‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 35 sur 335 · I, p. il · texte numérisé non relu

I, p. il

L'opposition revient en somme à celle que présente le vers II, 35, 11, entre les eaux, mères d'Apâw Napât sous sa forme cachée, et le beurre qui nourrit celui que les jeunes femmes, c'est-à-dire les doigts, allument. Après les deux mères, on peut citer les deux mariages que les hommes célèbrent en offrant le sacrifice à Agni, Vil, 1, 17, et qui pourraient bien être les mariages d'Agni lui-même avec les formes terrestres et les formes célestes de ses femelles. Agni a aussi sept mères ou nourrices, III, 1, 4, et sept épouses, IV, 1, 12. Mais nous renvoyons l'interprétation de ce nombre sept au chapitre suivant.

Des deux mariages d*Agni on peut rapprocher les deux femmes de Soma, X, 101, 11 *. Les sœurs de deux espèces avec lesquelles il demeure, d'après le vers IX, 72, 3, sont sans doute plutôt les femelles des deux mondes ^ que les doigts des deux mains. Ailleurs, en effet, ce sont des femelles de trois sortes qui sont nommées avec Soma : ces femelles brillantes lui donnent la force, IX, 111, 2, et peuvent par conséquent être considérées comme ses mères. Le triple vêtement dont il se revêt, IX, 108, 12, est une figure empruntée au même ordre d'idées. Les trois mères de Soma sont au vers IX, 33, 4, cf. 5, les trois paroles. Mais nous savons que les trois formes de la parole correspondent elles-mêmes, au moins primitivement, aux trois mondes. Du rapprochement des vers VIII, 83, 5 et 90, 14, on pourrait conclure que Soma a aussi trois filles. Au vers VIII, SB, 5, ïéf iihète j avant « qui a une postérité » rappelle les épithètes patnivant « qui a des épouses », VIII, 82, 22, et gomant « qui a des vaches », cette dernière figurant précisément au vers suivant, VIII, 83, 6. Dans le même vers, Soma reçoit l'épithète trisliadhaslha « qui a trois séjours » . C'est peut-être une raison de croire qu'il a une postérité dans chacun de ces trois séjours, postérité identique d'ailleurs aux éléments femelles appelés ailleurs ses mères ou ses épouses. Il se pourrait donc aussi que l'explication que nous avons précédemment ' tentée du vers VIII, 90, 14, dût être modifiée en ce sens que les trois « progénitures » qui y figurent en même temps que Soma

i . La comparaison du vers précédent ne permet guère de douter quMl s*agi88e de Soma. D'après le même passage, Soma, en tant que cheval, a deux jougs.

1. Cf. la première partie du vers qui sera expliqué plus bas, p. 70.

devraient être considérées comme les filles de Sema luimême. Ces trois filles, qui sont allées « au delà », et que le poète oppose à celles qui sont « descendues » dans l'hymne, pourraient être aussi rapprochées des trois formes cachées de la parole opposées à celle qui est la parole des hommes, 1, 164, 45. C'est seulement dans le chapitre suivant que nous étudierons cette attribution aux espaces supraterrestres des nombres exprimant primitivement l'ensemble des divisions de l'Univers, ainsi que la signification du nombre sept dans les formules pareilles à celles des vers IX, 86, 25; 36; 102,4, où figurent sept vaches mugissant après Soma, sept mères, et sept sœurs mères de Soma. Nous y verrons aussi comment, les nombres se multipliant l'un par l'autre, on en est venu à dire que trois fois sept femelles donnent le lait qui sert à cuire Soma, IX, 70, 1 ; 86, 21.

On peut identifier à peu près indifl'éremment à Agni ou à Soma le mâle, taureau de toutes les femelles, III, 56, 3, quia trois mères et trois épouses, ibid. 5, le fils qui a trois mères à lui seul, VIII, 90, 6, le veau qui aperçoit sa mère multiforme dans les trois yojana, I, 104, 9, c'est-à-dire apparemment dans les trois mondes. Par une application secondaire du nombre trois, analogue à celles qui viennent d'être signa* lées, les vaches de trois sortes (ou au nombre de trois?) qui figurent avec le mâle au vers V, 47, 4, reçoivent sans distinction la qualification de «, suprêmes ». Enfin, au mâle à trois mères, il faut comparer le mâle à deux mères, I, 112,4.

Page 1