Voir p
8. Que le Nirukta traduit c ici ». Il ne désigne pourtant, dans tons ses emplois, que le monde invisible, le lieu du repos, ny aviçanta, X, 44, 6, cf. IV, 19, 9 (plus haut, p. 496), Tétable nocturne des vaches qui donnent leur
ait pendant le jour, V, 62, i, la prison du Soma céleste et de sa compagne puramdhi (voir ci-dessus, p. 478), IV, 27, 2,
immobile et caché, tandis que l'autre se manifeste et traverse l'espace ? Sans doute les Açvins sont tous les deux exclusivement bienfaisants ; jamais l'un ne se distingue de l'autre par ce caractère équivoque que la mythologie védique attribue d'ordinaire aux éléments invisibles. Mais ce fait pourrait s'expliquer par la nature particulière de l'union qu'ont contractée les personnages supposés différents à l'origine. Cette union est en effet plus étroite que dans aucun autre couple divin. Nous voyons, dans les hymnes, les Açvins apparaître ensemble, « baratter » ensemble le ciel et la terre, et probablement les séparer l'un de l'autre, c'est-à-dire ramener le jour, contre le gré des dieux jaloux*, X, 24, 4-6. Mais il ne faudrait pas conclure de là qu'ils n'ont pu représenter à l'origine, l'un l'élément igné en tant qu'il se manifeste, l'autre le même élément en tant qu'il reste invisible^.
Toutefois, cette explication n'est pas la seule qui puisse rendre compte du couple formé par les Açvins. Nous avons déjà vu ces dieux assimilés à Indra et Agni, et les mythes védiques sont si instables, ils se fondent si aisément les uns dans les autres, qu'il n'y a pas lieu de nous étonner que le couple des Açvins en particulier soit susceptible de plusieurs interprétations différentes. Ces interprétations auront d'ailleurs ceci de commun qu'elles reposeront toutes, en dernière analyse, sur la distinction des mondes. Elles resteront ainsi conformes aux principes que nous avons cherché à établir dans le chapitre de V Arithmétique mythologique ^. L'Agni compagnon d'Indra peut être un Agni céleste, la proie en même temps que l'allié du dieu guerrier ; mais le mythe de l'alliance ne s'explique que par l'idée de la coopération du sacrifice, et à l'origine au moins, du sacrifice terrestre, aux victoires d'Indra. Dans la nouvelle interprétation que je présenterai du couple des Açvins, c'est encore l'opposition de la terre et du ciel qui sera substituée à celle du monde visible et du monde invisible.
1. Cf. le partage de la coupe en quatre par les Aibhus contre le gré de Tvashiri, III, p. 55.
2. La plupart des protégés des Âcvins représentent eux-mêmes le feu céleste, d*abord caché, puis manifesté. Mais ce n*est pas là une difficulté qu*on puisse opposer à nos différents essais d*interprétation du couple. Il suffit de rappeler une fois encore (voir ci-dessus, p. 454) le mythe du Soma porté par un oiseau qui n^est autre lui-môme que Soma, et tous les mythes analogues.
Si Ton admet que la distinction des deux roues du char des Açvins peut correspondre à une distinction analogue qui aurait été faite à l'origine entre les Açvins eux-mêmes, on ne repoussera pas un raisonnement du même genre sur les deux animaux diflférents que les Açvins attellent à leur char, le taureau et le dauphin, çimçtwiàra, I, 116, 18, ou le cheval et l'âne, I, 34, 9 *. Deux des caractères essentiels de Tâne, dans la mythologie védique, sont d'être bruyant, I, 29, 5 ; A. V., VIII, 6, 10 ; X, 1, 14, et prolifique, A. V., VI, 72, 3; XX, 136, 2. Ils conviendraient très bien au nuage ^ ou au feu du nuage. La figure du dauphin éveille pareillement l'idée d'un séjour aquatique. Quant à l'àne, qu'on rencontre encore au vers VIII, 74, 7, cf. 1, 116, 2, attelé au char des Açvins, je dois ajouter qu'il a quelquefois de plus un caractère démoniaque, I, 29, 5; A. V., VIII, 6, 10; X, 1, 14, qui pourrait nous engager à le reléguer dans le monde invisible. Quoi qu'il en soit, je pense que le compagnon du dauphin ou de râne, c'est-à-dire le taureau ou le cheval, correspond non seulement au monde visible en général, mais particulièrement au monde terrestre. C'est du moins l'interprétation qui est naturellement suggérée par le versl, 162, 21, d'après lequel le cheval du sacrifice monte de la terre au ciel, pour être attelé au joug de Tâne , c'est-à-dire pour traîner avec lui un char céleste ', probablement le char même des Açvins.
Mais laissons là les attelages des Açvins, aussi bien que les roues de leur char, et venons aux textes qui concernent les Açvins eux-mêmes, ou, puisqu'ils sont aussi désignés par ce nom, les Nâsatyas.
1. Le même attelage est attribué à Indra, mais dans un passage, III, 53,4-6, cf. 23, où la mention de Tépouse d'Indra appelle, d'une part, le rapprochement d'un passage analogue, IV, 16, 10-11, où Indra a pour compagnon Kutsa, c'est-à-dire un représentant d*Agni, et de Tautre, celui des nombreuses formules où Sûryâ figure en compagnie des Açvins : ce serait une nouvelle trace de l'assimilation des Açvics à Indra et Âgni. Je ne puis croire, malgré Tabsence de conjonction, que, dans la formule des vers I, 34, 9 et III, 53, 5, le mot vdjin soit une épilhète de rdsabfia (voir Topposition du vâjin et du râsabha ou gardabha aux vers 1,162,21 et III, 53, 28).