le sa nature mystérieuse eu des termes qui paraissenir écarter toute inteprétation exclusive du personnage (vers 3 et 4, cf. particulièrement 3 et 16). Si Soma a fini par devenir la lune, nous savons qu'il a eu d'abord trois formes, au nombre desquelles se trouvait, non la lune, mais le soleil, et la comparaison de tous les passages contenant des allusions au mariage de Sûryâ, sans en excepter la description détaillée de l'hymne X, 85 lui-même, prouvera, je l'espère, que ce n'était pas, au moins primitivement, le Soma-lune qu'elle prenait pour époux.
Tout d'abord Sûryâ n'est pas le soleil femelle, mais la fille du soleil* », sùryasya duhità. On ne peut douter en effet que le personnage ainsi désigné soit le même que Sûryâ. Il suffit pour s'en assurer de comparer les formules où la fille du soleil es t représentée montant sur le char des Açvins, 1, 116, 17; 118, 5; VI, 63, 5, cf. I, 34, 5, avec celles qui nous montrent Sûryâ montant sur le même char, V, 73, 5, portée par co char, IV, 44, I, sur lequel les Açvins montent « pour elle », VIII, 22, 1. On dit encore que la fille du soleil a « choisi » le char des Açvins, I, 117, 13; IV, 43, 2, (cf. I, 118, 5, jusiitvi), et enfin qu'elle a « choisi leur beauté», VII, 69, 4 : or on sait que Sûryâ est quelquefois l'épouse des Açvins euxmêmes '.
D'autre part, Sûryâ est, dans l'hymne X, 85, considérée comme la fille de Savitri, C'est Savitri qui la donne à son époux (vers 9 et 13), comme il donne aussi à l'époux mortel la fiancée dont Sûryâ est le prototype mythique (vers 36, cf. 24 et A. V., XIV, 1, 53). Aussi Sûryâ reçoit-elle dans l'Atharva-Veda l'appellation patronymique de Sâvitrî, VI, 82,2 ; XIV, 2, 30. On verra' que Savitri est surtout un dieu solaire, souvent confondu avec l'astre lui-même. Il n'est donc pas étonnant que Sûryâ soit considérée tantôt comme la fille du soleil, tantôt comme la fille de Savitri. Mais c'est au personnage plus complexe, et, si je puis parler ainsi, plus réellement mythique de Savitri, qu'il faut s'arrêter de préférence,
de celui où est raconte le mariage de Sùrjâ. L*hymne X, 85 est un hymne composite à la manière des longs hymnes de TAtharva- Veda ; il te retrouve précisément dans ce recueil où il est le premier du livre XIV.
1. C'est ce que M. Grassmann reconnaît lui-même à demi dans sa traduction.
2. Elle Pest précisément au vers 6 de Thymne IV, 43, dont le vers 2 nous montre la fille du soleil « choisissant le char des Açvins n.
si l'on veut se rendre un compte exact de l'idée que les Rishis pouvaient attacher au mythe de Sûryâ.
Savitri, comme on le verra*, a une sorte de doublure, Tvash^ri, qui a seule gardé le caractère équivoque, semi-démoniaque, inhérent au personnage du Père dont Savitri ne représente plus que la face bienveillante et proprement divine. Il paraîtra donc naturel de rapprocher le mariage de Sûryâ, fille de Savitri, du mariage de la fille de Tvash^ri. Ce dernier ne donne pas réellement sa fille. Le commencement du vers X, 17, 1 peut s'entendre en ce sens qu'il l'épouse lui-même ^. En tout cas Saranvû reste cachée aux mortels, et c'est seulement sa « pareille » qui est livrée à Vivasvat, représentant sans doute le feu du sacrifice ^. Sûryâ aussi a dû être d'abord cachée, ou en d'autres termes, prisonnière : car la fiancée mortelle, son image, doit être délivrée des liens de Varuna *, dans lesquels Savitri la retenait enchaînée, X, 85, 24, cf. 25. Ici Savitri semble assumer un instant, et par exception, le rôle ordinairement réservé à Tvash^ri ^. Mais nous voyons par les vers X, 85, 13, que c'est lui-même qui a délivré, « lâché » Sûryâ. Les autres dieux, tous les dieux, les viçve devâh, les mêmes, sans doute, qui avaient caché la fille de Tvash/ri, X, 17, 2, ont consenti au mariage de Sûryâ, ont accordé aux Açvins la demande qu'ils venaient faire en qualité de paranymphes,X, 85, 14, cf. A. V., XII, 1 , 24. Ces rapprochements montrent bien que la fille de Savitri ne difi^ère de celle de Tvash^ri que comme la femelle qui se manifeste dans l'espace visible difi*ère de la femelle cachée.
Ajoutons que Sûryâ n'est probablement que le nom le plus célèbre de la femelle que nous <ivons vue désignée dans les hymnes aux Açvins par les noms divers d'tîrjdnf , de vàjini^ de jenyâ^, Uûrjdni monte sur le char des Açvins comme Sûryâ, I, 119, 2. La « femme » qui monte sur le char des Açvins au vers VIII, 8, 10 est sans doute Sûryâ elle-même: or, les Açvins reçoivent dans le même vers l'épithète vâjini-vasû « qui ont pour richesse la vâjinî ». Autre rapprochement non moins significatif : l'épithète sùryd-vam,