‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 52 sur 335 · Cf. encore les vers 9 et · texte numérisé non relu

Cf. encore les vers 9 et

2. Je sous-entends au pluriel, avec le sujet vâghcUah, le verbe exprimé au singulier avec le sujet ntharvd. C'est la seule construction qui me paraisse offrir un sens satisfaisant.

est né d'après le vers X, 88, 16, et celle où les vaches qui mangent Toffrande, c'est-à-dire les vaches célestes, « cuisent le Soma dans leur pis » *, IX, 71, 4. La « tête de la montagne » sur laquelle s'arrêtent les Açvins, Vn, 70, 3, est encore une figure analogue. Ailleurs, c'est Soma lui-même, IX, 27, 3; 69, 8, ou Agni, I, 59, 2; III, 2, 14; VI, 7, 1; VIII, 44, 16, qui est appelé, par une sorte de métonymie, la « tête du ciel» ou a du monde* », X, 88, 6. C'est pendant la nuit qu'Agni est la tète du monde, après quoi il naît le matin sous la forme ^ du soleil, ibid, Âgni, tête du monde, est donc bien le feu caché. Mais les formules qui doivent ici nous arrêter surtout sont celles de (c tête d'Agui » ou « de Soma » et plus généralement « du mâle, du taureau », et la formule correspondante « tête de la vache ».

A la vérité plusieurs passages attribuent, soit au mâle, soit à la femelle, autant de têtes que de formes. Agni a trois têtes, î, 146, 1. Soma se fait trois têtes^ IX, 73, 1, c'est-à-dire prend trois formes, et même aucune des formes dont il s'agit là n'est cachée, puisqu'il les prend <( pour se laisser saisir», tandis qu'Agni naissant dans le mystère est « sans tête», rV, 1, 11. Le mâle dont la forme monstrueuse est décrite au vers IV, 58, 3, a deux têtes. Nous retrouverons au chapitre suivant le mâle à sept têtes, III, 5, 5, et la prière ou l'hymne à sept têtes, X, 67, 1 ; Vâl. 3, 4, formule évidemment équivalente à celle des « sept prières ».

Cependant on comprend aisément qu*à un autre point de vue, et quand on voulait représenter Tunité essentielle d'un être à formes multiples en lui attribuant un seul corps, on lui ait donné pour tête la plus élevée de ses formes. Une conception de ce genre s'accordait bien avec des images telles que celles des vers X, 8, 6 et IX, 71,1, qui nous montrent Agni élevant sa tête dans le ciel, et Soma prenant le nuage pour chevelure. Mais elle paraît avoir eu en même temps une portée mystique analogue à celle que nous avons cru découvrir dans les formules précédemment étudiées. Au vers X, 79, 2, précédant immédiatement Tun de ceux où nous avons relevé la formule « sein de la tromperie », il est dit que la tête d'Agni est cachée. L'idée de « tête » est combinée avec

1. Sur cette expression, voir plus bas, p. 83 et note 4. â. Et non de la t terre f, comme j*avais traduit précédemment, i, p. 116. 3. Je me décide pour cetle interprétation 9ur laqueUe j'avais hésité, I. p.

Bbrqaigxs. fM Religion védique, 6

celle de « place de l'oiseau » au vers I, 164, 7 : « Qu'il parle, celui qui connaît la place cachée de ce bel oiseau ! Les vaches font couler leur lait de sa tête. » La « tête » de Toisean semble là identique àla a place cachée » qui est à la fois celle de l'oiseau et de la vache, la forme supérieure du mâle étant confondue avec son séjour mystérieux par une sorte de métonymie analogue à celle que nous avons observée plus haut dans le passage de l'idée de « tête du monde, où séjourne Agni » à celle d' « Agni, tête du monde ». C'est ainsi encore qu'on dit de Soma qu'il a garde sa tête », IX, 68, 4, à peu près comme on dit d'Âgni qu'il « garde la place de l'oiseau », III, 5, 5 et IV, 5, 8. Le tour paradoxal des formules ne doit pas nous arrêter. Les poètes védiqij^^es, bien loin de l'éviter, le recherchent, surtout en pareille matière, et nous verrons plus bas la parole sacrée qui « enfante son père » accomplir ce miracle a dans la tête » de ce même père,X, 125, 7, c'està-dire toujours dans la partie la plus élevée et la plus mystérieuse de l'univers. Tous les êtres partent comme des branches de la tête d'Agni Vaiçvànara, VI, 7, 6. Les deux formules correspondantes <( tête du taureau » et a tête de la vache > éveillent aussi l'idée du monde invisible aux vers I, 30, 19 et X, 46, 3. Dans le premier de ces vers la roue du char des Açvins placée sur la tête du taureau ^ est opposée à celle qui parcourt le ciel. Dans le second, nous lisons que Trita a découvert Agni sur la tête de la vache. La « tête du taureau » doit d'ailleurs différer peu de la « tête du cheval », cachée dans les montagnes, qui est rapprochée de la forme mystérieuse de la vache aux vers I, 84, 14 et 15, et qui semble bien considérée aux vers I, 163, 6 et 7, comme identique à la forme supérieure du cheval dans le séjour de la vache *.

La forme supérieure de Soma est désignée uniquement par le mot « tête » aux vers I, 43, 9 et IX, 93, 3. Dans l'un, le Soma-tête est prié d'accueillir ^ les créatures dont il est le père et qui l'honorent. Dans l'autre, nous voyons les va-

1. Cf: la roue invisible du char de Sûryà, identique au char des Açrint, plus bas, troisième partie.

2. Cf. aussi la « tète de Bhaga >, X, 151, 1. Nous retrouverons encore la 4 télé du cheval » dans le mythe de Dadhya/ic, faisant partie de la légende des Açvins (partie III). La « tête du sacrifice », II, 3, 2; IX, 17, 6, pourrait être aussi la forme supérieure et cachée du sacriâce.

3. Il est prié de les accueillir « sur son nombril », ce nombril figurant le lieu de leur origine (voir I, p. 35).

ches a cuire » le Soma-tête, comme nous les avions vues tout i rheure cuire le Soma à la tête du monde ^

Cette formule bizarre <( les vaches cuisent le Soma» éveille à la fois, ainsi que je Tai montré ailleurs S Tidée de Toffrande « cuite », c*est-à-dire prête à être offerte aux dieux, et celle qui est exprimée dans une autre formule très usitée ce le lait cuit dans les vaches crues ^ ». Les « vaches crues », c'est-à-dire « froides », sont les nuits, les aurores ou les nuéesy et le « lait cuit » qu'elles renferment est Agni ou Soma représentant le soleil ou Téclair ^. Le a lait cuit », ou plus simplement le « cuit », est encore une représentation du mâle caché que nous avons du reste déjà rencontrée au vers X,79,3, avec le terme de « dormeur » et la formule « sein de la tromperie » ou de la « trompeuse ».

En résumé, les éléments, soit mâles^ soit femelles, de la

i. Sar le vers I, 164, 28, où le mot « tête » désigne également la forme Mpéri«are du mâle, voir plus bas, p. 89. S. Mémoiret dt la Société de linguistique de Paris, IV, p. 128-129 et 116-117.

3. Ou aimpleraeot « le cuit dans les crues », VIII, 78, 7. L*idée de lait est fonnellement exprimée aux vers I, 62, 9; 180, 3, celle de vaches aux vers I, 110, 3 ; II, 40, 2; III, 30, 14 ; IV, 3, 9; VI, 17, 6; 44, 24; 72, 4. cf. VIII, 32,25.

4. La formule peut sans doute avoir un sens, appliquée aux vaches réelles, et en effet, le lait du sacrifice est appelé au vers X, 179, 3 t Toffrande coite dans le pis n. Je n*en crois pas moins qu^elle 8*applique le plus souvent, ainsi que celle du lait a blanc, brillant, dans les vaches noires et dans les vaches rouges», I, 62, 9 ; IV, 3, 9, cf. VI, 72, 4; VIII, 82, 13, aux vaches mythiques. Sans parler de l'emploi du mot usnyâ, I, 180, 3 ; II, 40, 2 ; VI, 17, 6, qui renferme au moins une allusion aux vaches aurores (voir I, p. 816), j*ai fait remarquer (article cité. p. 117, note 2) que, non seulement notre formule célèbre toujours Tœuvre d'un dieu mettant le lait cuit dans les vaches cmes, mais que dans presque tousses emplois, ou bien elle trahit par quelque terme {pûrvyamt 1, 180, 3, fâmaryena, IV, 3, 9) son caractère mythique, ou bien elle figure dans des vers célébrant en même temps d'autres œuvras accomplies par les dieax dans le ciel, II, 40, 2; VI, 17, 6; VIII, 32, 25; 78, 7. Au vers III, 30, 14, le a cuit » que porte la vache t crue» est appelé o une grande lumière déposée dans ses entrailles ». Le « cuit i déposé dans les vaches reçoit au vers X, 106, 11, le nom de madhu (cf. IV, 3, 9), désignant apparemment la même liqueur à laquelle le vers III, 39, 6 donne des pieds et des sabots, c'est-à-dire le Soma-cheval. Mais il y a mieux. Au vers X, 49, 10, c'est sous son propre nom que le Soma est placé dans les entrailles et dans le pis de la vache, et au vers X, 45, 3, nous voyons Agni a allumé dans le pis » du ciel. D'autre part, le Soma est souvent considéré comme un laity IX, 54, 1 ; 62, 20, et non seulement comme le lait de la plante, I, 137, 3; V, 43, 4, mais comme un lait apporté du ciel, IX, 66, 30, comme le lait de la vache céleste Aditi, IX, 96, 15, et Agni est comparé au lait, V, 19, 4, et au beurre de la vache, IV, 1, 6; 10, 6, cf. III, 26, 7. Mais le meilleur argument peut-être, en faveur de mon interprétation, est Texplication qu*elle fournit pour la formule « les forteresses crues », II, 35, 6, appliquée aux nuées qui renferment Téclair, et évidemment équivalente à celle des « vaches crues ». (Voir article cité p. 117.)

mythologie védique sont souvent, non seulement invisibles, mais placés dans un séjour situé lui-même au-delà des limites de l'univers visible. C'est ce qui explique, et les formules concernant la femelle cachée, qui ont donné lieu à tout ce développement « En quel lieu la vache a-t-elle caché son pis? etc. », et celles que nous allons étudier maintenant, où figure le mâle caché, soit seul, soit en relation avec la femelle, également cachée.

La disparition du mâle est assimilée à une mort aux vers X, 55, 5 et I, 164, 32. Mais cette mort n'est qu'apparente, et, comme dit le vers X, 40, 10, celui qu'on pleure est vivant. Cet immortel, de même race que le morte), est un vivant qui a fait le mort », I, 164, 30, c'est-à-dire, selon la description du même vers, « un être doué de respiration et capable d'une course rapide, qui reste gisant, un être mobile qui s'immobilise au milieu des demeures ».

Plusieurs passages portent en termes exprès qu'Agni se dérobe volontairement au désir des hommes ou même des dieux. Il le fait par malveillance au vers X, 124, 2, où il se retire dans le séjour mystérieux du père \ en compagnie de Soma (vers 4), pour le quitter d'ailleurs ensuite en prenant, toujours volontairement, parti pour le dieu ami des hommes, Indra*. Il le fait par colère au vers V, 2, 8, où nous lisons qu'il a été découvert par le même Indra. Les sacrificateurs qui le trouvent aux vers I, 67, 3 et 4, sont sans doute des sacrificateurs célestes, et, en tout cas, ce sont les dieux mêmes que sa disparition a remplis d'efiroi. L'hymne X, 51 est consacré tout entier à une discussion d'Agni, trouTjé par Yama dans sa cachette (au milieu des eaux, 1— 3\ avec les dieux qui veulent faire de lui l'instrument du sacrifice, le porteur des ofi^randes ^. C'est pour se soustraire à cette charge qu'il s'était enfui (6), et il ne l'accepte qu'à la condition que certaines offrandes lui appartiendront exclusivement (7 et 8). Nous trouvons là, sous la forme d'une légende analogue à celles qui se sont multipliées plus tard sur l'origine des rites, une nouvelle trace du mythe ancien qui expliquait la disparition d'Agni par la colère, ou tout au moins par le mauvais vouloir du dieu.

Quelquefois Agni semble, non seulement rester volontai-

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